La théorie du complot pour les nuls (partie I)

Metallica-MasterOfPuppets

 

  • – Dis papa, c’est quoi la théorie du complot ?

– Ha la la, en voilà une bonne question petite.

 

 

De quoi qu’on parle ?

Bon, par où commencer ? Peut-être par expliquer ce qu’est une théorie, tiens. Commencer par le début, ça paraît une idée pas trop con.

Alors mon enfant, une théorie est un ensemble d’explications ou d’idées sur un sujet particulier que l’on a construit par l’observation ou l’expérience.

Bon, je sens que je t’ai perdue. Par exemple, une théorie c’est comme ce qu’on faisait cet été sur la plage : c’est de dire qu’on ne peut pas manger trois petits Lu en moins d’une minute. Tu te souviens, on s’est à moitié étouffé en essayant (ça c’était la partie expérience) ?

Bref, donc ça c’est une théorie.

On utilise souvent les théories en science, où en partant d’une base, tu construis un raisonnement en formulant des hypothèses (en commençant par celles qui impliquent le moins de remises en question de ce qui est déjà connu par ailleurs) et en les testant dans le cadre de protocoles d’expérimentations scientifiques (je te passe les détails, mais ça rigole moyen) et à la fin tu arrives à des conclusions renforçant ou invalidant ta théorie.

D’ailleurs, tu vois bien le premier biais : si tu pars d’un postulat débile, même animé des meilleures intentions du monde (genre sauver la planète tout en étant heureux et avec pleins d’enfants à la fin), tu arriveras assez probablement à une théorie débile.

Mais, tel n’est pas notre propos du jour.

 

Nous en arrivons donc au complot.

Qu’est-ce le complot ?

C’est assez vaste, mais en général on peut dire qu’il s’agit d’une sorte d’entente secrète entre des gens pour réaliser quelque chose. Cette chose étant en général assez grosse (au sens de visible par plein de monde, on parle pas de te voler ton BN à la récré, hein ?) : coup d’état, assassinat d’une personnalité, etc.

Par exemple, le complot le plus connu est celui dit « de la tartine ». Tu auras remarqué que quand tu la laisses tomber le matin au petit déjeuner, elle retombe toujours du côté de la confiture (forcément un coup des juifs).

 

 

Comment qu’on construit « une théorie du complot » ?

Bon déjà, tu vas me réviser ta grammaire toi.

Alors, il y a un certain nombre d’éléments assez caractéristiques dans une théorie du complot comme on dit (on parle aussi d’ailleurs de conspirationnisme, ce qui est marrant si l’on considère que dans ce mot il y a sionisme, mais je m’égare).

Il faut déjà que tu prennes un événement planétaire, assez gros pour que beaucoup de gens s’y intéressent. Ainsi, il peut y avoir un complot derrière plein de choses, mais pour qu’il y ait théorie du complot, il faut qu’il y ait une audience vaste et hétéroclite.

 

1ère phase :

Il est nécessaire de rassembler tous les éléments portés à la connaissance du public et issus de sources multiples (journalistes, policiers, anonymes qui envoient des vidéos et reprises par les médias mainstream, procureur, etc.) sous le terme de « version officielle ». Cela ne veut rien dire – puisque les sources sont variées comme on vient de le voir – mais c’est suffisamment dépréciatif, sémantiquement parlant, et fourre-tout pour pouvoir être fustigé simplement. Ainsi, ceux qui croient à l’un ou l’autre de ces éléments sont désignés comme « crédules » / « bien-pensants » / « vivant dans le monde des bisounours » / « des moutons », etc.

Bien sûr, car ils croient « à la version officielle ». Nul ne sait exactement où elle commence et où elle s’arrête (c’est une vis sans fin médiatique) mais tout le monde voit « de quoi on parle », non ?

Ce mépris vis-à-vis des sources d’information classiques se nourrit de la défiance actuelle à l’encontre du pouvoir en place, des partis politiques républicains et de la presse mainstream et trouve donc un large écho dans la population sans que l’on puisse taxer l’ensemble des défiants de délirants paranoïaques, c’est là la première astuce du théoricien complotiste.

 

2ème phase :

La deuxième phase consiste à pointer les zones d’ombre de toutes ces informations parfois contradictoires. Il en existe toujours, surtout au début où les informations se télescopent, chaque média cherchant à fournir « le scoop » au public. Lorsque les journalistes recoupent certaines informations, ils s’aperçoivent qu’ils se sont plantés et les font disparaître de la circulation si elles se révèlent être fausses. C’est là que le délire paranoïaque du conspirationniste entre en jeu. En récupérant ces informations non vérifiées et disparues de la circulation, ou en pointant les incohérences apparentes des informations portées à la connaissance du public, il obtient l’audience nécessaire à la poursuite de sa théorie.

On est tous curieux, c’est la 2ème astuce qui rend toutes ces questions si ce n’est sympathiques, au moins intrigantes. C’est comme quand je t’ai dit que le Père-Noël n’existait pas (que c’était un complot des francs-maçons, rappelle-toi), ça t’a tout de suite intéressée, tu te souviens ?

 

3ème phase :

C’est la plus délicate car elle consiste à construire une théorie – tu te rappelles ce que c’est ? – en récupérant d’autres informations (non vérifiées, elles) sur des sites obscurs qui s’alimentent les uns les autres.

L’idée est que si les médias traditionnels mentent, c’est bien que les autres disent la vérité, non ? Le fait de ne pas être mainstream crédibilise ainsi tout site alternatif (même totalement inconnu), car il révèle « ce que les autres cachent ».

Le raisonnement est débile, mais c’est pas grave, c’est le principe même du complotisme : asséner des vérités avec aplomb (plus c’est gros, plus ça passe, c’est connu) et plus cette vérité aura l’air absurde, loin de notre réalité, plus elle sera énigmatique et séduisante.

La difficulté est de ne jamais prendre les hypothèses avec le moins d’implications (les plus plausibles donc), mais toujours aller là où ne l’attend pas – et c’est pas donné à tout le monde, c’est sûr.

Prenons un exemple.

L’histoire de la fameuse carte d’identité retrouvée dans la voiture des deux terroristes. L’explication la plus plausible est qu’elle a été oubliée (on imagine mal un terroriste mettre un masque pour ne pas qu’on le reconnaisse et la laisse tomber exprès sur le siège passager) au moment de la fuite (ils étaient quand même poursuivis par des policiers).

La vision ‘complotiste’ est différente : « quelqu’un » l’a mise là exprès (dans ce monde parallèle, on appelle ça un oubli de pièce d’identité sous fausse bannière).

Pour quoi exactement ? Par qui ?

C’est là tout l’art du complotiste : il ne sait pas mais il trouve réponse à tout. Ce serait trop simple de ne juste « pas savoir » et pointer les incohérences. Non, le complotiste sait déjà (lui). Disons que ce sont les policiers, afin d’expliquer comment ils les ont retrouvés si vite.

C’est-à-dire que ces policiers, plutôt que de dire « on a retrouvé les terroristes grâce aux traces ADN qu’ils ont laissé partout », ils préfèrent laisser une carte d’identité en se disant « comme ça les gens vont comprendre comment on les a retrouvés ». Quelle est la logique ? Aucune. On est dans un monde parallèle je viens de te dire (tu suis un peu ou merde ?).

Même si tous les éléments montrent qu’ils avaient plutôt de l’air de pieds nickelés (ils ne connaissaient pas l’adresse précise, ont mis des masques mais ont largué de l’adn partout, ont fait tomber une basket avant de la récupérer (ils venaient de faire un jogging peut-être), etc.) dont le seul fait d’armes (ah ah) est d’avoir achevé à bout portant à la kalachnikov des gens simplement armés de stylos, tu vas toujours trouver des gens qui vont t’expliquer que c’était des supermen du terrorisme et qu’il leur était impossible de faire une faute pareille. Ben ouais, mais dans la vraie vie, ça arrive. Ainsi, on connaît des gens très bien qui préparent un voyage pendant 6 mois aux USA et au moment d’embarquer, paf, ils se rendent compte que le passeport est périmé. C’est le quotidien des salles d’embarquements.

Donc, quand tu sais que ça arrive au meilleur, tu comprends mieux comment ça peut arriver aux plus mauvais.

 

4ème phase :

La 4ème phase (même si j’ai un poil éventé le suspense) c’est de désigner des responsables plus ou moins occultes, en tout cas inattendus. Un commanditaire mystérieux dont personne ne connaîtrait l’identité, sauf notre expert complotiste bien sûr (lui sait tout de toute façon, cherchez pas les gars). Certains se contentent d’ailleurs de ne jamais le désigner clairement. C’est-à-dire qu’ils sont tellement dans l’ombre qu’on ne les voit pas.

Eh oui, dans un complot, il faut toujours qu’il y ait une entité un peu floue mais pas trop pour qu’on puisse te rétorquer si tu essayes de discuter (fou que tu es) « non mais t’as rien compris, c’est les X » (remplacer X par – au choix – les extraterrestres, le groupe Bildeberg, les sionistes, etc.).

Bref, tu mélanges les francs-maçons, Jean-Claude Vandamme et le Mossad et tu as l’axe du complot vu par le conspirationniste moyen.

 

5ème phase :

Cette phase est la plus simple, il suffit de relayer sa théorie grâce à l’audience gagnée en phase 2. Les relais sont multiples sur les réseaux sociaux, de par l’aspect viral d’une information « inconnue » ou tout simplement nouvelle. C’est l’essence même du complotisme d’être relayée en dehors des sphères complotistes.

 

6ème phase :

Enfin, une fois que le monstre est lâché (n’aie pas peur, c’est une image), il suffit d’alimenter régulièrement la bête en allant pêcher des infos sur les sites du même acabit. En effet, il serait dommage que le monstre ne sorte totalement de sa tanière et le conspirationniste prendra grand soin d’en garder un peu sous le coude (demain, j’enlève le bas !).

 

 

En fait, n’importe qui peut le faire !

On pourrait croire que c’est facile, mais ce n’est en fait pas donné à tout le monde. Il y a quelques règles à respecter. Mais ça, on en parlera au prochain épisode !

 

(fin partie 1)

 

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11 réponses à “La théorie du complot pour les nuls (partie I)

  1. Tiens, je crois que je vais faire lire ton article à mon fils !!Les théories de ce genre s’épanouissent chez les jeunes mangeurs d’internet ! De quoi lui donner des arguments face aux copains !! Bon, ben j’attends la suite ! Merci pour cette mission éducative et drôle ( aspect important pour être lisible chez un ado !! LOL etc. tu vois ?)Bises

  2. Pingback: https://jeanfabienauteur.wordpress.com/2015/01/27/la-theorie-du-complot-pour-les-nuls-partie-i/·

  3. Bravo. On pourrait au passage insister aussi sur le caractère joliment « oxymoresque » de ces deux termes accolés : théorie et son idée de rationalité scientifique et d’approches vérifiées associé à « complot », qui se niche purement dans le subjectif. « Théorie du complot » c’est aussi beau que « violence civilisatrice », « fondamentalisme relatif », « douce violence » ou « silence éloquent »…
    Mais bravo encore une fois pour ces chroniques dont le « poids de légèreté » rivalise avec la « drôlerie sérieuse » !

  4. Pingback: La théorie du complot pour les nuls (partie II) | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  5. « un individu conscient et debout est plus puissant pour le pouvoir que 10 000 individus soumis et endormis »-Ghandi Riez, riez pauvres cerveaux endormis un jour le monde se réveillera, ce ne sera pas grâce à vous… malheureux soumis.

  6. Pour le coup des cartes d’identité, pensons à Al Capone qui avait quand même pensé à tout…Saut à déclarer ses impôts.

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