Le monde de l’édition 2 – Compte d’éditeur, d’auteur… je comprends rien !

 

Il fallait s’y attendre.

J’ai écrit deux ou trois conneries sur l’envoi de manuscrit, et ça a pas loupé. Aujourd’hui, vous me demandez tous mais à QUI L’ENVOYER (bordel).

 

Je vois que vous êtes du genre paresseux (encore plus que moi, ce qui n’est pas peu dire), du genre pour qui on doit tout faire. Vous aimez le boulot bien mâché. Je vous rappelle qu’on parle quand même d’écriture, de bouquin… Je vous ferai pas un topo sur ce que donne du papier mâché (comment ça, elle est nulle ma blague ? Va falloir être plus sympa avec moi si tu veux que je t’aide, ok ?).

 

Bon, j’en étais où ? Ha oui, faut vous préparer le terrain.

Ça fait un peu Charlie Brown de l’écriture tout ça, non ? Genre, faut qu’on vous tienne le ballon (rappelez-vous quand même que ça lui a pas beaucoup réussi, hein ?).

 

Aujourd’hui pour répondre à toutes les passionnantes questions sur les éditeurs, je reçois le petit Jean-Luc (par la taille, pas par l’âge).

Bon alors mon p’tit Jean-Luc, que puis-je faire pour toi ?

 

 

 

On m’a dit qu’il y avait plusieurs « types » d’édition ? Quesako ?

 

C’est la magie de l’édition mon p’tit bonhomme. Comme il y a beaucoup plus d’auteurs que de capacité d’édition (et sans doute beaucoup plus que le marché ne peut en absorber, voire que les gens peuvent en lire… mais c’est un autre débat), quelques petits malins se sont dits qu’il y avait du pigeon à arnaquer (et autant tu trouveras pas grand monde pour parier sur toi, tu en trouveras beaucoup plus pour te plumer bizarrement…). Certaines maisons se sont créées autour du concept d’édition à compte d’auteur…

Je rappelle quand même (pour ceux qui aiment les statistiques) que seuls 3% des livres publiés sont le fait de nouveaux auteurs qui sont passés par le circuit classique d’envoi de manuscrit. Vous me direz alors : mais que sont les 97% qui restent ? Ce sont des auteurs déjà édités, des commandes, des nègres qui écrivent pour le compte de, etc.

Donc, si on croise les frustrés qui sont pas dans les 3% (frustrés de voir les daubes qu’on publie (et je parle pas que des bouquins de BHL)), et le nombre qu’ils sont, tu vois le tableau.

 

 

Ok, on s’éloigne du sujet… C’est quoi à compte d’auteur ?

 

C’est bien, tu perds pas le nord Jean-Luc, tu gardes le cap (aucun lien de parenté avec Jean-Luc Alarue donc ? (blague pourrie 2ème)).

 

Bon si je résume, on a trois « types » d’édition pour un petit scarabée de l’écriture comme toi :

  • Le contrat à compte d’éditeur : le graal de tout écrivain en herbe, et seul vrai contrat d’édition, soit dit en passant. Mais comme tout graal, il va falloir te lever de bonne heure (oui comme quand tu vas faire ton jogging avec ton cousin Pierre).
  • Le contrat à compte d’auteur : une arnaque où en gros, tu payes pour infliger ta daube dont personne n’a voulu aux autres (ce qui fait une double arnaque : pour toi… et pour le lecteur !)
  • L’auto-édition : comme le compte d’auteur, mais c’est toi qui fais (sur des sites comme lulu.com ou autre), ce qui te responsabilise un minimum (dans ton cas, cela ne me paraît pas superflu).

 

Concernant le compte d’auteur, à noter qu’il existe plusieurs niveaux d’enfilage.

1)      avec du beurre : tu dois amener un certains nombres de précommandes pour que l’éditeur imprime l’ouvrage (j’espère que t’as une grande famille)

2)      à sec : c’est un compte participatif (en gros, tu payes certains trucs)

3)      gravier : tu payes tout et en plus l’éditeur ne fout pas une rame question promo (or soyons clairs, chez un petit éditeur, la promo c’est plutôt essentiel, vu qu’on va pas te croiser à la Fnac ou sur le plateau de la Grande Librairie). A noter que dans ce cas, il est fréquent de payer plusieurs milliers d’euros…

 

Tout ceci ne fonctionne que sur la misère des auteurs sans éditeurs, et sur le fait qu’ils flattent leur bas instinct (en leur faisant croire par exemple que ce sont de bons auteurs à potentiel, et que pour le 2ème bouquin, on pourra réfléchir à un compte d’éditeur (mais bien sûr… rappelez-moi, comment elle fait la marmotte pour mettre le chocolat dans l’aluminium au fait ?)).

 

 

Tu as dit plusieurs milliers d’euros…

 

Oui, c’est assez drôle. De nos jours, avec les plateformes d’impression à la demande, créer un livre, le corriger, le mettre en forme, faire une couverture à peu près potable, faire les dépôts légaux, le référencer et le mettre à disposition sur le réseau, cela ne coûte que quelques centaines d’euros au maximum, mais il y a toujours des gens pour croire que cela coûte 3 000 euros. Va comprendre Charles…

 

 

Diantre, tout ceci est particulièrement flippant, comment éviter de tomber dans ce piège ?

 

Mon p’tit Jean-Luc, tu as fait la bonne démarche : venir écouter tonton Jean-Fabien. Avec moi, il pourra rien t’arriver.

Plus sérieusement, c’est très simple. Dès qu’on te propose un contrat, quelques signes avant-coureurs d’une arnaque :

  • si l’éditeur a répondu vite : mauvais signe (certains acceptent même de t’éditer, avant d’avoir lu le manuscrit, inutile de dire que c’est assez louche… je ne crois pas que tu sois du genre à faire lever les gens comme Danette)
  • si l’éditeur est pressé : mauvais signe (à moins qu’il ait envie d’aller aux toilettes)
  • si l’éditeur t’a démarché : (très) mauvais signe (tu crois vraiment que le public t’attend ?)
  • si l’éditeur est flou quand tu demandes s’il est à compte d’auteur : fuis (en courant même)
  • si l’éditeur te parle de système de précommandes : mauvais signe (*)

 

En traînant sur les forums, tu vas assez vite tomber sur une liste d’éditeurs à compte d’auteurs. Une nouvelle mode chez ces éditeurs consistent à proposer deux types de contrat, je pense qu’il faut fuir cela aussi car cela crée une certaine confusion chez les professionnels du secteur. Si ton livre mérite de trouver preneur chez un vrai éditeur, tu vas y arriver mon poteau !

 

 

Bon, j’ai comme l’impression qu’on tourne autour du pot de fleur là, non ? A qui je l’envoie alors ?

 

Au bout d’un certain nombre de refus, tu commences à voir les éditeurs qui ne sont pas du tout intéressés par tes écrits, et tu fais donc ta liste « préférentielle » avec des noms (récupères les noms des gens qui ont signé les lettres de refus ou prend le responsable éditorial de la collection qui t’intéresse). Perso, j’envoie à tous ceux qui m’ont fait une réponse personnalisée (dans mon cas, ça donne un truc du genre : JC Lattès, Stéphane Million, Dilettante, etc.).

Si des choses positives ont été dites dans ces lettres de refus, n’hésite pas à les ré-utiliser en restant humble, c’est le début de la sagesse mon ami.

 

Bon allez, la prochaine fois, on parle des contrats.

 

Ca serait con que maintenant que tu es sur le point de signer, tu te fasses entuber sur une clause que tu n’aurais pas comprise.

 

Mais, c’est pas ton genre, hein ?

 

 

——————————

 

(*) : Alors, oui, les précommandes ça existe. Je ne saurais que trop te conseiller d’être ferme sur ce système (tes amis vont vite finir harcelés par ta « maison d’édition » sinon, et tu vas les perdre, déjà que tu n’en as pas beaucoup, en bon ermite que tu es ; je te rappelle que perdre un ami c’est grave pour un écrivain dans ton genre… car dis toi que ce sera peut-être ta seule vente).

 

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5 réponses à “Le monde de l’édition 2 – Compte d’éditeur, d’auteur… je comprends rien !

  1. Bonjour,

    j’avais manqué cet article, que je découvre avec quelques mois de retard. Je me permets de te donner mon point de vue sur le sujet.

    D’abord, l’édition à compte d’éditeur.

    L’édition à compte d’éditeur peut être considérée comme un Graal… ou pas. Tout dépend des objectifs de l’auteur, des termes du contrat, ainsi que de la qualité, du sérieux et de l’honnêteté de l’éditeur.

    En général, les contrats prévoient que l’auteur reçoit 8% du prix de vente, mais:
    – l’éditeur ne comptabilise pas un certain nombre d’exemplaires, abîmés, perdus, donnés, envoyés aux médias, etc. (sans aucun justificatif, bien sûr),
    – il faut attendre un an après la sortie du livre pour que les comptes soient faits, et encore plusieurs mois avant que les droits soient payés (soit au moins deux ans après la signature du contrat),
    – le pourcentage des droits d’auteur est parfois inférieur à 8%, notamment quand le livre comprend des illustrations, tableaux, cartes et ou autres éléments graphiques, mais aussi tout simplement parce que l’éditeur le décide… (en tant qu’auteur de guides et autres livres pratiques, mon pourcentage n’a jamais dépassé 5%, je crois),
    – si l’éditeur ne fait pas le travail de promotion, les ventes seront faibles, voire minables (là aussi, cas vécu personnellement),
    – en signant un contrat d’édition (à compte d’éditeur), l’auteur perd le contrôle de la commercialisation de son œuvre, ce qui signifie qu’il n’a quasiment aucun moyen de changer d’éditeur, même si celui-ci ne fait pas bien son travail, et qu’il n’a pas son mot à dire sur les traductions et autres utilisations annexes. Dans certains cas, l’éditeur impose un changement de titre, des modifications drastiques du contenu et ne consulte pas l’auteur pour la couverture.

    Alors, dans ces conditions (souvent médiocres, parfois franchement mauvaises, surtout pour des débutants), pourquoi l’édition à compte d’éditeur a-t-elle si bonne réputation? Probablement parce qu’elle implique une sélection sévère des manuscrits et que le seul fait d’être sélectionné par un éditeur constitue déjà un succès en soi. C’est tout à fait compréhensible, puisque seule une poignée de manuscrits non sollicités sont acceptés par les éditeurs français chaque année, alors que certains éditeurs reçoivent des milliers de manuscrits. Être un des heureux élus est extrêmement valorisant. Je mets quand même un bémol: la sélection d’un manuscrit par une maison d’édition, qui est avant tout une entreprise, repose essentiellement sur des considérations commerciales. Un bon manuscrit sans perspectives de vente suffisantes sera probablement rejeté par la plupart des éditeurs, alors qu’une daube prédigérée flattant le lecteur (ou la lectrice) dans le sens de ses habitudes aura toutes les chances d’être publiée. Pas la peine de donner des exemples, ça ne manque pas.

    Passons à l’édition à compte d’auteur.

    Certains éditeurs à compte d’auteur créent et entretiennent une confusion dans l’esprit des auteurs en leur faisant miroiter des succès critiques et commerciaux. Que cela soit clair: un manuscrit refusé par tous les éditeurs a extrêmement peu de chances de se vendre à plus de quelques centaines d’exemplaires. Laisser croire le contraire, d’une manière ou d’une autre, est malhonnête.

    Comme je te l’avais dit en commentaire d’un de tes précédents posts, je ne suis pas représentatif de cette catégorie, car je suis spécialisé dans le court tirage (moins de 500 exemplaires) et cela change tout. Pour la majorité des auteurs qui font appel à mes services (sinon tous…), le succès commercial n’est pas le premier objectif. Ils ont souvent passé plusieurs mois, voire plusieurs années, à écrire leur texte, et la concrétisation de tant d’efforts et d’implication personnelle sous la forme d’un livre est le plus important pour eux.

    Est-ce que je sélectionne les manuscrits que je reçois? Plus ou moins. D’une manière générale, je refuse les textes qui vont à l’encontre de mes valeurs (racisme, apologie de la violence, de la haine, homophobie, sexisme, etc.) et ceux qui contreviennent à la loi (diffamation, etc.). Ils sont rares. D’autres sont évidemment impubliables parce qu’ils ne respectent pas les critères minimaux de l’expression écrite. Dans d’autres cas, les manuscrits sont médiocres sur un plan littéraire mais cela ne m’empêche pas de les accepter. Pourquoi? Parce que ce n’est pas mon rôle de distribuer des bonnes et des mauvaises notes. Un éditeur à compte d’auteur n’est pas un critique ni un conseiller littéraire, c’est un prestataire de services. Si un auteur le désire, je peux travailler avec lui pour améliorer la qualité de son texte, mais la plupart ne sont pas intéressés.

    J’ajoute que pour certains de mes auteurs, le processus d’écriture et d’édition a eu un effet quasi thérapeutique. J’ai publié des témoignages de guerre, des récits d’expériences douloureuses, des souvenirs d’enfance d’une nonagénaire, etc. Pour certains, le fait même de réussir un projet d’une telle ampleur est extrêmement important. Un de mes auteurs fréquente un centre d’ex-psychiatrisés. Le jour où il leur a montré son recueil de poésie fraîchement publié a été inoubliable pour lui. Les infirmiers, les médecins et les autres patients le voient désormais comme un poète, comme un artiste. Ses poèmes sont franchement mauvais mais je ne regrette pas une seconde d’avoir fait ce livre.

    Parlons maintenant d’argent. Tu dis trouver inacceptable de payer 3000 euros pour faire un livre*. Pourquoi? Parce que si tu le fais toi-même, cela te coûtera 1000 euros? Mais c’est la même chose si tu veux changer les fenêtres de ta maison, par exemple. Tu peux t’adresser à un fabricant de fenêtres, lui commander les châssis et les vitres, te les faire livrer et les monter toi-même. Si tu es un professionnel ou un très bon bricoleur, tu sauras comment faire et ta fenêtre sera peut-être assez bien posée pour un coût modique. Sinon, ce sera la catastrophe. Moi qui ne suis pas bon bricoleur, je fais appel à un artisan pour changer mes fenêtres en sachant que je paie son temps, ses compétences, son expérience, ses conseils. C’est exactement pareil pour réaliser un livre. La correction linguistique est un métier. Le design graphique est un métier. L’édition est un métier.

    Je m’arrête ici pour aujourd’hui mais n’hésite pas à me contredire et à donner ton point de vue d’auteur. Je trouve cela très intéressant.

    Cordialement,

    Stéphane

    * Chez moi, le coût varie en général entre 1500 et 4000 euros, selon la qualité du texte à corriger, le nombre de pages et d’exemplaires, et la présence ou non d’illustrations.

  2. J’adore vraiment l’humour et la pédagogie de ce blog. Comme toi, je suis une écrivaine ratée et non publiée mais en même temps je débute ! Un manuscrit non fini, quelques p’tites nouvelles comme ci comme ça et pis, s’il y avait que ma carrière d’écrivainequi était ratée avant d’avoir commencé…(Mais là, on entre dans un autre débat).
    Merci encore. Ce soir, je dormirais moins blonde…

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