Parce qu’il faudra bien

larme

Parce qu’il faudra bien recommencer à mettre un pas devant l’autre. A s’extraire de la protection de cette couette de dépression muette.

Ouvrir les yeux. Bailler. Ne pas vouloir se lever. Fermer les yeux. Puis finalement se lever. Se prendre la porte de la chambre restée ouverte au milieu du front. Ouvrir les yeux. Se gratter sous le bras gauche et puis sous le bras droit pour pas faire de jaloux.

 

Avec la gueule de bois qui s’estompe minute après minute, avec la rage de voir qu’elle s’estompe cette conne de rage qu’on voudrait traîner toute notre vie maintenant, tel un Droopy agonisant. Ah merde qu’on voudrait qu’elle ne perde jamais cette vivacité nécessaire. Mais nécessaire à quoi ?

On sait pas trop, on est quand même sacrément largués. Mal au cœur. Mal au cerveau à force de ressasser du vide qui pue.

 

Alors, on y va dans cette putain de salle de bain.

On se lave tranquille au ralenti.

Avec la tristesse infinie de constater que notre douleur est inutile et déjà diluée par un quotidien dont on ne sait plus très bien si on veut le voir continuer comme avant ou s’arrêter une bonne fois pour toute.

Parce qu’il faudra apprendre à ne pas perdre l’exigence de cette douleur insensée.

 

On chante pas sous la douche. Même pas la marseillaise.

 

Un jour il sera temps. De refaire des choses inutiles, mécaniques.

Apprécier le jet d’eau qui vous saisit dans un nuage de vapeur sans cette boule au ventre.

Temps de sortir de chez soi en levant les yeux.

Parce qu’il faudra bien se réjouir que le ciel soit bleu, plutôt que de souffler sans savoir exactement pourquoi.

 

Parce qu’il faudra bien de nouveau sourire dans le métro. A cette fille, assise là, aussi paumée que nous le sommes.

 

Parce qu’il faudra bien retourner au travail et s’asseoir derrière un écran, sans céder à la pression, en tenant éloignée la tentation d’aller se droguer au fil d’actualité d’un journal en ligne quelconque.

 

Parce qu’il faudra bien accepter que tout le monde n’a pas mis son statut Facebook de sécurité à « en sécurité ».

 

Mais pas maintenant.

Maintenant, c’est l’heure du silence, du respect.

 

C’est la minute où l’on ne comprend pas comment des gens peuvent déjà être submergés par la haine. Comment ils peuvent déjà en vouloir à Hollande, aux migrants, aux musulmans, aux femmes, à l’Europe, que sais-je encore. Aux autres quoi. Comment ils peuvent relayer des idioties sans nom sans même les vérifier.

Parce qu’à un moment il faudra bien qu’on explique que la haine, le rejet, l’ignorance, c’est le terreau du terrorisme.

 

Mais pas maintenant.

Aujourd’hui, c’est la minute de tristesse et de silence.

Messieurs les trolls, c’est juste un moment. S’il vous plaît, respectez au moins ça.

 

Après seulement, il sera le temps d’écouter, d’essayer de trouver un dénominateur commun à tous ces gens, parce qu’il faudra bien vivre avec tout le monde, même ceux qui pensent que ce sont les « autres » le problème. C’est peut-être triste, je ne sais pas, mais une société, c’est multiculturel, c’est plein de couleurs, c’est plein de vie, c’est plein de trucs qu’on ne comprend pas forcément (peut-être aussi qu’il y a des cons, oui, mais ça c’est comme partout, d’ailleurs mon chat aussi fait la gueule, on se demande bien pourquoi, tiens).

 

Parce qu’à un moment, il faudra beaucoup d’amour, d’éducation, d’art, pour combattre toute cette haine (et si vraiment c’est utile à votre bonheur, quelques vidéos de chatons aussi).

 

Et s’il vous plaît, par-dessus tout, arrêtez de prier pour Paris.

Les prières ne nous ont pas vraiment gâtés récemment.

 

Parce qu’un jour, il faudra dire. Dire qu’on n’a jamais combattu le feu avec le feu. Parce qu’un jour il faudra transmettre.

Transmettre quelque chose. Aux « autres ». A nos enfants pourquoi pas, pour ceux qui ont encore le courage de se reproduire.

 

Transmettre pour faire reculer la barbarie.

 

Comme des petits messages dérisoires.

Plein de gouttes d’eau d’espoir dans un océan de merde.

 

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6 réponses à “Parce qu’il faudra bien

      • Ma tête, ma bouche, mes mains sont paralysées, je ne peux exprimer ce que je ressens, encore quelques heures sous la couette peut-être, replonger dans le sommeil pour oublier et caresser les longs poils chauds de mon chat blotti contre mon ventre (moi aussi j’ai un chat et même trois tiens je les avais oublié les deux autres c’est con, après, après on verra, je retournerai boire des coups et écouter des concerts et caresser les gens que j’aime…..
        Un bisou à toi Jean fabien t’as raison d’être sorti de ton lit, promis je vais y arriver….

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