MA lettre de refus

Ouais, ben ça suffit.

J’en ai marre des lettres de refus, marre d’être presque nerveux à l’arrivée du facteur, marre d’ouvrir le courrier avec la fébrilité d’une jeune fille se faisant ôter sa culotte pour la 1ère fois (et même la deuxième), marre de passer plus de temps à écrire mes lettres d’accompagnement que mes romans eux-mêmes (ceci expliquant peut-être cela), marre de collectionner ces missives négatives comme certains collectionnent les stages ou les CDD.

Une lettre de refus, c’est un peu comme un coup de poing dans la gueule, la dent cassée en moins. Tu ressens ça comme une injustice terrible, tu penses comme un âne à la phrase de Montesquieu : « une injustice pour l’un est une menace pour tous ».

Voilà, c’est ça. Tu ressens comme un danger sur l’ensemble de la communauté des losers de l’écriture, des forçats du manuscrit. Chaque A4 dactylographiée et logotée par un éditeur quelconque, barrée par le mot « Non » te rapproche de la confrérie des écrivains de merde et t’éloigne un peu plus de la grande famille germano-pratine.

Alors, toi, seul face à ta médiocrité, tu déprimes, tu pleures, tu arraches tes vêtements façon Hulk, tu te fumes un pét’, tu te roules par terre, tu cours autour de ta table basse aux coins carrés (aïe, aïe, aïe, *ouf* j’ai évité le dernier coin), tu joues à Tarzan avec la tringle à rideau, tu jettes ton chien par la fenêtre parce qu’il faut bien que quelqu’un prenne, tu récupères ton chien en morceau dans le local à poubelles, tu le recolles avec un bâton de colle Uhu (Catherine Le Uhu ? (*)), tu appelles ton pire ennemi pour lui dire « meeeeeerde », tu appelles ta meilleure amie pour dire « meeeeeeeeeeeerde » aussi (mais sur une note plus plaintive). Et à la fin, quand t’es bien crevé et que ta voisine du 7ème (oui, celles aux gros nibards) a appelé les flics, et ben tu te poses.

Et tu te dis : il devient nécessaire que je renverse la vapeur (non, non, je ne vais pas me mettre à la voile).

C’est décidé.

Le premier éditeur qui me dira « oui », je me vengerai sur lui. Il paiera pour les autres (je pourrai aussi faire ça avec ma prochaine copine tiens, y’a peut-être un créneau).

Ce sera MA première lettre de refus à un éditeur.

Bon maintenant, j’hésite quant à la tactique à adopter. Disons que j’ai le choix : lettre type ou lettre personnalisée, brutalement ou en douceur, avec de l’humour ou avec la froideur d’une lame, comme un coup de boule ou avec un léger croche-patte.

Dans tous les cas, il ne faut pas qu’il revienne me gonfler après. Les boulets, ça va cinq minutes.

Je pourrais la jouer « je ne pense pas que nous soyons faits l’un pour l’autre » :

+     “Votre ligne éditoriale ne semble pas correspondre à mes aspirations profondes (ni superficielles d’ailleurs)”

+     “Vous n’imaginez pas que je vais me faire éditer par le connard qui édite Houelbecq, ce prétentieux même pas doué”

 

Je pourrais aussi jouer sur l’éloignement géographique :

+     “Désolé, vous êtes vraiment trop loin de chez moi, et l’idée de passer vous voir en allant acheter ma baguette tradition n’était pas faite pour me déplaire”

+     “Franchement, est-ce bien sérieux pour un éditeur de ne pas être dans le 6ème arrondissement ? ”

 

Je pourrais la jouer œil pour œil tout simplement :

+     “Tiens, voila la lettre que tu m’as envoyée il y a deux ans, tu te souviens maintenant ?”

 

Ou grand seigneur :

+     “Trop tard, je suis pété de tunes et j’arrête, mais j’ai un pote qui débute et que ça pourrait intéresser (il s’appelle Foenkinos ou un truc du genre, j’ai jamais réussi à écrire son nom)”

 

Absurde :

+     “Je ne dis « oui » que le jeudi, dommage pour toi, le facteur a été un poil lent. La prochaine fois, tu viendras me l’apporter toi-même (blaireau).”

 

Fanfaron :

+     “Vérifie bien, je suis déjà édité chez toi”

 

Pour les faire poireauter en douceur

+     “Je suis en train de faire un tour du monde en 80 meufs, je vous recontacte à mon retour. D’ici là, mes avocats s’assureront que vous n’utilisez pas indûment mon génie créatif”

 

Ce qu’il faut, c’est renverser le paradigme. Il faut inventer une nouvelle forme de relation auteur ó éditeur. Une relation où c’est lui qui a besoin de nous. Si nous nous mettons tous à refuser leur contrat de merde, alors l’auteur deviendra le maître du jeu, l’éditeur devra s’allonger pour survivre (à l’instar d’une blonde qui veut grimper dans l’entreprise).

Et après, ils reviendront en rampant et en remuant la queue (**).

Et là, d’un mouvement délicat, je leur imprimerai mon 42 sur le coin de la truffe.

Evidemment, pour ça, il faut déjà qu’un éditeur veuille de moi.

C’est pas gagné.

Mais c’était sympa de rêver (surtout le moment où je lui défonce sa gueule de bâtard).

——

(*) private joke

(**) : là, ça fait plutôt penser à Moundir dans Koh-Lanta

 

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8 réponses à “MA lettre de refus

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