J’en ai une énorme envie

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt (JC Lattès).

Pffiou.

Court mais remuant.

Non, je ne parle pas de notre président candidat (ou l’inverse), ou de la queue de ma défunte chatte Nessie (paix à son âme et ses poils), mais du dernier bouquin de Grégoire Delacourt.

Difficile de passer à côté, c’est le succès du moment : « la liste de mes envies ».

C’est le côté positif à être totalement décalé dans l’actualité littéraire, on peut chroniquer quasiment coup sur coup deux productions d’un même auteur découvert récemment (on peut aussi imaginer se faire l’intégrale de Pancol en un week-end, mais c’est moins tentant (les mauvaises langues diraient qu’en lire un c’est les avoir un peu tous lu, mais ce n’est pas mon genre)).
Revenons-en à nos moutons, en l’occurrence à l’ami Grégoire, publicitaire de profession, et diable d’écrivain.

Il m’avait surpris dans son premier livre en livrant une histoire de familles sur trois décennies, qui ressemblait furieusement à un exercice autobiographique.

Quand j’ai su qu’il préparait un deuxième bouquin, j’étais assez curieux de savoir comment il allait rebondir, tant son premier était réussi et semblait puisé dans sa propre vie. Je m’étais dit « pour le 2ème, ça va être coton mon bonhomme ».

Hé bien, c’est bien dans le coton qu’on se retrouve, avec l’histoire toute simple de Jocelyne, mercière à Arras.

Toute simple, si on veut, remarquez. Imaginez une mercière du Nord qui vit de la vente de dés à coudre, et qui tient un blog sur la couture (Dixdoigtsdor), distillant le bonheur autour d’elle, sans s’en rendre compte.

18 500 000 euros et quelques seraient-ils de nature à bouleverser une vie ?

Allez, ça permettra au moins d’acheter l’intégrale de James Bond en DVD, ce qui n’est pas rien tout de même (et fera plaisir à son Jocelyn de mari).

Attachant est le premier mot qui vient à l’esprit.

L’une des forces de Grégoire (il en a plusieurs le bougre), c’est la tendresse qu’il met dans ses personnages, des personnages qui n’en sont que plus vrais, même ceux qui peuvent paraître les plus insignifiants.

Quand j’ai commencé à écrire cette chronique il y a quelques semaines (je l’ai arrêtée puis reprise sans raison particulière, si ce n’est la paresse), l’article débutait par « nulle doute que ce bouquin fera un carton auprès de ces dames, le genre de carton où l’on met tous ses rêves que l’on a pas la force de complètement oublier, le genre de carton qu’on adore déballer » (la faute de grammaire à « nulle » est d’origine). Le problème, c’est que le carton il est déjà fait. On voit Grégoire partout dans les journaux, c’est de la folie. Donc, il va falloir trouver autre chose (ou pas d’ailleurs).

Je ne sais pas bien expliquer cet enthousiasme, car s’il est mérité, je pense que chaque lecteur percevra quelque chose de bien particulier dans ce livre qui lui est propre. Cela me rappelle bizarrement la première fois que j’ai vu un film de Sofia Coppola, où j’ai perçu une grâce absolue, tout en me disant « personne ne peut la voir telle que, moi, je l’ai perçue ». Caramba. Encore raté.

Grégoire c’est un peu l’anti-parisianisme, c’est l’anti « l’amour dure 3 ans ». On sent une profonde humilité dans ses écrits, une humanité, aussi, qui lui permet de comprendre les gens, de la mercière d’Aras jusqu’au trader londonien (même si on en croise peu dans ses romans).

C’est une empathie universelle qui transpire de chacun de ses mots, de chacune de ses lignes, et même de ses entrelignes (c’est dire).

Une toute petite frustration personnelle est que je trouve le bouquin un peu court. C’est pas moi qui irais essayer de vous convaincre que la taille compte, mais je serais bien resté quelques pages de plus avec notre amie mercière. J’imagine qu’on ne peut pas tout avoir (bientôt un 2ème tome Grégoire ?).

Pour conclure, ce qui fait un bien fou dans ce bouquin, au-delà du style fluide et direct de Grégoire, c’est qu’en ces temps de fin de civilisation capitaliste, on puisse redécouvrir l’envie de résister aux sirènes du consumérisme. Jocelyne est simple, a des envies simples, des besoins du même ordre. Elle est comme vous et moi (avec un peu moins de poils, je l’espère pour elle) : elle est de celles qui aiment sa vie telle qu’elle est et qui n’en changerait pour rien au monde. Pas même un ticket gagnant.

La liste des envies de JF :

. Inventer un slogan de pub qui déchire (genre « c’est bien, c’est Jean-Fabien », mais en mieux)

. Etre signé chez JC Lattès

. Tomber une fille juste en disant « Je suis écrivain », ou « Je fais les meilleures pâtes au pesto de tout le sud Parisien »

. Avoir autant de courriers de femmes grâce à mon blog que dixdoigtsdoir

. Vendre au moins un livre à quelqu’un que je connais pas

. Développer une technique de drague ultime et organiser des championnats du monde pour la tester

. Ne jamais gagner au loto

. Qu’une jeune fille (célibataire, 32 ans, CSP supérieur) soit arrivée jusqu’à cette ligne (j’aime les lectrices qui s’intéressent)

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13 réponses à “J’en ai une énorme envie

  1. dommage je n’ai que 28 ANS? Mais les pates au pesto je suis preneuse…Acheter un livre aussi je veux bien. Je viens de lire la liste de mes envies d’une traite et j’ai adoré

      • vendre un livre à quelqu’un que tu ne connais pas c’est fait je l’ai acheté et dévoré aussi sec (métaphoriquement parlant bien sûr).
        Bon pour le reste c’est raté mais il ne faut pas perdre espoir.
        Je suis une jeune fille mais j’ai un peu plus de 32 ans et ne suis malheureusement plus célibataire mais courage, Elle viendra l’élue !

        Hélène

      • Une jeune fille de plus de 32 ans… mmmhh… laisse-moi réfléchir… 33 ? (j’adore dire 33, c’est mon côté « j’aime les médecins »). Et puis « l’élue », tout de suite les grands mots 😉

  2. Mdr
    « Je suis écrivain » tu as déjà testé parce que ça marcherait!! 😉
    Bon je n’ai que 26ans…
    Merci j’ai bien rigolé!! 😉
    Bises

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