Not all men ?

Je ne suis pas quelqu’un de très émotif.

Je pleure rarement (même devant E.T. l’extraterrestre – sauf si je cuisine des oignons en même temps), je ne m’énerve que lorsque mon petit doigt de pied tape dans la table basse (et encore, ça dépend de la vitesse à laquelle j’allais) et je ne suis guère surpris que par la profondeur de l’idiotie des haters du ouaibe. En dehors de ces quelques cas, je m’estime être quelqu’un de rationnel, posé, réfléchi (une sorte de meuble humain qui aurait lu Descartes, donc).

Et pourtant, depuis quelques temps, il y a quelque chose qui m’irrite au plus haut point. Un truc qui me donne envie de décapsuler des yeux par paquet de douze.

Qu’est-ce qui provoque chez moi une telle envie de déchaînement de violence gratuite sur des yeux qui ne m’ont rien fait – même pas un clin d’œil –, me direz-vous ?

La réponse est simple : les mecs qui demandent à ne pas généraliser à tous les hommes, dès lors que quelqu’un (une femme en général) dénonce le patriarcat et les violences systémiques dont elles sont l’objet.

(Spoiler : ceci est un article à tendance féministe)

 

Quelques chiffres

[début de la démonstration chiante]

Avant d’aller plus loin (et de risquer de me prendre la table basse), je vais balancer quelques chiffres, histoire de vous montrer que je sais utiliser Google. Selon une étude de la Fondation Jean Jaurès (source), 86% des femmes ont eu à subir une agression sexuelle dans la rue (hors violences conjugales). Concernant les violences conjugales, plus de 115 femmes ont été tuées sous les coups de leur mari depuis le début de l’année. En 2019, c’est 94 000 femmes qui ont été victime d’une tentative de viol ou d’un viol (la majorité des violeurs étant connus des victimes). Inutile de dire qu’il arrive souvent lorsqu’on égrène ces chiffres effrayants que l’on ne provoque guère mieux qu’un vague bâillement chez notre interlocuteur ou le plus souvent un silence ennuyé. Et pourtant, les hommes sont responsables de 97% de ces agressions sexuelles. C’est donc bien la qualité d’homme ou de femme qui vous fait pencher d’un côté ou de l’autre de cette violence systémique

[fin de la démonstration chiante].

 

Bon, de toute façon, les gars, pas besoin de chiffres, hein ? Si vous interrogez vos amies, votre femme ou votre maîtresse (oui, vous pouvez interroger les deux), vos collègues de sexe féminin, vous aurez probablement toujours le même témoignage, à savoir qu’elles y ont été confrontées à un moment ou à un autre. Inutile donc de reprocher une quelconque généralisation : le problème est, de facto, général à toutes les femmes. Dès lors, qu’il est général à toutes les femmes (qu’il est « systémique » dirons-nous), tous les hommes – sans en être directement responsables – y ont été aussi confrontés, puisque jusqu’à preuve du contraire, il vous arrive de croiser des femmes dans votre magnifique journée ensoleillée.

 

 

Pourquoi qu’on est gêné ?

(et pourquoi que j’achète pas un Bescherelle aussi ?)

C’est vrai ça, tiens. Pourquoi dès qu’on parle de ça, et lorsque la réponse n’est pas un silence qui dure (et qui attend que l’on change de sujet), certains hommes se croient obligés de prendre la défense… des hommes ?

Je trouve déjà super louche qu’un homme réagisse lorsque l’on aborde ces sujets liés au patriarcat. C’est vrai quoi, lorsqu’un alcoolique tue un piéton parce qu’il a pris sa voiture bourré, on n’entend pas les gens qui ont le permis de conduire hurler « pas tous les conducteurs ! » (on n’entend d’ailleurs pas non plus ceux qui boivent de la bière se plaindre qu’on peut plus prendre sa voiture bourré tranquille ou s’écrier « pas tous les buveurs de bière ! »).

Alors pourquoi, quand il s’agit de harcèlement systémique, d’égalité salariale ou de patriarcat, certains hommes se croient-ils subitement investis d’une mission de réhabilitation des hommes biens ? Une pointe de culpabilité peut-être ? On se sent concernés les gars ?

La réponse à la question me paraît assez évidente (et je suis confronté moi-même à ce questionnement) : qu’avons-nous fait la dernière fois que l’on a vu une femme se faire insulter dans la rue parce que sa jupe était trop courte ? Qu’a-t-on fait la dernière fois que notre collègue s’est pris une remarque sexiste dans la gueule en pleine réunion de la part de notre supérieur hiérarchique ? pourquoi continue-t-on à rire aux blagues sexistes (même les pas drôles du tout) de ce même supérieur hiérarchique (note pour plus tard : changer de service) ?

Tout simplement à cause d’un sentiment assez largement partagé dans notre société : le sentiment de culpabilité.

 

 

Pas touche à mon égalité

Ah ça, on est toujours d’accord pour un peu d’égalité tant que ça ne nous affecte pas directement. Disons que ça ne mange pas de pain. Pour l’anecdote, dans la société où je fais semblant de travailler depuis plus de 20 ans, la question du rattrapage du salaire des femmes a été posée. Belle unanimité dans la boîte : tout le monde était d’accord pour faire quelque chose. Les idées ont fusé : enveloppe spécifique d’augmentation, grenelle, numéro de téléphone (pire qu’une réunion de députés en Marche). Et puis, il y a eu un bug. Quand les hommes ont compris que la formidable enveloppe dont ils parlaient faisait partie de l’enveloppe globale, ils ont trouvé ça moins formidable. Et quand ils ont compris qu’augmenter le salaire des femmes passait par un petit gel du leur, ils sont devenus gilets jaunes.

La conclusion est assez évidente : nous sommes tous concernés. L’immobilisme comme les avancées, le harcèlement comme le silence, sont de notre responsabilité collective d’homme. Il ne saurait être autre chose qu’un rapport de force à faire évoluer. And guess what : d’un côté du rapport de force, c’est bien nous qui tirons la corde (ou la couverture si vous êtes fainéant), l’air de rien.

 

Alors, les gars, faites-nous des vacances, arrêtez de la ramener avec votre « il faudrait voir à ne pas généraliser ». Demandez-vous plutôt la dernière fois que vous avez vraiment fait quelque chose d’autre que chouiner sur la disparition de l’homme viril. Dire que vous n’êtes pas « comme ça » ne vous dédouanera nullement de votre responsabilité.

Y a pas plus « comme ça » que ceux qui se disent « pas comme ça ». Le patriarcat ne s’est pas installé tout seul. Il s’est installé avec le silence complice ou désintéressé de tout un tas d’hommes « pas comme ça ».

 

——-

Bonus (pour ceux qui ont été sages – et surtout pour ceux qui ont été au bout) : un article écrit par ma pomme pour la collection Ma Next Romance d’Albin Michel.

https://www.ma-nextromance.fr/episode-1-a-poste-equivalent/

 

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