Le retroplanning de sortie d’un livre

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Ça m’a pris comme ça, d’un coup. Au début, j’ai essayé de me raisonner, je me suis dit « c’est pas grave, tu t’en fous », un petit peu comme quand le boulanger se trompe en rendant la monnaie à un vieux parce qu’il ne sait pas compter – le boulanger (pour le vieux, je sais pas) – et que tu ne prends pas le temps de le corriger (tu te dis « sinon, je vais passer ma vie à apprendre aux gens à faire des additions et des soustractions, concentre-toi plutôt sur ta vie », et puis d’ailleurs si t’étais un exemple à suivre ou un génie des maths, ça se saurait bordel). Bref, au bout de la dixième fois où je voyais un mec foutre sur son mur Facebook qu’Edilivre avait accepté son manuscrit, je me suis demandé pourquoi ça m’énervait. Oui, pourquoi ?

Il est vrai qu’une chèvre avec un stylo-plume dans le cul se ferait éditer par Edilivre et alors ? Est-ce que c’est mon problème ? Non évidemment, chacun fait ce qu’il veut de son cul – et de son stylo-plume accessoirement – donc inutile d’en prendre ombrage, même si je trouve ça con de payer pour se faire éditer.

Alors, oui, j’aurais pu gérer cela de plusieurs façons : mettre un statut à moitié drôle et 100% condescendant sur mon mur (« moi, je suis chez un vrai éditeur, pas un imprimeur qui te fait payer 150 euros la correction orthographique et 70 euros le changement de typo sur la couverture »), expliquer la palette de nuances entre les différents types d’éditeur (déjà fait en plus => ici), bloquer cette personne qui m’agace (déjà fait aussi, et pas qu’une fois…), etc. Bref, que des trucs qui ne servent à rien, à part alimenter cette frustration dont je n’arrivais toujours pas à comprendre l’origine (peut-être ne voulais-je pas l’analyser, cette frustration, d’ailleurs ?).

 

Et puis, là, en essayant de me changer les idées, comme je ne fais pas de yoga, j’ai décidé de bosser et je suis tombé sur mon planning du mois avec toutes les micro conneries que je dois faire pour tous les bouquins que Paul&Mike (*) publie d’ici à février 2016. J’ai regardé ça et j’ai eu une illumination (sans drogue en plus).

Je me suis dit : « mais enfin, Fabien, pourquoi tu ne dirais pas ce qu’un vrai éditeur (certes modeste, mais honnête) fait pour chaque sortie de livre ? ». Ainsi, je ferais à la fois œuvre d’information – pour ceux que ça intéresse – et aussi j’aiderais potentiellement tous les auteurs, victimes plus ou moins consentantes des promesses faites par tous les faux éditeurs, à comprendre si les pratiques de leur éditeur sont normales (ils n’auraient qu’à comparer par rapport à ce qui est fait chez eux et le tour serait joué).

 

C’est pas géniale comme idée, ça ?

 

Allez, c’est parti.

 

 

Pourquoi un retroplanning ?

Ah ben oui, c’est la première question bien sûr. Commencer par le commencement, tout ça.

En fait, un jour qu’un de nos livres devait sortir, je me suis rendu compte que je ne le trouvais pas dans la base de données Electre (utilisée par les bibliothèques et pas mal de librairies), je me suis mis à regarder sur mon bureau si j’avais pas oublié un post-it où le mail que je devais faire à Livres Hebdo n’y était pas mentionné entre l’heure du cours de dessin de ma fille et les croquettes du chat à acheter. Je n’ai rien trouvé. J’ai épluché ma messagerie, je ne trouvais pas non plus ce foutu mail. J’avais simplement oublié de le faire (j’avais oublié de me rappeler de le faire, c’est dire comment j’avais oublié).

J’ai alors commencé à rédiger une sorte de liste de tous les prérequis (techniques, commerciaux, éditoriaux) à la sortie d’un bouquin et je me suis rendu compte qu’il y en avait une chiée. Comme on avait prévu d’accélérer un peu la cadence de sortie, je me suis dit « t’as pas le choix mon coco, va falloir que tu dépoussières ton Excel ».

En faisant cette liste et en essayant de la caler dans le temps, je me suis rendu aussi compte que le retroplanning était tout à fait adapté car il n’est pas envisageable de rater (par exemple) le créneau de date pour certaines déclarations sous peine de ne pas être présent dans les parutions. Je pense notamment à Livres Hebdo où les prévisions de sortie doivent être alimentées au minimum deux mois avant si l’on veut figurer dans leur calendrier de sorties.

 

Reco #1 : demandez le retroplanning de votre ouvrage à votre éditeur !

 

 

La contractualisation et le travail éditorial

Paul&Mike est une maison d’édition à compte d’éditeur qui fonctionne sur le principe de la POD (prochain article à venir sur le sujet) et qui est distribuée par Hachette. Sans revenir sur le principe du compte d’éditeur (cf. plus haut ou ici), un tel modèle économique – investissement, et donc risque, sur chaque nouveau livre – nécessite que la stabilité économique de l’éditeur soit éprouvée et surtout cela contribue à faire converger les intérêts de l’auteur et de l’éditeur, à savoir : vendre le livre le plus possible.

La première des priorités est donc que le livre soit prêt à temps et qu’aucun grain de sable ne vienne gripper la mécanique nécessaire à la mise sur le marché de l’ouvrage.

Avant toute chose, l’élément déclencheur est donc la signature d’un contrat afin de céder vos droits patrimoniaux sur votre œuvre à un éditeur. Il est assez difficile, vous allez comprendre pourquoi, de promettre une sortie effective de votre livre dans les trois mois après la signature du contrat. Un minimum de six mois entre la signature et la sortie semble nécessaire (si votre éditeur n’est pas déjà blindé en termes de planning jusqu’à l’année suivante). Prenez d’ailleurs le temps de lire votre contrat avant de le signer (article sur le contrat : ici) et négociez les points qui vous semblent ne pas correspondre à ce que vous souhaitez.

 

Reco #2 : comparez votre contrat au contrat type de l’édition (SGDL)

 

Petite astuce à ce sujet : un éditeur qui vous contacte moins d’un mois après l’envoi d’un manuscrit et vous envoie un contrat sans même vous appeler avant pour discuter, c’est plus que louche.

Pour la suite, il semble judicieux de rappeler certaines évidences – qui ne font pas de mal cependant.

Il y a une expression qui dit à peu près « Pour peindre, il faut prendre des peintres ». Il est assez rare qu’un éditeur ait tous les talents (il a déjà celui de vous avoir choisi, c’est pas si mal) et donc il est primordial qu’il soit entouré de collaborateurs (internes ou externes) dont le métier est – entre autres – de réaliser la maquette, de corriger les fautes, etc.

S’il sous-entend qu’il sait faire tout ça lui-même, c’est pas bon signe.

 

La première des choses qui arrive dans le fameux retroplanning après la signature du contrat, c’est le travail éditorial sur l’ouvrage (certains parlent de Direction d’Ouvrage, pourquoi pas). Si on vous dit que votre livre est parfait en l’état, vous pouvez être sûr que l’éditeur que vous avez en face de vous n’en est pas un. Aucun livre n’est bon sans travail sérieux d’un professionnel de l’édition. Même les grands auteurs retravaillent leur livre avec leur éditeur, si on vous le dit le contraire, c’est qu’on se paye votre pomme (et que vous êtes assez bête pour le croire, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour vous).

 

Reco #3 : exigez de travailler avec un Directeur d’Ouvrage (ou équivalent)

 

Ce travail peut durer plusieurs mois suivant le niveau de modification que votre éditeur exige, d’où l’intérêt de planifier cela dans le temps.

Ensuite, vous entrez dans une phase de corrections orthographiques et grammaticales, puis de mise aux normes typographiques (propres à chaque maison d’édition). Comme toujours, il est nécessaire que ce travail soit fait par des gens dont c’est le métier.

Le travail purement éditorial ne s’arrête pas là, car il est désormais important de « marketer » votre ouvrage et donc de définir une cible et la façon de « l’attaquer » (ouais, le monde de l’édition, c’est la guerre).

C’est ainsi que vous allez construire le projet de couverture et la 4ème de couverture (premier argument de vente auprès du quidam tombant sur votre ouvrage par hasard dans une librairie astucieusement placée sur sa trajectoire) qui serviront à bâtir la structure du dossier de presse (à alimenter lorsque les premiers articles arriveront).

 

C’est le point de bascule vers le travail commercial de votre livre. Mais avant d’en arriver là, il faut paralléliser certaines tâches nécessaires à la définition d’une gamme de prix et donc réaliser toute la mise en page. C’est là que l’on rentre dans la technique.

 

On voit ça la semaine prochaine ?

———–

(*) éditeur modeste distribué par Hachette et qui a le bonheur de m’employer…

 

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18 réponses à “Le retroplanning de sortie d’un livre

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  3. Sauf que malheureusement, les maisons d’éditions aux reins solides qui prennent des risques pour d’obscurs auteurs talentueux, il y en a peu, et que des auteurs qui ont le désir de voir leur éructations de bonnes ou de mauvaises factures éditées, il y en a beaucoup.
    Alors payer pour être édité, même si c’est imbécile, voire humiliant, reste la seule solution pour les écrivaillons, les malchanceux, et les sous doués en autopromotion. (voire les trois).
    Et ceci dénigre ceux-là mais pas votre travail.
    Merci pour les informations, ceci dit, c’est toujours intéressant de savoir où on met les pieds même quand ça sent pas bon.

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