Le retroplanning de sortie d’un livre (partie 3)

Round bookshelf in public library

Bon, je te réexplique pas l’utilité de l’article, hein ? Si ça t’intéresse, t’as l’épisode 1 (l’équivalent éditorial de la menace fantôme en quelque sorte) et même l’épisode 2 pour te remettre à niveau.

Alors, j’en étais où bordel ?

C’est qu’on s’y perd avec toutes ces pauses, on se croirait au siège social d’une boîte du CAC40.

 

Le travail commercial

Bon, j’en parlais depuis un certain temps (euh… seulement deux semaines, t’emballe pas mon gars) : le travail commercial.

Ben oui, si un éditeur édite, c’est bien pour vendre à un moment (sinon il serait auteur).

On pourrait croire que ton à-valoir mixé au %age de DA et à une savante formule scientifique – la règle de 3 – donnerait le break de ton livre (i.e. le niveau de ventes qui permet à l’éditeur de rentabiliser ton bouquin), mais c’est en fait totalement indépendant. Ce seuil n’est qu’apparent puisque la réalité économique du livre produit par l’éditeur et ce qu’il a choisi de verser en avance (et qui constitue plutôt un indicateur de sa volonté de garder cet auteur dans sa maison) sont deux choses assez différentes, même si ces deux notions relèvent toutes les deux de l’écosystème économique de l’ouvrage.

Pour chaque ouvrage, l’éditeur va choisir une cible et un positionnement, puis décider d’un tirage initial (qu’il est censé mettre dans le contrat pour les contrats classiques – la POD n’est pas concernée) pour atteindre cet objectif. En effet, il est clair qu’un éditeur va pouvoir vendre plus d’exemplaires d’un roman classé en thriller que d’un essai sur la disparition des huîtres du bassin d’Arcachon (même si c’est passionnant). A noter que le prix qu’il va appliquer peut être un élément de ce positionnement et ne pas reposer uniquement sur un bête calcul basé sur le nombre de pages (on peut vouloir, par exemple, proposer un marketing agressif sur un marché hyper concurrentiel comme celui du porno soft pour ménagère en mal de sexe).

La 4ème de couverture est un élément clef de ce positionnement marketing car le lecteur potentiel a tendance à réagir à des mots-clefs qu’il faut donc distiller de manière savante. De plus, elle doit donner envie d’acheter le livre à quelqu’un qui n’a aucune idée de quoi il s’agit, mais ne pas trop en dire, et être en cohérence avec l’aspect visuel du livre (et notamment la couverture). C’est un exercice d’équilibriste qui demande du métier.

 

Reco #7 : ne faites pas votre 4ème de couv’ tout seul !

 

Pour en revenir au planning, et cela concerne tous les éditeurs – même microscopiques –, il convient ensuite d’envoyer aux journalistes ciblés des exemplaires – dits Service Presse (cf. cet article) – afin qu’une couverture presse suffisante accompagne la sortie du livre. Inutile donc d’envoyer ces fameux SP la semaine précédant la sortie, sous peine de voir les articles arriver après la bataille… Pensez donc que votre éditeur doit respecter un délai minimum de 2-3 mois.

Toujours dans la liste des choses qui ne concernant pas que les gros éditeurs, il est utile d’envoyer les ouvrages aux prix littéraires auxquels ceux-ci pourraient prétendre (ne serait-ce que pour faire de la communication). Il existe plusieurs milliers de prix littéraires en France, c’est bien le diable si aucun n’est prêt à accueillir votre œuvre dans sa sélection. C’est une des compétences de l’éditeur – lui qui a tissé des liens dans le milieu littéraire depuis des années – de pouvoir « suggérer » ses livres dans certaines sélections de prix.

Enfin, surtout si vous êtes chez un petit éditeur, ne négligez surtout pas le référencement « interne » et le buzz sur les réseaux sociaux : site web, shop en ligne (les précos sur le site de l’éditeur sont un bon moyen de financer une partie de l’ouvrage avant qu’il ne sorte), Facebook, G+, etc.

La dernière brique de l’édifice commercial est le travail avec les libraires et les différents points de vente, ainsi que « l’accompagnement » réalisé par l’auteur lui-même (salons littéraires, etc.). Il existe tout type de salons littéraires en France (du plus moisi où même le café est payant jusqu’au salon où tous les vrais éditeurs sont bienvenus et où les frais sont remboursés), c’est encore une fois du ressort de l’éditeur de fournir une liste de salons et d’orienter ses auteurs.

Concernant les libraires, c’est un travail absolument essentiel, cependant suivant la taille de l’éditeur – et sa capacité financière –, le travail est bien entendu différent (tous les éditeurs n’ont pas la latitude d’imposer des livres en rayons). Les petits éditeurs fonctionnent souvent avec un réseau de libraires de confiance qui ont l’habitude de travailler avec eux et chez qui vous aurez l’habitude de voir les ouvrages de cet éditeur mis en avant.

 

 

Bonus : le marché numérique

Allez, petit bonus pour les auteurs qui sont chez des éditeurs qui s’investissent dans le numérique !

La création de l’ePub (avec un pro), l’enrichissement des données chez votre distributeur (avec des mots-clefs efficaces et une catégorisation pertinente pour que votre livre soit correctement référencé), le mailing aux plateformes numériques pour qu’elles le mettent en avant, la définition d’une campagne promotionnelle avec des mêmes plateformes (sur le marché numérique, pas de secret : pour être visible, il faut être mis en avant !) et le relais de ladite campagne sur l’ensemble des plateformes, etc. Toutes ces actions doivent être faites en parallèle du retro planning physique afin que le tout soit coordonné et que l’on ait pas une promo à deux vitesses !

 

Reco #8 : allez voir le classement d’autres auteurs de la maison sur Amazon

 

 

Voilà, je crois qu’on a fait un premier tour d’horizon de toutes les étapes qui jalonnent la sortie d’un bouquin (je vous laisse mettre ça dans Excel si ça vous amuse).

 

Evidemment, dans ce retro planning ne figurent pas après, tout ce qui est fait pendant la durée de vie du livre : démarchage des salons, organisation de rencontres en librairies, gestion des retours et des stocks, relance des différents journalistes à qui les SP ont été envoyés, etc. sans parler de toutes les déclas à faire pour les auteurs (les paiements réguliers de DA, les déclas à l’AGESSA, etc.), la lecture (une vraie lecture, pas juste « vous nous avez trouvé comment ? Hein ? Votre bouquin ? Ouais, ouais, c’est bien on le prend, il s’appelle comment au fait ? »), les partenariats à nouer (diffuseurs, autres éditeurs, concours littéraires, magazines, etc.), la programmation des événements promotionnels, etc., etc.

 

Bref, tout ce qui fait la vie d’un éditeur.

 

Evidemment, si vous voulez juste savoir si votre éditeur est moisi : suivez le guide !

 

Ouais, je sais, je sais, j’aurais peut-être dû commencer par là…

 

 

Publicités

Une réponse à “Le retroplanning de sortie d’un livre (partie 3)

  1. Pingback: Le monde de l’édition | Jean-Fabien, auteur sans succès·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s