Nocturama, beaucoup de vide pour rien

noctu

Oui, c’est vrai parfois il est bon de ne rien expliquer, de laisser le spectateur faire son chemin. Pourquoi pas. Moi-même il m’arrive de m’émerveiller devant une peinture monochrome (avant de me rendre compte que la peinture est en restauration et que je ne regardais qu’un cadre vide). Mais dans ce cas, on montre au moins quelque chose, on donne des aspérités auxquelles s’accrocher un minimum. On donne à voir.

Nocturama possède une certaine beauté dans ce qu’il ne montre rien : on voit des jeunes que l’on ne comprend pas – il faut dire qu’on n’a pas vraiment été présenté – déambuler dans un monde que l’on devine être à la dérive (il semblerait que ce soit notre monde… d’ailleurs Valls est ministre, mais on ne peut être sûrs de rien), on voit des explosions – qui n’évoquent rien d’autre à nos yeux embrumés que des images réalisées sur ordinateur – et on voit un enchevêtrement de choses incompréhensibles car décontextualisées.

 

Une errance

Au début, on voit des jeunes fondus dans la masse, se croiser dans le métro suivant un timing apparemment parfaitement calculé. On les voit se débarrasser de portable (malheureux, ne fais pas ça !). On comprendra par la suite que le fait qu’ils se croisent n’a aucun intérêt mais cela donne l’impression qu’ils savent où ils vont – et le réalisateur aussi.

Ils sont beaux, jeunes (je l’ai déjà dit) et n’ont pas trop l’air de savoir où ils crèchent (ça doit être leur signe de ralliement).

A la fin de leur errance terroriste, on a quelques flashbacks où on voit que certains viennent de bonnes familles, d’autres pas, et qu’ils ont en commun l’envie de faire péter « tout ça ». On ne comprend pas trop pourquoi, il est difficile de s’attacher à eux qui sont décrits en trois plans de cinq secondes, mais c’est tout ce qu’on nous donne à voir.

Et puis, ils vont se réfugier dans un grand magasin, où ils se baladent jusqu’à la fin du film. Je vous laisse deviner la fin (attention spoiler : ils meurent tous ?).

 

Un film quand même mal branlé

Pleins de trucs ne tiennent pas la route. On rentre avec des explosifs au ministère de l’intérieur comme dans un moulin. On garde du stock d’explosif au cas où mais on oublie d’avoir des détonateurs. On a des badges mais quand ils ne marchent pas, ce n’est pas grave parce que le vigile est avec nous (à quoi servait le badge, alors ?). Un personnage disparaît carrément du film (à un moment, un des jeunes demande vaguement où il se trouve mais cela n’a pas l’air de les émouvoir plus que ça). Un des jeunes se fait buter au milieu du film mais c’est sans conséquence, personne ne vient là où il se fait buter (et découvre… je sais pas moi… les explosifs qu’ils viennent de poser ?). Des policiers du raid tirent sans sommation sur des jeunes désarmés (euh… le réalisateur n’avait pas de consultant juridique ? Même pour Mohammed Merah, ils ont pas tiré tout de suite et ils lui ont laissé une chance).

Franchement, à part pour voir Luis Régo en SDF se prendre une balle dans le buffet sans comprendre ce qui se passe, je vois pas trop ce qu’il y a à sauver du film, rien ne fonctionne, tout sonne creux et, pour tout dire, assez débile.

 

Polémique

Il y aurait eu sur ce film une polémique sur le fait de montrer des jeunes, comme vous et moi (si vous êtes jeune et beau), commettre des attentats, sans remords particuliers et sans explication. Bizarrement, ce n’est pas tant la vacuité de ces jeunes qui me gênent que l’indigence du film lui-même. En ne décrivant rien du tout, on pourra rétorquer qu’il s’applique à tout, mais c’est un peu court. Le film n’est même pas particulièrement esthétique. En fait, le film n’est rien, même pas digne d’une polémique.

J’ai du mal à comprendre que l’on puisse imaginer simplement enchaîner des plans sans aucune logique évidente et ne rien décrire pour justifier le fait de ne pas juger les actes commis. Il y a un monde entre le fait de ne pas juger et le fait de montrer, en tout cas d’en montrer suffisamment pour comprendre ce qu’il y aurait à juger. Là, il n’y a rien que du vide. Est-ce le symbole d’une jeunesse vide d’idéaux ? de sens ? Cela n’aurait pas été très difficile à « montrer » : il aurait suffi de suivre un peu ces jeunes. Ainsi, sans nous les rendre sympathiques, on nous les aurait rendus « tangibles ».

La seule scène un peu cocasse – si on a l’esprit tordu – est cette scène où les apprentis terroristes voient leurs « exploits » à la télé. L’un d’eux dit cette phrase : « ça fait bizarre de voir ça en vrai ».

Tout est dans cette scène : ce ne sont que des images. De là à dire que cela fait un film.

 

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Une réponse à “Nocturama, beaucoup de vide pour rien

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