Une femme au pouvoir

borgen

Borgen (*), une femme au pouvoir (un titre à faire avoir une crise cardiaque aux islamistes de tout poil – et Dieu qu’ils en ont des poils) est une série danoise qui narre l’accession au pouvoir, contre toute attente, de la chef de file du parti centriste, Birgitte Nyborg. C’est une série qui se veut réaliste et même si le nom de la protagoniste ressemble un peu à Cyborg, il n’y a ni voyage dans le temps, ni sabre laser (oui, je comprends votre frustration, moi-même j’ai failli arrêter au bout de cinq minutes quand j’ai compris qu’il n’y avait pas d’extra-terrestres).

 

Au-delà au du côté légèrement exotique (voire des gens qui s’appellent Birgitte, Magnus ou encore Kasper se disputer pour le pouvoir nous donne furieusement l’impression d’être égaré dans un remake new age des Bisounours), cette série démontre de manière assez efficace les coulisses du pouvoir, les relations avec la presse, le côté profondément humain des hommes et femmes qui composent la vie politique d’un pays, et accessoirement l’impact sur la vie familiale que peut avoir de telles responsabilités (le Danemark a beau être un pays moderne, on a pas encore réussi à mettre en place le télétravail pour le 1er ministre – un poste que je ne viserai jamais donc).

 

La ressemblance avec House of Cards (la série dans laquelle Kevin Spacey joue, quand il ne conduit pas sa Renault Espace) n’est probablement pas que fortuite, cependant cette série a l’immense avantage d’être plus proche de nous, les thèmes abordés étant plus compréhensibles de prime abord (ajouté au fait que House of Cards pousse très loin le vice de ses personnages et que les intrigues sont plus complexes, limitant notre capacité à regarder un épisode de temps en temps – or moi, j’ai autre chose à foutre que de passer ma vie tous les soirs devant la télé).

 

 

Pourquoi je vous parle de tout ça

Ben oui, Jean-Fabien. Qu’est-ce qu’il te prend de nous parler à la fois de Télé et de politique ? Deux trucs que tu te vantes de haïr, en plus. Nous aurais-tu menti ? Ce mensonge serait-il le premier d’une longue série qui tendrait à indiquer que tu te lances, toi aussi, en politique ?

Eh bien non, pas du tout.

Déjà, j’ai le droit à être sérieux 10 minutes par mois, voilà vous tombez en plein dedans.

Ensuite, je trouve intéressant de voir la mécanique de cette série dans ce qu’elle démontre : si l’on veut jouer le jeu de la démocratie et se lancer en politique, on doit se conformer aux règles, fussent-elles biaisées ou contraires à notre propre éthique personnelle.

A partir de là, les questions légitimes sont légion : doit-on passer par le pouvoir pour changer les choses ? Doit-on se contenter de micro-inflexions ou peut-on complètement s’extraire des jeux de pouvoir et opérer des changements radicaux ? Doit-on faire la révolution, bordel ?

 

C’est toute la force du réalisme de Borgen : montrer comment, peu à peu, l’idéalisme de la nouvelle 1er ministre se heurte aux manœuvres des uns et des autres pour accéder (ou simplement rester) au pouvoir et se heurte à une réalité plus complexe que celle qu’elle imaginait (ah, on fait moins la maline quand on sort de sa cuisine, hein ?!).

Assez tôt dans la série, on comprend que cela va être compliqué pour cette femme de valeurs. Une des premières scènes la montre d’ailleurs en train de rappeler son ex spin doctor (dont elle reconnaît « l’efficacité »), spin doctor qu’elle avait virée auparavant, à cause de son manque de scrupules (et parce qu’il avait désobéi de surcroît, et ça c’est pas bien). Dès le début, elle accepte ainsi de travailler avec des gens qui ne partagent pas sa vision des choses, voire les sollicite, afin de faire passer ses projets. La fin, les moyens, toussa, toussa.

 

 

La famille

Un autre des enjeux de cette série est de nous faire pénétrer dans la vie privée de Birgitte, mère de deux enfants et femme comblée avant son accession au pouvoir.

Là où House of Cards nous montre des Underwood prêts à tout collectivement (mari et femme) pour le pouvoir, dans le cas de Borgen, on nous montre une famille qui ne s’y était pas préparée et qui s’en trouve profondément modifiée dans ses fondements même.

De même que pour l’exercice du pouvoir, les grands principes de Birgitte volent assez vite en éclats quand les heures à accorder à sa famille disparaissent comme neige au soleil (même quand la neige est abondante, on est quand même au Danemark).

On voit même Birgitte devenir de plus en plus dure, et ne plus savoir gérer sa vie autrement que dans un rapport hiérarchique à l’autre (ce qui sied assez peu à une relation de couple, n’en déplaise à Eric Zemmour).

 

 

L’éthique

La série montre aussi un certain nombre de petits arrangements que l’on a du mal à considérer comme nécessaires de prime abord : relations étroites qu’entretiennent les journalistes avec les politiques (relations qui dépassent parfois le simple cadre professionnel, vous l’aurez compris, le « no zob in job » ne s’applique pas vraiment à la politique, sexe et pouvoir étant intimement liés – si mon conseiller d’orientation m’avait dit ça au collège, j’en serais pas là, bordel), alliance avec des gens pas toujours reluisants pour mener à bien sa politique, etc.

Si l’on ne vit pas seul, on ne gouverne pas seul non plus. Et Birgitte se rend vite compte qu’elle est forcée de diriger avec des gens dont elle ne pouvait que soupçonner la duplicité avant d’y être confrontée concrètement.

 

Autre petit exemple d’exotisme pas déplaisant : lors de l’un des premiers épisodes de la série, on voit le 1er ministre en place devoir démissionner car on découvre qu’il a payé avec sa carte bleue professionnelle des vêtements pour sa femme alcoolique.

On sourit alors en se disant qu’il reste du chemin à parcourir pour en arriver là en France (il serait probablement président de la République avec de tels agissements chez nous)…

 

C’est bien la force de cette série qui, en nous révélant une vision crédible de ce que pourrait être le fonctionnement du parlement danois, ne fait pas simplement office d’information, mais offre aussi un éclairage désabusé sur ce qu’est devenue la politique de nos démocraties.

Que ce soit assumé comme dans House of Cards, ou subi comme dans Borgen, le constat est le même : le pouvoir corrompt les plus louables intentions à un moment ou à un autre.

Car, malgré ses grands principes, Birgitte Nyborg finira par faire tout ce qu’elle s’était jurée de ne jamais faire : renforcer son engagement militaire en Afghanistan, faire exploser son couple (désolé pour ceux qui ne sont pas arrivés au bout de la saison 1), mentir et même trahir ses amis. Tout en berçant d’illusions et en s’imaginant que c’est pour le bien du pays. Mais où se situe la limite avec la soif du pouvoir ?

 

C’est une série utile car elle ramène la politique à ce qu’elle est : des décisions prises pas des gens profondément humains, pas toujours pour des raisons avouables, et souvent par ambition personnelle. En rendant la mécanique politique compréhensible – même si romancée –, elle nous permet de comprendre comment la politique se fait dans un grand pays supposément démocratique et elle nous rappelle, par-dessus tout, la nécessité du combat et la question du positionnement de notre engagement à tous.

 

Allez, et maintenant, je referme la parenthèse politico-télévisuelle.

 

Et promis, demain j’arrête la drogue.

Ceci dit, je suis assez fier de moi, j’ai réussi à faire tout l’article sans écorcher le prénom de Birgitte. C’est quand même sacrément moche Birgitte. Un peu comme Brigitte, mais en pire.

 

———————

(*) Borgen signifie le château, siège du parlement danois

 

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10 réponses à “Une femme au pouvoir

  1. Je l’ai vu lorsque c’est passé sur Arte il y a quelques temps déjà et j’ai été accro tout de suite. Borgen ne comprend que 3 series mais comme cela on ne s’en lasse pas.

  2. On ne m’en a dit que du bien, mais rien à faire, les séries ne me branchent pas. Ah non, Mad man que j’ai reçu en DVD m’a plu quelques temps.

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