Le retroplanning de sortie d’un livre (partie 2)

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Bon, je te réexplique pas l’utilité de l’article, hein ? Si ça t’intéresse, t’as l’épisode 1 (l’équivalent éditorial de la menace fantôme en quelque sorte) : ici !

La technique, coco, y’a que ça de vrai

C’est qu’on peut perdre pas mal de temps sur une mise en page, notamment si le travail préalable a été mal réalisé et si on n’a pas assez anticipé les volontés de l’auteur. C’est toujours au dernier moment que l’auteur veut ajouter, en préambule de son livre, une phrase inspirée d’un auteur que lui seul connaît ou une dédicace à son oncle qui lui a offert son premier crayon HB (voire une préface parce qu’il connaît un auteur célèbre, croisé en salon, et que ce con lui avait promis de pondre une préface), voire des remerciements (les auteurs sont très reconnaissants). Bien entendu, ça te bousille ta mise en page et ton nombre de pages. Sans compter qu’il reste des fautes. Si, si, je t’assure  (il reste toujours des fautes, c’est ainsi). C’est pourquoi il faut toujours imprimer la MEP définitive et faire relire. Vous verrez que des fautes que vous n’aviez pas vues vont vous sauter à la tronche (sur un texte déjà relu une bonne douzaine de fois par plusieurs personnes différentes, c’est un comble).

Après, il reviendra à l’éditeur de faire travailler un graphiste sur la mise en page extérieure afin de donner un air présentable à votre chef d’œuvre. Si tout se passe bien, cela ne prendra que quelques semaines supplémentaires.

 

Reco #4 : exigez de valider un BAT

 

C’est à ce moment-là que vous saurez le prix qu’il en coûtera à vos futurs lecteurs et que donc, vous pourrez commencer à faire des projections commerciales et économiques.

Petit message aux éditeurs en carton : il m’arrive de voir des grands formats de 15 € avec pas plus de 100 pages, je pense qu’il faut arrêter le délire. En général, on dit qu’à plus de 1 € les 10 pages pour un éditeur, c’est limite foutage de gueule (donc à 1,50 €, inutile de dire que la limite est largement dépassée). Même si le papier est crème et la couverture sent le chocolat, ce ne sont QUE 100 pages – même pas de quoi allumer un feu de cheminée.

On sait tous – on va pas se mentir – pourquoi certains petits éditeurs mettent des prix aussi élevés pour si peu de matière. Ce n’est pas proportionnel à leurs propres coûts internes, c’est simplement parce qu’ils savent qu’ils ne vont pas les vendre en librairie. Ben non, leur marché est essentiellement constitué par le réseau de connaissance de l’auteur (si votre éditeur vous demande si votre grand-mère est encore vivante, ne croyez pas qu’il s’intéresse à vous…). Ainsi, comme l’assiette de clients ciblés est plus petite, il leur est nécessaire d’augmenter la marge par unité. CQFD. Ils ne vendent que 50 bouquins mais au prix fort et c’est l’auteur qui fait tout le boulot (voire, c’est lui qui les achète…). Cela s’appelle de l’arnaque. Bref, sujet suivant.

Tiens, en parlant de technique, il n’aura pas échappé à votre éditeur qu’il y a désormais deux marchés à inonder de votre prose : le physique et le numérique. Ce sont deux marchés intrinsèquement différents et il est nécessaire d’investir en temps sur les deux (petit tour d’horizon du marché numérique ici). Concernant la technique pure, il faut comprendre qu’un ebook, ça coûte de l’argent à réaliser. Si on vous dit le contraire, c’est que votre éditeur réalise des ebooks au rabais qui vont rendre vert de rage les gens qui vont les lire. Donc, encore une fois (même message répété déjà une demi-douzaine de fois) : prenez des pros pour le faire.

Si vous passez par un distributeur numérique (comme Immatériel ou autre), il sera de toute façon nécessaire que votre ebook soit réalisé correctement si vous voulez qu’il passe les contrôles techniques d’amazon, d’iTunes, etc.

 

En parlant de ça (la distrib), les nouveaux auteurs sur le marché de l’édition sous-estiment assez fréquemment le rôle du distributeur et du diffuseur (voire confondent les deux). Or, ce rôle pour les petits éditeurs est essentiel car un éditeur indépendant a rarement la capacité à se distribuer tout seul. C’est pourquoi, c’est indéniablement un plus si votre éditeur est distribué par un gros distributeur du marché (Hachette, Interforum, etc.)

 

Reco #5 : renseignez-vous sur le distributeur de votre éditeur

 

Tout ceci nous amène au référencement, car pour qu’un livre soit correctement distribué (i.e. amené aux différents points de vente physiques) par votre distributeur, il faut qu’il soit correctement référencé !

 

 

Le référencement

Qu’est-ce que le référencement, tout d’abord ?

Il faut savoir que les librairies, les bibliothèques, les supermarchés, utilisent des outils pour commander les ouvrages qu’ils souhaitent mettre en vente. Les plus connus (Dilicom, Electre, etc.) sont alimentés par les distributeurs ou les éditeurs et permettent de rendre disponibles / commandables les ouvrages sur l’ensemble du territoire. Certains outils sont plutôt utilisés par les librairies, d’autres plutôt par les bibliothèques. Pour être sûr de ne pas faire de jaloux : assurez-vous d’un référencement général.

Evidemment, tout ceci serait facile si chaque base de données avait le même système déclaratif, ce qui n’est pas le cas (sinon, ce serait simple et donc pas drôle).

Voici les différents types de référencement qui sont nécessaires au minimum (je les ai tous mis, mais en général certains – voire la plupart – sont faits par le distributeur) :

  • Référencement interne du distributeur (dans le cas d’Hachette : outil Catalis)
  • Référencement Dilicom (souvent fait par le distributeur)
  • Référencement Electre (fait par Livres Hebdo)
  • Référencement Fnac
  • Référencement Decitre (qui alimente le flux Cultura)
  • Référencement BNF

 

Ces référencements prennent pas mal de temps, et il est nécessaire de vérifier qu’ils sont bien faits (pas mal d’informations sont renseignées sur Dilicom et Electre notamment, sur les ouvrages et les éditeurs, et il est fréquent que des erreurs s’y glissent…).

Ce travail est très répétitif et assez long, même si nécessaire, et il arrive souvent qu’on y retourne (pour une couv’ pas bien passée ou une bio perdue en route…).

La vérification de ces différents référencements est un bon moyen de vérifier le sérieux de votre éditeur.

 

Reco #6 : allez vérifier que les ouvrages de votre éditeur sont bien sur le site de la BNF

 

Bon, c’est déjà pas mal pour cette semaine, non ?

 

Allez, see ya next week motherfuckers ! (and please, stay alive in the meantime)

 

 

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6 réponses à “Le retroplanning de sortie d’un livre (partie 2)

  1. Merci pour cette suite !

    Concernant le référencement, peu de gens (les Belges surtout) le savent, mais la BNF ne référence que les ouvrages produits sur le sol français, et ce, quelle que soit la nationalité de l’auteur. Un Français publiant un ouvrage au Canada n’est pas obligé de le faire référencer à la BNF.
    Alors que pour les Belges, il est d’obligation légale que toutes les œuvres produites sur le territoire belge soit inscrites à la KBR (Koninklijke Bibliotheek ; Bibliothèque Royale). Mais aussi, tout ouvrage d’un auteur belge publier partout ailleurs dans le monde doit également être déclaré à la KBR.
    Ainsi, un auteur belge publiant son livre en France devra le faire référencer à la BNF ET à la KBR.

    Je sais que beaucoup de personnes ignorent ce détail, y compris beaucoup de petits éditeurs, et je trouvais important de le préciser 🙂

  2. « il m’arrive de voir des grands formats de 15 € avec pas plus de 100 pages, je pense qu’il faut arrêter le délire. »

    J’imagine que tout dépend du tirage (et de ce qu’on entend par là) : certains éditeurs (même « bons ») pratiquent pour certains livres (ou certaines collections) des tirages très limités, voire à la demande (POD). C’est par exemple ce que fait Bragelonne pour ses colections Snark et Emma, mais aussi pour certains titres « de fond » : plutôt que refaire un gros tirage et se retrouver à gérer du stock, ils approvisionent/font imprimer à la demande.

    Dans ces cas là, le prox de revient unitaire de chaque exemplaire est assez important, car sans économie d’échelle sur l’impression. Sans aller jusqu’aux 15€ les 100 pages, le proix grimpe vite.

     » Concernant la technique pure, il faut comprendre qu’un ebook, ça coûte de l’argent à réaliser. Si on vous dit le contraire, c’est que votre éditeur réalise des ebooks au rabais qui vont rendre vert de rage les gens qui vont les lire.  »

    Euhh, certains prestataires « majeurs » dans la mise en page/pré-production papier/numérique, auxquels font appel ceertains éditeurs de premier rang, facturent moins de 50€ pour la version numérique « accompagnant » la version papier (sous traitance dans un pays à très faible revenu moyen). Malheureusement, le fait de passer par un éditeur PRO ne suffit pas.

    Mais oui, sur le fond, je suis d’accord : si vous voulez une version numérique qui tienne la route, il vaut mieux passer par un pro qui fait les choses bien, et ça ça coute plus cher que les 50€ mentionnés au dessus.

    • hello cher ami,
      il se trouve que mon éditeur est en POD donc je peux en parler. Que tu imprimes 1 ouvrage ou 1000, c’est le même prix en POD (c’est même le principe). En gros, pour un bouquin de 200 pages, ça fait moins de 3 euros le bouquin imprimé, faudra m’expliquer où passe le reste 🙂
      Concernant la production de l’ebook, tu as raison, il est possible d’avoir un ebook à moins de 100 euros si t’as bien défini toute la typo (que t’as mis en place un catalogue avec des templates, etc.), mais ça, ça coûte un peu d’argent au début. J’ai essayé plusieurs prestataires (du plus sérieux au moins sérieux), et j’ai toujours constaté que le boulot était salopé quand tu payais ça « au rabais ». Après, je connais des gens qui ont appris à le faire et ils font du bon boulot, mais ça prend du temps (disons que ce n’est pas une simple conversion bête et méchante).

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