L’inconvenance du désastre


 
L’inconvenance du désastre(Nouvelles) – Février 2014ISBN : 978-2-9540451-8-4 Jean fabien l'inconvenance du désastre couverture(1) Langlois Cécile Achetez avec une carte de credit

15 euros TTC (+ frais de port)



 

Extrait :

Le restaurant où elle m’a donné rendez-vous possède l’originalité d’un panneau de signalisation routière, ce qui facilite grandement ma tâche de description sommaire. Il ne ressemble à rien de particulier et se fond dans la masse des restaurants de passage, où l’on peut s’asseoir sans se souvenir d’y avoir déposé les fesses six mois auparavant (ce dont je doute cependant, mon postérieur ayant la mémoire des mauvaises formes).

Même les serveuses semblent n’avoir aucune essence, comme si elles faisaient partie de l’absence de décor. De parfaites pièces de rechange, escamotables et bon marché, atteintes d’un syndrome de transparence incurable.

L’ambiance est aussi glauque qu’une ambiance puisse l’être. Non pas que le manque de clients, le désert décoratif ou l’indigence du menu participent au désastre, mais on ressent une vibration indicible et fonctionnant à un niveau inconscient qui provoque une sensation flottante invitant à l’évasion hors du restaurant.

Inutile de dire que tout ceci ne me conditionne pas positivement pour l’arrivée de ma princesse du jour. Mon cerveau est sur le point d’avoir envie d’aller se dégourdir, une fois qu’il aura fini de régurgiter cette phrase engorgée de trop de verbes.

 

Bien m’en aurait pris. Je vois une femme avancer vers mon groupe de tables trop en vue avec la grâce d’un rhinocéros en rut, envoyant des ondes de misère sexuelle aux quatre points cardinaux. Si un cinquième point avait existé, il en aurait pris plein la tronche lui aussi. Je subodore que les univers parallèles ne sont pas en reste de messages de détresse. Elle jette des regards à bâbord et à tribord à la recherche de sa proie.

Il me faut trouver une excuse rapidement ou une échappatoire discrète.

Merde, elle m’a vu.

Quel con, j’ai gardé le Monde Diplomatique sur la table (notre signe de reconnaissance, moins connoté qu’une rose, et qui permet d’éviter de rencontrer une fille d’un bord politique inconvenant). La vision d’horreur m’aura engourdi les réflexes, paralysé le sens pratique.

 

— Bonjour Jean.

 

Dieu merci, j’ai modifié mon prénom sur ce site où je me suis inscrit avec l’énergie du désespoir et sur les conseils de ma sœur, sans trop y croire mais avec application (j’avoue avoir passé un certain temps à m’inventer une vie et me construire une pseudo-forme de conviction dans la démarche).

 

— Bonjour.

— Tu l’as lu ?

— Hein ?

— Le Diplo, tu l’as lu ?

— Ha… euh non… pas entièrement.

— Bon, ben ça veut dire que je suis pas trop en retard, dit-elle en révélant quelques dents cariées en un sourire du plus mauvais effet.

 

C’est la dernière fois que j’écoute ma sœur.

 


 

Sur le site de 20 minutes : L’inconvenance du désastre aux Editions Langlois

Sur le blog de Manuel Ruiz : Blog de Manuel

Sur le site Amazon (format Kindle) : Kindle « L’inconvenance du désastre »

Sur Babelio : L’inconvenance sur Babelio

Critique d’Anne Stien : Sur le site des Editions Langlois

Critique sur Myboox : Critique Myboox

5 réponses à “L’inconvenance du désastre

  1. Bonjour,

    La lectrice d’Egreville est de retour. Après le salon du livre où j’avais acheté Le journal d’un écrivain sans succès, je suis passée à la librairie et j’ai acheté vos livres disponibles.

    Cette fois j’ai poursuivi avec l’Inconvenance du désastre. Rien que le titre donne envie de se plonger dans la lecture. Et je me suis noyée dans votre écriture que j’adore.

    D’abord Orion, alors là franchement, dès la première page, la description des yeux de la femme est à tomber ! Je l’ai relue 20 fois, et on se dit que l’homme qui écrit un truc pareil est d’un lyrisme et d’un romantisme à vous renverser (surement sur le canapé…) Vite il faut que je lise la suite.

    J’avance dans la lecture, je décolle dans un monde parallèle, j’atterris de nouveau dans l’évocation des difficultés des relations homme-femme que je connais bien. Au restaurant, dans un train, un avion, au boulot, on a en nous des tas d’histoires similaires et ça fait du bien de se dire qu’on n’est pas seul dans le même constat de désastre sentimental incongru.

    Merci pour ce livre qui fait du bien à l’âme, au cœur, et qui nous fait finalement tourner en dérision nos propres histoires ratées.

    Laurence

    • Hello Laurence, merci pour ce gentil retour. Vous me faites penser au fait que mon canapé commence à être un peu vieux (les ressorts grincent), je vais pas tarder à passer chez Ikea.
      Blague mise à part, merci beaucoup (vraiment), je suis ravi que cela vous plaise. Vous verrez que « La perspective » est dans un tout autre délire / univers. Vous me direz 🙂

  2. Bonjour Fabien,

    L’inconvenance du désastre m’a été offert en avril par ma mère qui vous a rencontré dans un salon du livre de je ne sais plus quel village de Basse-Normandie. Je l’avais abandonné, seul, au fond d’un placard humide (climat de la Guyane française oblige). Mon ebook acheté par manque d’une vrai bibliothèque dans nos contrés, occupant toute mon attention. Un jour de rangement, j’ai donc redécouvert ce livre et m’y suis plongée. En fond sonore, Ludovico Einaudi.

    Votre écriture est simple mais efficace. Je n’ai pas votre don pour l’écriture. Mes mots trahissent souvent mes pensées. Trop, pas assez. Donc voilà, j’ai souri dès les premières lignes. Ah Orion! Je me suis reconnue dans la nouvelle sur Halloween! En lisant Grains de Fable, j’ai pensé : « mais pourquoi est-ce si dur d’exprimer ses pensées et ses sentiments ». Sans un coup de pouce d’un(e) ami(e) (ou ennemi(e)), que deviendrons-nous ? Resterions-nous seuls par peur d’aller vers l’autre ?

    L’inconvenance du désastre qui ne m’attirait pas par son titre (trop philosophique pour moi ou tout simplement incompréhensible pour mes « deux neurones qui se battant en duel »), m’a pourtant séduite dès les premiers mots.

    Continuer donc à nous amuser, nous faire philosopher, nous bousculer dans nos idées… je vais de ce pas, me procurer vos autres romans.

    Carine

    • Carine, que dire ?
      Vous dites que vous n’avez pas de don pour l’écriture et pourtant votre message est tout à fait charmant. Vos mots ne trahissent pas votre pensée : ils la transposent de manière simple et efficace. Merci 🙂

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