Le monde de l’édition 4 – J’ai un éditeur… merde !! que dois-je faire ?

Grâce à moi, vous avez maintenant une proposition de contrat (si ce n’est pas le cas, il est encore temps de rattraper votre retard en relisant les trois précédents articles afin de comprendre où vous avez merdé (une autre hypothèse étant que vous n’avez aucun talent)).
L’éditeur veut vous voir pour signer un contrat.

Sans déconner ?

Champagne ????

Hé bien non !!!! Surtout pas !!!!

Pour deux raisons :

+     C’est un peu grâce à moi que vous en êtes là, donc il est hors de question que vous buviez tout seul (non mais !)

+     C’est après la signature qu’on trinque, sinon tu vas trinquer mais pas pareil.

Afin de démêler tout ça, j’invite aujourd’hui une charmante lectrice, qui s’appelle… Emilie !

 

Bonjour Monsieur, pourquoi on peut pas boire ?

(Ha mince, une lectrice un peu portée sur la boisson…)

Euh… Tu écris toi non ?

 

Comment vous savez ?

Euh… comme ça. Tu peux me tutoyer jeune fille au fait.

 

Bon, t’as pas répondu à la question.

Ok. Alors, tout d’abord chère enfant, demande à ce que l’éditeur t’envoie le contrat, il est hors de question que tu le découvres une fois chez l’éditeur (piégée donc… surtout s’il te fait picoler !).

 

Il a de l’alcool ?

Ok, essayons de nous concentrer un peu, c’est vraiment le bordel là ! Lors de ta rencontre avec l’éditeur, il faut que tu arrives avec toutes tes questions. Il faut être PRATIQUE !

 

Mais encore ?

C’est bien tu vas droit au but ! (j’aime ça chez les femmes, surtout quand elles sont blondes comme les blés).

Voici à mon avis les sujets dont il faut parler absolument :

+      Pourcentage des droits d’auteurs

En général, par tranche, 7-8% ou plus sous les 1000 exemplaires, puis ça grimpe. A noter (très important), que les pourcentages peuvent être différents suivant les supports (en version électronique, vous pouvez demander plus évidemment (pas de frais d’impression, de diffusion, etc.)).

+      Montant de l’à-valoir (puisqu’on parle de sous, et que je suis sûr que cela t’intéresse Emilie)

L’à-valoir est totalement recoupable sur vos droits d’auteur (c’est une avance (non, pas le genre auquel tu penses)) mais ne peut être récupéré si les ventes ne le recoupent pas (ce n’est pas un prêt). Parfois, même les petits éditeurs donnent un à-valoir symbolique afin de fermer le deal (impossible de rompre le contrat puisque de l’argent vous lie ; plus qu’une signature l’argent sur votre compte vaut acceptation du contrat). Pour un premier bouquin, c’est pas super négociable, mais pour un 2ème, bien entendu l’à-valoir doit être proportionnel aux ventes du précédent livre !

+      Pour finir sur les sous, demande bien le prix public de ton bouquin (entre 15 et 20 euros pour un grand format en général, ça dépend du nombre de pages), et à quel prix tu pourras lui en acheter (ha oui, et aussi combien il va t’en fournir gratuitement (en-dessous de 10, c’est un radin))

+      Dernier point sur les sous (on en a jamais fini) : quand et à quel rythme, il te restitue les chiffres de vente ? et sur la base de quoi ? comment gère-t-il les retours (%age en moins sur tes ventes ? au retour réel ?) ?

+      Calendrier : date de parution, début de la promotion, etc. (évidemment, certains mois sont mieux que d’autres, sortir un premier bouquin pendant la rentrée littéraire ou en plein mois d’août est un peu du suicide si tu vois ce que je veux dire chère Emilie).

+      Nombre de livres imprimés : ça c’est important, combien va-t-il tirer d’exemplaires au minimum ?

+      Promotion : vois les moyens que l’éditeur souhaite mettre (à qui va-t-il envoyer ton œuvre ? combiens d’exemplaires gratuits à dispatcher ? à quels salon sera-t-il présent ? etc.)

+      Qui est son distributeur ? Qui est son diffuseur ? Dans la grande chaîne qui te sépare de ton futur lecteur, chaque maillon a son importance et aucun ne doit être négligé.

Et enfin, même si en général, les éditeurs sont assez réticents, demande-lui (en gros) combien il pense écouler de ta bouse, pardon de ton bouquin.

 

Ça en fait des trucs purée… Comment je vais retenir tout ça ?

Oui, c’est un peu le problème avec les blondes… Et le pire, c’est que c’est pas fini. On a pas encore parlé de l’éditeur lui-même, c’est important de le faire parler de lui ! Tu vas pas signer avec n’importe qui quand même ? C’est comme pour le sexe tu vois, tu vas pas coucher avec le premier venu juste parce qu’il t’a demandé, hein ?!

 

Ha bon ?????

Ok, c’est un mauvais exemple. Bref.

Donc, il faut questionner l’éditeur sur lui-même (rappelle-toi qu’un nombre non négligeable de petits éditeurs crèvent la gueule ouverte au bout de deux ans (quand les charges leur tombent sur le coin de la tronche)). Du genre : ses meilleures ventes, nombre d’auteurs total qu’il a chez lui, nombre de nouveaux auteurs par an, tirage moyen, ses partenaires (diffusion, etc.). Intéresse-toi un peu à lui, tu apprendras pleins de choses. Il y a beaucoup d’éditeurs qui signent de petits auteurs mais n’investissent que sur quelques poules aux œufs d’or (on ne citera pas de nom !).

Demande-lui enfin s’il vend les droits annexes (à des tiers), s’il travaille à l’étranger, a-t-il les moyens d’exploiter ou de rechercher des partenaires pour exploiter les droits audiovisuels ! (à ce sujet, pour les droits d’adaptation audiovisuelle, fais un contrat séparé !!)

 

Bon ben, on a fait le tour je crois ?

Dis-donc, t’essaierais pas de t’échapper par hasard ? Tu vois la porte là-bas ? Elle a l’air ouverte ? Et tu sais qui a la clé ? Bon, maintenant tu es gentille, ok ? Non mais…

Je t’ai pas parlé des pièges à éviter !

 

Ha ben oui, que je suis cruche !

Mais non, mais non. Tu te fais de la peine en disant ça (même si c’est vrai).

Donc les pièges.

Alors, soyons brefs ! Ne signe jamais (JAMAIS) là-bas. Prend le temps, prend de la hauteur comme on dit (non, inutile de monter sur ta chaise, c’est une expression Emilie). Parles-en à d’autres auteurs, à un avocat spécialisé si tu en connais un (une avocate fera aussi bien l’affaire, même si elle coûtera un restau en plus (là je parle aux hommes)).

Ne parle pas littérature surtout (sauf s’il te le demande, hein, faut être poli quand même). Tu ne parles que de ton bouquin. C’est une manipulation classique pour t’amadouer ou te faire sentir en position d’infériorité. L’artiste, c’est toi ! Reste humble mais sûre de ta valeur (c’est lui qui veut t’avoir dans son écurie, pas l’inverse).

 

Ha il fait du cheval lui aussi ?

Bon, je crois qu’on va s’arrêter là.

——-

Petit complément rapide sur des questions qui m’ont été posées – par une gentille auteure blonde – suite à cet article.

 

+ Qu’est-ce que le BAT ?

Le Bon A Tirer est le document par lequel l’auteur s’engage à ne plus demander de corrections avant la première impression. C’est un engagement contractuel qui déclenche la suite du processus (impression, etc.), il est donc nécessaire d’être sûr de soi… ou, en gros, de ne pas couper des bâtons pour se faire BAT (ha, ha).

 

+ Quelle est la durée d’un contrat d’édition

Ha, en voilà une bonne question. En fait, généralement, la durée de la cession s’entend maximale, à savoir qu’elle recouvre la durée de protection de l’œuvre (soit la vie de l’auteur et jusqu’à 70 ans après sa mort). Mieux vaut donc mourir jeune si l’on veut une durée courte.

 

+ Le %age de droit d’auteur peut-il varier suivant les conditions de vente du livre ?

Ma foi oui, tant que c’est bien prévu dans le contrat et explicite (j’avoue que certaines formulations sont parfois tellement hermétiques qu’il faut un traducteur juridique pour les comprendre, d’où l’importance de faire relire un contrat par une personne compétente (ou s’étant déjà faite entubée)).

 

+ Qu’est-ce que le droit de préférence ?

C’est une sorte d’option sur les œuvres futures de l’auteur, stipulant que l’auteur s’engage à proposer en priorité ses futurs bouquins chez ce même éditeur. Il faut savoir qu’il est interdit de céder globalement ses œuvres futures, ainsi ce droit de préférence est soumis à certaines conditions, et notamment qu’il doit concerner un « genre » particulier (par exemple, un « essai » est un genre, mais « sciences humaines » ou « livre » n’est pas un genre). Si vous signez ce genre de clause, assurez-vous bien que vous pourrez renégocier les conditions (et notamment l’à-valoir) pour votre prochaine œuvre (évitez donc les formulations de type « dans les mêmes conditions »).

 

 

Si vous avez des questions : jeanfabien75@gmail.com

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14 réponses à “Le monde de l’édition 4 – J’ai un éditeur… merde !! que dois-je faire ?

  1. Toujours très bon, JF. Bon, je suivrai tes conseils le jour où j’aurai un VRAI éditeur (un qui m’invite à venir le voir et me paye à boire) et que je serai blonde.

  2. Pingback: Le retroplanning de sortie d’un livre | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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