Le manuscrit, cet obscur objet du délire

manuscrits

Pendant très longtemps, j’ai imaginé que si seuls 3% des livres publiés étaient le fait d’écrivains inconnus envoyant leurs écrits comme une bouteille à la mer, c’était à cause d’un verrouillage du monde de l’édition, rétif à l’idée d’inviter de nouveaux convives à la grande fête de la culture littéraire, où l’on se gavait de petits fours et de champagne rosé.

J’étais moi-même passablement meurtri dans mon amour propre de voir systématiquement refusé les manuscrits que j’envoyais aux différents éditeurs de la place parisienne (bande de salauds, ils savaient pas ce qu’ils rataient).

 

Je suis aujourd’hui assez persuadé que c’est beaucoup plus compliqué que cela.

 

 

La sélection d’un manuscrit

Il paraît qu’un éditeur comme Gallimard reçoit un manuscrit toutes les dix minutes (sauf en mai, parce qu’il y a trop de jours fériés). Je me souviens d’un écrivain publié chez Grasset me dire que son Directeur éditorial avait sur son bureau 200 manuscrits à lire de gens qu’il connaissait déjà (pas des inconnus, hein ?, des gens qu’il connaît).

Dans ces conditions, il apparaît mécaniquement impossible pour un éditeur de lire lui-même les manuscrits qu’il reçoit, à moins de passer sa vie à ça et, donc, de ne point faire son métier d’éditeur, à savoir éditer.

Ainsi, les grosses maisons d’édition font systématiquement appel à des stagiaires ou des personnes externes de bonne volonté – voire refusent de recevoir des manuscrits, à l’instar du Diable Vauvert – pour les aider à gérer le flux entrant.

Il est donc rigoureusement impossible, en tant qu’inconnu, d’être lu par un professionnel de l’édition directement lorsque l’on envoie son manuscrit par la poste. Ce n’est pas par snobisme ou préjugé, mais bien du fait d’un problème insurmontable : trop de gens souhaitent devenir écrivains, et le marché n’est pas capable d’absorber l’ensemble de cette production (sans parler de l’incapacité des lecteurs à lire tout ça).

La conséquence est assez évidente : des grilles de lecture standard sont appliquées afin de noter les textes de manière plus ou moins objective et il est assez rare que l’on dépasse la 10ème page si le début du livre n’a pas convaincu le stagiaire ou la bonne âme beta lectrice.

Ainsi, 95% des manuscrits sont préalablement écartés pour des raisons diverses ou variées, mais souvent les même (intérêt de l’histoire, style, orthographe, etc.), sachant que l’on parle, en général, uniquement du début du roman. Il y a tant à lire qu’il serait dommage de perdre son temps à dépasser la 50ème page d’un roman dont les 49 premières ne nous ont pas convaincu (on a qu’une vie).

 

C’est donc un fait : lorsque le nombre de manuscrits devient trop important, il est tentant d’en écarter un max sur des critères aussi qu’objectifs qu’injustes du point de vue de l’auteur. Un exemple au hasard : les fameuses fautes d’orthographe.

Je me souviens avoir eu plusieurs discussions avec des auteurs sur ce sujet, car ils ne comprenaient pas que l’on écarte des écrits non encore édités (donc perfectibles dans leur tête) sur la base de choses aussi futiles que quelques fautes d’orthographe. Le problème est que la faute d’orthographe (à l’instar des clichés ou de trop nombreuses répétitions) est la preuve ultime qu’un manuscrit n’a pas été relu. Or, comme on le verra par la suite, un manuscrit non relu par une personne extérieure – la maman de l’auteur est donc exclue – est dans 100% des cas sans intérêt.

 

 

La réalité objective

Il se trouve que je lis énormément de manuscrits reçus par ma maison d’édition Paul&Mike (à une époque, je m’étais pris de tous les lire, jeune fou que j’étais), j’ai donc une vision, certes partielle mais basée sur un nombre conséquent d’embryons de romans, de la production moyenne des gens souhaitant être édités à compte d’éditeur chez un éditeur indépendant et de taille modeste.

La conclusion est malheureusement assez terrible : sur les plus de 200 manuscrits reçus par mail pendant une période de 18 mois (où les manuscrits étaient tous étudiés), seul un manuscrit a retenu notre attention (et au final, cette personne n’a pas été éditée, car c’était un recueil de nouvelles et certaines nouvelles n’étaient pas assez travaillées à notre goût). Ainsi, l’intégralité des livres publiés ont été reçus par d’autres moyens – personnes rencontrées lors de salon, introduites par un auteur de confiance, recommandation, etc.

Ce dont souffre, à mon sens, la majorité des livres que j’ai essayé de lire, c’est l’absence de style (quasiment l’intégralité des manuscrits sus cités en étaient totalement dépourvus) et le manque d’intérêt (défaut assez récurrent). Dans les défauts classiques viennent ensuite les manuscrits illisibles (orthographe hasardeuse, grammaire folklorique, etc.), sans oublier les inoubliables romans érotico-foireux (oui, « 50 nuances de Grey » c’est nul, mais le créneau est déjà pris).

Ce que l’on ressent à la lecture de la plupart des manuscrits – en plus d’un certain ennui – c’est la gêne. Je vais pas me faire des amis, mais soyons honnête, c’est souvent assez gênant de lire quelque chose qui a dû prendre du temps à l’auteur et où l’on se dit « mais mon Dieu, où veut-il en venir ? Quel est l’intérêt de raconter ça sur 300 pages ? ».

Je crois que le plus gênant est lorsque l’auteur disperse des clichés dans ses pages comme autant de preuves qu’il s’agit effectivement d’un livre (ben oui, si j’écris « la sueur froide me dégoulina dans le dos », ça fait peur, hein ? Et puis, ça fait polar, non ?). Je suis désolé cependant de dire que dès que je lis « mes poils se hérissent » ou autre poncif, j’ai juste envie de passer le manuscrit par la fenêtre. Où est l’originalité ? Où sont les mots – les vrais – de l’auteur ?

Et dans les 5% de manuscrits qui surnagent dans tout ça (qui sont correctement écrits, de manière personnelle, et où l’on est suffisamment intéressé à la lecture pour aller au bout), aucun coup de cœur ne s’est manifesté. Il manquait toujours un petit quelque chose, soit c’était trop classique, trop sage, trop déjà lu, etc.

 

 

Comment faire pour réconcilier éditeurs et auteurs

Alors, comment faire, me direz-vous pour réconcilier auteurs et éditeurs ?

Dans un premier temps, je pense qu’il est nécessaire pour les auteurs (j’en fais partie) de faire relire son manuscrit par des tierces personnes avant de l’envoyer à un professionnel.

Je suis toujours sidéré de lire des statuts Facebook d’auteurs annonçant fièrement « j’ai encore écrit 2 chapitres aujourd’hui, je suis bientôt au bout ». Mais au bout de quoi ? Le 1er jet d’un roman n’est que le début des emmerdes. Ce n’est jamais bon à ce stade mais bizarrement quasiment 100% des auteurs en sont satisfaits, cherchez l’erreur.

Le fait de faire relire permet de prendre du recul sur son texte et permet surtout d’en pointer les défauts. Lorsque l’on passe 6 mois ou un an à écrire un livre, on est tellement immergé dedans que l’on en détecte plus les carences.

Même Houellebecq possède un directeur d’ouvrage chez Flammarion qui l’aide à améliorer ses écrits, il serait assez étonnant que l’auteur inconnu n’en ait pas besoin.

 

Ensuite, il est nécessaire à mon sens de se poser la question de savoir comment on raconte l’histoire : la mise en scène, puis le style. Souvent, l’apprenti auteur pense qu’un événement magique se passe dès lors qu’il a inscrit le mot fin sur la dernière page, cet événement magique transformant son « œuvre » en livre. Eh ben en fait, non les gars. Je pense que cela se saurait sinon. Si l’on raconte juste une histoire sans se demander comment on va la raconter, il est assez probable que cela n’aura aucun intérêt (peu importe l’histoire).

 

Enfin, quand on lit plusieurs manuscrits par semaine, on est assez vite lassé visuellement parlant, bien avant de parler de l’histoire, il est donc important que le rendu soit neutre. Oubliez les polices exotiques, les mises en page foireuses, etc. J’ai tout expliqué ici.

 

 

Voilà, je crois qu’on a tout dit, c’était l’article pour se faire des amis chez les auteurs.

 

Et pourtant, les gars, croyez-moi ou pas, mais connaître les principales raisons pour lesquelles on échoue est souvent une première étape nécessaire sur le chemin de la réussite. Rappelez-vous qu’on est jamais à l’abri d’un succès.

Jamais !

 

 

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53 réponses à “Le manuscrit, cet obscur objet du délire

  1. Je lis aussi, comme bêta, quelques romans tous les trimestres (oui, je limite, j’ai une vie ^^) et je tente de donner des conseils à ces auteurs qui me contactent en se basant sur le fait que mon blog est assez « sévère côté style ». Je suis parfois dépitée par ce que je lis. J’ai, à ce moment-là, bien de la peine à rester positive et conciliante… mais voilà, ils sont venus chercher un conseil, je le donne, avec malheureusement la certitude que je vais blesser en eux cette conviction d’avoir écrit l’œuvre du siècle.

    Ce qui m’agace, surtout, ce sont les constructions hasardeuses – outre les coquilles (qui n’en fait pas ? Le tout est de le savoir et de les corriger) et un style parfois plat -. Certains auteurs enchaînent l’histoire, chapitre après chapitre, sans trame globale, et cela se voit ! Ils ajoutent des éléments, d’un coup, après plusieurs pages et le lecteur se demande s’il n’a pas sauté un truc. « Ah bon, le personnage bidule sait voler ? Mais, au début, il aurait pu se sauver… » Ce manque de construction est déplorable et lorsque je le signale, on me répond souvent (oui, ils ont du mal avec les critiques, même constructives) : c’est pour le suspens !

    L’autre point qui me turlupine, c’est cette mode du « Je » et du présent. Je dois être vieux jeu. Certes, c’est plus vivant, et le lecteur doit en théorie se projeter plus facilement dans le personnage. Pas convaincue.

    Voilà, en vous remerciant pour cet article, qui je l’espère, ouvrira les yeux à quelques auteurs en devenir.

    Bises, Nanet

    • @Nanet : c’est très dur effectivement pour un auteur d’accepter la critique (ce qui est assez amusant).
      J’ai plusieurs fois été remis sur le droit chemin par des personnes qui m’ont clairement dit « attends, là ça c’est mauvais parce que (etc.) » et c’est très désagréable mais super utile. Mon 1er manuscrit a été pris par un éditeur suite au refus d’un autre qui m’avait écrit sur une dizaine de pages tout ce qu’il avait détesté dans mes écrits.
      On ne progresse jamais dans la flagornerie.

      • En ce qui me concerne, j’ai beaucoup appris de mes éditeurs. Quand on a le nez dans le guidon pendant des mois, qu’on est soi-même insatisfait d’une tournure, d’un ton; quand on a ouvert et recousu le ventre de son manuscrit des centaines de fois, on manque de recul et il est bon qu’un autre s’y penche. Ce qu’il dit, il faut alors l’entendre. Et se remettre à travailler (à lire aussi, ce que nombre d’entre nous ne font pas assez à mon sens). Je ne crois pas au génie pur, je ne crois qu’à la patience, au travail. Le plus dur reste de trouver un éditeur dont l’esprit et l’exigence ne sont pas trop éloignés des vôtres. Quelqu’un avec qui vous prenez plaisir à vous remettre en cause. De ce côté-là, je ne me plains pas…

      • Ce qui est agaçant dans l’autre sens c’est de n’avoir, pour un auteur, aucune critique constructive malgré les demandes. Je pense que beaucoup de gens on peur de vexer et on se retrouve à atte dre indéfiniment comme ça. Personnellement je suis friande de critiques parce que j’ai toujours envie de m’améliorer, mais je n’en reçois jamais.

  2. si je peux me permettre, y inclure un synopsis lors de votre courrier à un éditeur est un plus.Cela donnera une première approche du livre et l’envie ou pas de le lire…

  3. Certains auteurs arrivent chez un éditeur en disant : mon manuscrit est prêt, il n’y a plus qu’à l’éditer… très drôle !
    Aucun manuscrit n’est prêt une fois terminé par l’auteur.
    Longueurs, incohérences, répétitions, pistes à explorer, idées décrites à mi-mots, compréhensibles uniquement par les proches qui connaissent l’histoire…
    Bien des point à retravailler avec l’auteur.
    Et une fois ne suffit pas. Il faut d’abord défricher, puis revenir sur ce qui reste et affiner, aboutir, ciseler…

  4. Je suis à 100% d’accord avec tout ce que j’ai lu dans cet article et les différents échanges. Je n’ai pas grand chose à ajouter, si ce n’est que chaque jour et sans relâche il faut se remettre à l’ouvrage et savoir que l’on peut toujours améliorer son texte. Ce qu’un éditeur recherche en effet, c’est d’être surpris par une histoire, un style, et un auteur qui accepte les critiques et les conseils. Il ne suffit pas d’écrire (souvent n’importe quoi et n’importe comment) pour se prétendre écrivain. Il ne faut pas confondre le plaisir que l’on a à écrire pour se faire plaisir et le réel travail artistique de recherche et de création d’un écrivain. Tout le reste a été dit très bien par Jean-Fabien que je salue.

  5. Entièrement d’accord avec cet article. Lire un manuscrit (et même parfois un bouquin publié) peut se révéler un châtiment. Hormis l’habillage incertain (orthographe, grammaire and so on), le contenu est souvent insipide et egotique, si bien que tout le monde finit par raconter plus ou moins bien la même histoire (mon machin, ma truc, etc, etc.) et souvent, d’un manuscrit à l’autre, le style (si l’on peut qualifier la platitude de style) est interchangeable.

  6. Bonjour,

    J’ai lu avec attention votre article qui résume le long chemin (s’il existe) entre un auteur inconnu et l’acceptation par un éditeur (un vrai) de son manuscrit.

    Si je peux me permettre j’aimerais faire part de mon expérience personnelle suite aux….X refus que j’ai pu recevoir suite à mon premier roman.
    Première réaction : un petit coup de déprime « je suis nul »  » ils ont dû rigoler »…et j’en passe. Et puis un jour un déclic à la lecture d’un ouvrage d’un auteur à succès. Je trouvais l’écriture lourde, le style absent, l’histoire prévisible…je souhaitais vérifier un peu plus en avant les écrits de cet auteur. Autres titres …même conclusion. Je me renseigne sur cet auteur et je me rends compte qu’il ne fait pas l’unanimité loin de là!
    C’est alors qu’une idée se met à trotter dans mon esprit….l’avis des professionnels c’est très bien…mais un livre c’est d’abord pour les lecteurs. C’est décidé je vais soumettre mon premier roman à l’avis des lecteurs, seule solution l’autoédition (oh le gros mot!).
    C’est louche les lecteurs apprécient…attendons ce n’est qu’un feu de paille….ça continue…..c’est vraiment louche….essayons avec mon deuxième roman….même résultat.
    Cela fait un an que « j’édite » mes deux premiers romans actuellement les ventes sont de 7000 unités et je continue à ne pas comprendre ce qui se passe et les lecteurs à apprécier.

    J’ai donc décidé de ne pas envoyer mon prochain manuscrit aux éditeurs ; sans doute une erreur !

    Même si j’ai travaillé avec des professionnels pour mes romans : graphiste, correcteur , ils sont sans doute loin d’être parfait …mais ils plaisent et c’est bien là le principal.

    Voilà ma petite expérience !

    Bien à vous.

    BC

  7. Que celui qui ne s’est jamais emmêlé les crayons en écrivant vous jette la première gomme: « … rétif à l’idée d’inviter de nouveaux invités… ».

  8. J’ai été éditée chez notre cher Kiro et cherche à faire rééditer ce roman chez d’autres, sans ni même une seule réponse (même négative). Un conseil serait le bienvenu cher Jeanbienauteur, Là tu m’as sabré mon moral pour le reste de ma journée…. Enfin, sans rancune, en vérité je savais déjà tout cela mais bon il me reprends d’espérer…. parfois…..

      • Oui cela je le sais aussi. Mais peut-on à ton avis représenter un manuscrit repris à un même éditeur auquel on croit ? S’il est lu par un autre lecteur a-t-il une seconde chance ?

      • Non, en général, quand un éditeur refuse un manuscrit, il garde trace de son refus (je dis bien : en général). Sauf dans le cas où il avait pointé des défauts et que tu le renvoies en disant que tu as pris en compte ses remarques.

    • Je suis une autre victime de Kiro et ne saurai donc jamais combien d’exemplaires de mon roman ont été vendus. Je l’ai réédité chez « jepubliemonlivre.chapitre.com » Le problème est que, les journalistes refusant de lire un livre déjà publié il y a deux ans et qui n’avait pas eu alors le temps de bénéficier d’une promotion un peu soutenue, cette nouvelle édition ne se vend pas. Et pourtant j’avais reçu des critiques élogieuses…

      • sauf que moi, si, je suis rééditée après kiro. cherche bien Guy Barbey. au mieux autoédite et viens faire ta pub sur fb, il y a plein de groupe dédié aux autoédités

  9. la seule chose que vous ne dites pas , jeanfabienauteur, ( tout ce que vous dites étant par ailleurs fort juste et imparable), c’est comment vous, auteur non publié dites-vous, c’est à dire refusé – quoique vous-même dans l’édition ce qui est déjà une curiosité car être dans l’édition est quand même une entrée assez répandue dans le monde magique des auteurs publiés, donc, comment vous réagissez aux refus des éditeurs.( car si je comprends bien vous devez en conclure que vos manuscrits ne sont pas à la hauteur et vous les reprenez studieusement? travail travail travail?) . Et puisque ce sont des lambdas paravents aux comités de lecture surchargés qui vous jugent, où mettez-vous la barre de leur jugement. J’ai moi-même eu l’expérience d’être dans des comités de lecture et me suis rendue compte que j’étais bien souvent minoritaire dans mes choix et que ce qui passait la barre était souvent un sinon plus petit du moins, « moyen-commun dénominateur ». Malgré toute votre sagesse ( et je partage encore une fois votre expérience quant à l’intérêt de la majorité des manuscrits – mais j’y ajouterai le peu d’intérêt de beaucoup de livres édités…) vous n’épuisez pas le mystère de la réception d’un lecteur de comité de lecture ( ou pas) . ni celui des refus… Je doute que Joyce passe le crible de certains lecteurs ou K.Rowling celui d’autres lecteurs ( le panel est large des refus!!). Donc, en résumé je dirais que vous faites bien de décourager les auteurs de ce furieux désir d’être édité,puisqu’il y en a trop…. mais que vous ne réglez pas la question!
    le numérique pourrait permettre si le secteur marchand ne s’y mettait pas, de créer des plate-formes avec des choix revendiqués éditoriaux ( car de cela vous ne parlez pas, ils existent pourtant) et les lecteurs en phase avec ces choix iraient piocher dans un vivier librement et y laisseraient leur commentaire, juste retour des choses pour un auteur en mal de retour. et seule rémunération dans un premier temps en tout cas… mais c’est bien sûr une utopie.

    • Bonjour,
      cela mériterait une réponse plus argumentée (vous notez des points essentiels que je n’ai pas abordés, vous avez raison).
      Concernant la production actuelle : de nombreux livres sont édités mais pas de grande valeur, à mon sens, car ils ont un potentiel commercial avéré (auteur connu, sujet d’actualité, etc.).
      Sinon, sur le reste, dans les 5% de manuscrits qui surnagent et dont je parle, c’est clairement subjectif. C’est pourquoi, il faut présenter ses romans / recueils à plusieurs éditeurs. Après, un manuscrit refusé par 30 éditeurs, je pense que cela veut dire quelque chose.
      Dans mon cas, puisque vous en parlez, je réécris toujours mes manuscrits suite aux remarques des éditeurs (je ne prends pas toutes les remarques pour argent comptant, mais j’essaye d’en tirer le meilleur).

      • Bonjour,

        Je représente l’autre côté du miroir… le 3% inconnu-envoyé par la poste-édité du premier coup (vous pouvez me haïr, à votre place c’est certainement ce que je ferais).
        En fait c’est amusant car j’illustre assez bien les propos de Jean-Fabien et je me rends compte que c’est probablement ce qui m’a permis de passer le plafond de verre : pas de fautes (je suis prof de français, ça aide), une présentation claire, un synopsis, et un manuscrit retravaillé après relecture par l’animatrice de l’atelier d’écriture que je fréquentais à l’époque.

        J’ai envoyé 10 manuscrits, j’ai eu 3 réponses positives, 2 refus détaillés avec encouragements, et 3 réponses types (2 n’ont jamais répondus).

        Bref, même si il est évident que cela ne suffit pas, je pense vraiment que Jean-Fabien est de bon conseil 🙂

        Bonne soirée à tous

        Marine Carteron

  10. Est-ce que le développement du métier d’agent littéraire ne pourrait pas contribuer à désengorger les maisons d’éditions et permettre d’opérer un premier tri?

    • Je connais assez peu d’agents littéraires, par contre je connais beaucoup de maisons d’éditions qui refusent de travailler avec des agents.
      J’ai donc pas trop d’avis sur la question.
      Le problème reste toujours la frustration de l’auteur non édité. Tant que des centaines de milliers de gens s’imagineront avoir le talent nécessaire pour écrire des livres, on aura toujours un afflux trop important de manuscrits en entrée…

  11. Bonjour Fabienm,
    Où peut-on jeter un coup d’œil sur vos livres qui auraient été refusés par les éditeurs;
    Je vous enverrais mes commentaires comme je l’ai fait de nombreuses fois.
    Je vous ai dit que je ne cherche à être publié.
    Un manuscrit m’avait été aussi demandé alors que tout est sur Internet.
    Refus catégorique de ma part.
    Le plaisir d’écrire, c’est d’abord pour vous.
    Mettez-vous à la place du lecteur.
    Si le plaisir n’existe pas pour vous, il n’existera pas pour le lecteur.

    • Salut l’enfoiré.
      En fait, tous mes livres ont trouvé preneur. J’en ai 3 qui ont été édités, un 4ème qui sort en juillet (« Comment je suis resté inconnu », éditions Paul&Mike) et un 5ème en mai 2016 (« A travers la vitre », Olivier Morattel éditeur).
      J’avoue que dans mon cas, mon 1er bouquin édité a été un coup de pot, après on rencontre plein de gens, c’est plus simple, on a pas à « repasser par la case départ » 🙂

  12. Rêvons d’un monde littéraire où la numérisation des ouvrages, va permettre une distribution quasi sans frais, ouvrant donc des champs entiers à de nouveaux labourages.
    Tout ce qui est dit ici par Jean Fabien auteur, est le bon sens même … Dans un monde où les ressources sont limitées, on va plus ou moins objectivement dresser des obstacles physiques à peu près indépassables si on ne réunit pas dans un bouquin toutes les vertus pour en faire un super bouquin.
    Pour autant, les bouquins édités tombent très souvent des mains des lecteurs tellement nombre d’entre eux n’ont eu pour être crédibles que le nom de leur auteur, ou le scandale qu’il a pu nourrir en tel ou tel domaine. Ainsi occupent-ils plus de place qu’ils n’en méritent et cela au détriment d’ouvrages sans doute imparfaits ( mais quelle entreprise humaine l’est ? ) et pourtant plus intéressants par leur contenu voire leur style presque pas plat (!) que les livres sus-visés.
    Le numérique va-t-il aider à changer cela, à permettre l’éclosion de bouquins simplement honnêtes, puisqu’ils ne coûteront quasiment rien à éditer et publier … Y’aura-t-il des banques d’auteurs inconnus désireux d’être lus, banques ouvertes à tous les lecteurs moyennant un coût modique ( éventuellement forfaitaire au mois ou à l’année) ?
    L’auto édition sera-t-elle rendue plus aisée à n’importe qui disposant simplement d’un peu de temps pour s’y atteler, en plus du travail accompli sur son œuvre ?
    Ce sont ces questions là qui méritent d’être creusées … Peut-être l’avenir permettra-t-il l’éclosion de bien plus d’auteurs … Sachant que la capacité d’absorption de tous ces produits demeurera limitée par le temps de chacun … Encore qu’une civilisation des loisirs avec réduction des horaires de travail pourrait contribuer à en élargir le volume …
    Bref, rêvons un peu sans perdre de vue que la réalité de demain sera évidemment très différente de celle, assez malthusienne, d’aujourd’hui.

  13. « Ce n’est pas par snobisme ou préjugé, mais bien du fait d’un problème insurmontable : trop de gens souhaitent devenir écrivains, et le marché n’est pas capable d’absorber l’ensemble de cette production (sans parler de l’incapacité des lecteurs à lire tout ça). »
    …J’ai souvent l’impression, quand je regarde alentour, qu’il y a plus d’écrivains que de lecteurs…
    Et que, si je pousse un peu la réflexion, parmi ces auteurs, bien peu lisent…

    • Cher Yorkshares, c’est assez vrai et cela me paraît tout à fait invraisemblable. Je pense que la seule façon de progresser dans son écriture, c’est de lire, lire et encore lire.

  14. J’ai lu tout ci avec intérêt et je me pose une question en ce début de matinée : (qu’est-ce que je fais réveillée, moi?) le travail, évidemment, cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage, mais une chose m’interpelle : il faut tout de même un don pour l’écriture.
    Même en sachant faire des jolies phrases et en ne faisant aucune faute d’orthographe, il faut savoir raconter une histoire qui plaise…
    Je me souviens d’un livre sorti en 2012 d’un jeune auteur, fort prétentieux, d’ailleurs, (j’ai oublié son nom mais il s’est sèchement accroché avec une Ségolène Royal incrédule et amusée par le blanc-bec, qui était certes, très joli, avec un joli niveau de langues, mais par ailleurs, parfaitement inintéressant…

    • Je ne sais pas. Je ne sais plus quel auteur disait « un enfant de 7 ans a assez d’histoires à raconter pour écrire toute sa vie ».
      J’ai été voir un film hier (le dernier Desplechin) et j’ai été fasciné de la qualité de l’écriture et surtout de la fraîcheur des scènes jouées par les jeunes de 18-20 ans. Finalement, c’est peut-être ça l’écriture parfois : savoir retrouver une certaine fraîcheur. Mais c’est plus de l’ordre du talent, non ?

  15. J’ai juste sursauté à ceci :
    « Même Houellebecq possède un directeur d’ouvrage chez Flammarion qui l’aide à améliorer ses écrits »
    Imaginez un peu si Houellebecq est une référence ! Et en plus, il y aurait un directeur d’ouvrage derrière lui ?! Moi-même et toutes les personnes que je côtoie dans le domaine littéraire (profs d’université, diplômés en lettres ou lecteurs crédibles) ne le lisent qu’avec consternation. Style fantaisiste et inconstant, des pages entières sans un point final avec des principales juxtaposées sans raison, le tout infesté de propositions indépendantes entre parenthèses alors que les parenthèses seraient inutiles, puis reprise au chapitre suivant d’une écriture académique… On dirait que ce n’est pas le même qui écrit d’un chapitre à l’autre. Sans parler de la formule commerciale plus que grossière : un peu de provoc d’actualité, un peu d’insulte à personne publique dans l’espoir d’un procès publicitaire, un peu d’érudition gratuite, un peu de cul et on recommence, et rien de franchement inédit. Pourquoi cet individu est-il si médiatisé, traduit et primé ? Pour sa tronche, sûrement. C’est aussi un conseil que vous devriez donner aux inconnus qui rêvent : « joignez à votre manuscrit une photo de vous, bien dépeigné ». Si vous n’avez pas l’heur d’avoir une apparence marginale et une forte tendance à la dérive psychiatrique manifeste, au moins, essayez de boire ; vous aurez plus de chance de passer à la télé, quoi que vous écriviez.

    Sinon, à la volée (d’où l’intérêt de se faire relire) :
    – dans mon amour propre [amour-propre]
    – voir systématiquement refusé [refusés] les manuscrits
    – des inconnus, hein ?, des gens [hein ! des gens]
    – 10ème [10e] page
    – souvent les même [mêmes]
    – 50ème [50e] page
    – on a [n’a] qu’une vie
    – aussi qu’objectifs [objectifs] qu’injustes
    – manuscrits sus cités [sus-cités]
    – on en [n’en] détecte plus
    – on est [n’est] jamais à l’abri

    Et si ça peut rassurer tout le monde, en ouvrant au hasard 2084, le livre de Boualem Sansal paru chez Gallimard, grand prix de l’Académie française, je tombe sur : « [ils] était » (p.128)… Du coup, j’ai fait comme les lecteurs pro, j’ai replié le bouquin.

    Merci, Jean-Fabien, pour le partage de votre expérience.

    • Hello Adalbert,
      merci pour votre mail.
      reprenons dans l’ordre.

      J’ai juste sursauté à ceci :
      « Même Houellebecq possède un directeur d’ouvrage chez Flammarion qui l’aide à améliorer ses écrits »
      Imaginez un peu si Houellebecq est une référence !
      Et en plus, il y aurait un directeur d’ouvrage derrière lui ?! Moi-même et toutes les personnes que je côtoie dans le domaine littéraire (profs d’université, diplômés en lettres ou lecteurs crédibles) ne le lisent qu’avec consternation.

      => Vous avez le droit de ne pas aimer Houellebecq, mais c’est aujourd’hui un auteur français emblématique, qui n’a pas besoin d’écrire de bons livres pour être publié (la preuve 😉 ). En pointant que lui-même à un DO, cela signifie que même les auteurs établis s’en voient imposé un. J’espère que c’est plus clair comme ça.

      « joignez à votre manuscrit une photo de vous, bien dépeigné ». Si vous n’avez pas l’heur d’avoir une apparence marginale et une forte tendance à la dérive psychiatrique manifeste, au moins, essayez de boire ; vous aurez plus de chance de passer à la télé, quoi que vous écriviez.
      => Il est une évidence qu’aujourd’hui les grandes maisons d’édition (à part quelques rares exceptions) vendent avant tout des « produits », rassurez-moi, vous ne le découvrez pas aujourd’hui ? 🙂

      Merci pour les corrections, heureusement il ne m’est pas pris l’idée de faire publier mon article 🙂

  16. Pingback: Et voilà le travail (pourquoi je n’irai plus au salon du livre de Paris) | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  17. Excellent billet ! J’ai beaucoup ri à l’allusion de « l’auteur » qui « écrit » plus vite que son ombre parce que, pas plus tard qu’hier (sur facebook, justement), je demandais à l’un de ces « prodiges », qui se targuait d’écrire et de publier dans la foulée 3 chapitres par semaine, comment il pouvait pulvériser de tels records alors que moi, après 20 ans de métier, il m’en fallait le double rien que pour relire un pauvre manuscrit 500 000 signes.
    Sans se démonter, il m’a répondu que c’était tout simplement parce qu’il était un vrai professionnel et qu’il connaissait son boulot.
    Comme quoi, il suffit parfois de demander ! LOL ^_____^

  18. Pingback: Le monde de l’édition | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  19. Je plussoie, je plussoie…
    J’accorde personnellement beaucoup d’importance à l’orthographe et surtout à la syntaxe dans mes textes. La relecture représente presque plus de travail que l’écriture en soit… L’édition, c’est le parcours du combattant, et avoir le point de vue d’un éditeur sur le sujet éclaire beaucoup de lanternes.
    Merci pour votre tact et vos mots justes, aux efforts faits pour parvenir à cette explication claire et concise, qui réconciliera certainement quelques auteurs avec leur fierté blessée !

  20. Un grand cri d’amour pour cet article! Lectrice-correctrice, j’ai du mal à comprendre qu’un auteur n’ait pas le réflexe de faire relire. Parce qu’on peut toujours améliorer un texte, éviter des répétitions, le rendre plus fluide, jouer plus en profondeur sur les nuances, lui donner de l’épaisseur. Parce qu’un auteur ne doit pas perdre de vue qu’il écrit pour ses lecteurs, et que la seule façon de savoir comment ce qu’il a produit sera appréhendé par les autres est de le faire lire à une tierce personne (comme quand on écrit une lettre qu’on juge claire et concise à sa mémé et qu’on se rend compte qu’elle a tout compris de travers. Nous ne sommes jamais dans la tête de l’autre). Pour faire un parallèle avec la peinture, je dirais que le 1er jet de l’écrivain représente le dessin au trait, et que sa (ses!) relecture(s) apporte(nt) les couleurs. Bien dommage que cette étape soit si souvent boudée, le noir et blanc parfois c’est fade.

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