Prouve ton travail en 6 leçons

penePénélope, sache que le peuple français – avec ses grandes oreilles – a entendu ta douleur. Enfin, vu que tu dis que dalle, on va plutôt considérer qu’il l’a devinée. Mais ne chipotons pas, voici aujourd’hui un petit article pour t’aider à prouver ton travail non fictif. Non parce que le travail fictif, on sait à peu près faire : il suffit de postuler dans un siège social de grand groupe et de passer son temps en réunion ou à pondre des tableaux Excel à 15 000 lignes. C’est bien payé et on n’est pas trop emmerdé (avec un peu de chance, tu auras même un badge de parking et des tickets restau).

Bref. Donc, moi je parle pas de cet emploi fictif-là, moi je parle du vrai travail que tu as sûrement fait, vu comme tu t’es bien gavée : celui que l’on fait jusqu’à pas d’heures, où on sue sous les bras en trimballant de lourds dossiers confidentiels – alors que les pots à confiture sont pas encore totalement stérilisés – et pour lequel on impose un soupçon de respect et une touche de crainte.

Ça y est, tu situes ?

 

Un élément matériel tu fourniras

Eh ouais, c’est la beauté du truc : pour que ton patron de mari puisse venir t’exploiter jusque dans tes derniers retranchements, il faut qu’il puisse t’avoir en visuel (ou qu’il puisse te joindre au moins). Et donc, c’est évident, à l’époque de ton super boulot, tu devais au moins avoir :

  • Un bureau (dans lequel dormir quand ton boss te disait de rester la nuit à potasser des dossiers)
  • Un téléphone Pro (pour qu’il puisse t’appeler à minuit le samedi soir quand t’es à 2 grammes au bar de l’Hyatt)
  • Un badge (pour pouvoir venir chercher les dossiers sur lesquels travailler le dimanche matin)
  • Une adresse email (ne pas en avoir alors que ton mari a inventé internet, ce serait tout de même ballot)
  • Une voiture avec cocher, etc.

 

Ou alors une carte affaire (pour acheter le Canard Enchaîné le mercredi matin), une carte Flying Blue (pour te payer un week-end de repos à Sablé-sur-Sarthe), enfin bref quelque chose, quoi. Non ?

 

Des anecdotes de bureau tu narreras

Il est prouvé que les employés passent 80% de leur temps à médire sur leurs collègues (t’étais pas la dernière quand ils ont choppé Juppé, hein ? (smiley complice)). Ainsi donc, prouver son emploi réel revient à expliquer ces 80% (plus simple que de s’emmerder à expliquer les 20% restants). Donc, mon conseil (c’est gratuit – je suis pas avocat, moi) : ressors toutes ces hilarantes anecdotes de bureau que tu as entendues pendant toutes tes années d’attachée parlementaire (rappelle-toi toutes ces histoires de drague relou des autres parlementaires, ha ha j’en ris encore), crois-moi c’est le moment.

 

Des certificats médicaux tu donneras

De nos jours, on a le choix entre le chômage et le burn-out, il est donc assez probable que si tu as bossé plusieurs années comme assistante parlementaire, tu as au moins fait un breakdown, une dépression ou une tentative de suicide. Allez, au moins un burn-out (petite joueuse). Bref, je suis sûr qu’organisée comme tu es, tu as conservé tous ces petits certificats qu’un médecin t’a fait moyennant un joli chèque (joli par le montant, pas par le logo de la banque). Grâce à ça, tu pourras prouver qu’un jour, toi aussi, tu as été exploitée (veinarde).

 

Une dépression de tes enfants tu pleureras

En parlant de burn-out, y’en a d’autres qu’ont pas dû se poiler tous les jours pendant que tu taffais comme une malade, ce sont tes gamins. Vu qu’ils ne te voyaient jamais quand tu cumulais tes deux emplois, ils n’ont pas dû réussir à finir leur devoir de maths (la preuve : ils ont fini avocat). J’imagine bien leurs pleurs enfantins quand, le vendredi soir, ils attendaient – la gamelle vide et le moral dans les chaussettes. Je suis sûr qu’un petit coup de fil au médecin de famille confirmera mes soupçons. La vie de femme à double vie peut être ingrate parfois.

 

Une preuve de harcèlement sexuel tu fourniras

Bon dans ton cas, c’est le seul truc qui tienne : il est à peu près clair qu’il y a eu relation sexuelle (cf. point précédent et ton imposante progéniture). Pour vous autres, assistant(e)s de l’ombre, il va bien falloir vous y faire : la relation sexuelle avec son boss n’est pas simplement un bon moyen d’avoir une promotion, ou un passage social obligé pour agrémenter votre CV indigent, c’est aussi le meilleur moyen de prouver que l’on a bien été employé. On l’a tous fait – inutile de le nier : embaucher une femme pour ses attributs physiques (voire mammaires). Vous croyiez quand même pas que c’était pour vos diplômes ?

 

La preuve par le café si on te met vraiment la misère

Si malgré tout ça, les méchants juges te soupçonnent encore, il reste l’épreuve ultime : celle du café. A peu près tout le monde fait un café dégueulasse, sauf l’assistante de direction qui s’entraîne tous les jours pour toutes ces feignasses de la Direction (tout le monde sait ça). Fais donc un café aux juges, devant l’évidence de ton talent (résultat d’années de pratique à faire le café de François), ils ne pourront que s’incliner. Je ne sais pas si ça vaut 6000 boules par mois, mais ça vaut au moins une étoile chez Jacques Vabre.

 

Alors maintenant que tu as lu cet article, Penelope, tu retournes voir les gentils juges (oui, oui, les mêmes que les méchants, ça dépend jusqu’à quel niveau tu les prends pour des cons) et tu leur expliques. S’ils ne comprennent pas, tu leur fais un café. S’ils ne comprennent toujours pas, tu prends tout sur toi en disant que François était pas au courant. T’inquiète pas pour lui : il comprendra.

 

#Penelopegate

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2 réponses à “Prouve ton travail en 6 leçons

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