Non, je ne parlerai pas du burkini.

burkini

Eh merde, raté.

Ben oui, c’est un peu comme quand on vous suggère de ne pas visualiser une vache bleue dans votre esprit. Eh ouais, encore raté.

Cette histoire de burkitruc me fait un poil penser à la polémique sur le « plug anal » de Paul McCarthy. 99% des français n’avaient aucune idée de ce qu’était un plug anal avant qu’un illuminé s’empare du sujet, mais deux jours après tout le monde avait un avis sur la question. Et on sait que les avis, c’est comme les trous du cul (à plug ou pas) : tout le monde en a un. Il paraît même que la grande majorité pue.

Bref, laissons là ces trucs à enfoncer et revenons-en à nos moutonnes.

C’est quand même marrant cette capacité qu’ont les français à se déchirer sur des sujets aussi débiles. La dernière fois, c’était sur cette histoire de déchéance de nationalité. Le truc qui allait concerner 10 personnes dans les 50 prochaines années a mis à feu et à sang les débats familiaux (qui pourtant étaient déjà assez animés comme ça, vu que l’on ne savait toujours pas s’il fallait dire « pain ou chocolat » ou « chocolatine »), sans parler du torrent de merde qui s’était déversé sur les réseaux sociaux. C’est le problème des excités du Web, ils ont du mal avec leur sphincter (un abus de plug anal peut-être ?).

Y’aurait-il comme un rapport ?

Je veux dire entre la déchéance, le burkini, tout ça. Est-ce que cela ne toucherait pas toujours un peu le même type de population ?

Entendons-nous bien : je n’aime pas le burkini. Je trouve ça moche, aussi moche et peu pratique qu’un mec qui viendrait se baigner en combinaison de spationaute. On peut gloser des heures sur le symbole de ces femmes qui cachent leur corps, mais quel est le rapport avec la choucroute ? Et puis, comment savez-vous qu’elles le font sous la contrainte ? Et d’ailleurs, peut-on vouloir leur « bien » malgré elle ?

Je ne sais plus qui disait : « se libérer soi-même est une conquête inestimable, vouloir libérer l’autre est un crime ». Je sais plus qui c’est, c’est dommage mais on peut quand même dire qu’il était pas con ce mec (ou cette meuf).

 

Il est un fait que la religion – quelle qu’elle soit – a toujours eu un problème avec le corps, le sexe, et toutes ces choses sales ou des trucs s’emboîtent dans d’autres trucs (plus ou moins prévus à cet effet). Ce n’est pas nouveau et ne concerne pas que l’islam soit dit en passant. Mais c’est du domaine de la liberté de chacun de pratiquer son culte (et même son cul) comme il l’entend.

Par exemple, quand je vois des « fidèles » qui vont à l’église le dimanche matin pour chanter des conneries et bouffer un bout de carton-pâte (si c’est le corps du Christ, l’était pas bien gras, le gars), je trouve ça complètement con mais qui suis-je pour les empêcher de le faire ?

Et puis pour en revenir au sable et à la crème solaire, pourquoi est-ce que le fait de se « voiler » le corps serait plus aliénant que le fait de l’exposer comme de la bidoche ?

Le culte du corps, de la consommation, de la pub, nous aurait-il tellement abruti l’esprit que l’on penserait maintenant que c’est le comble de la modernité de répondre aux sirènes du corps sculpté, bronzé… montré ?

Il n’y a malheureusement pas de lieu plus normatif que la plage, aliénant ainsi de facto toute tentative malheureuse d’être différent(e) – de manière plus ou moins volontaire –, lui faisant risquer l’assimilation à un courant idéologique revendicatif à réprimer. Toute tête qui dépasse devient nécessairement revendicatrice, se transforme en symbole prosélyte.

 

J’ai même lu un idiot utile qui a dit « que ceux qui défendent le burkini en France aille défendre le port du string en Arabie Saoudite ». Mouais. Ainsi donc, le port du string serait le comble de la modernité ? Tous ces magazines féminins qui nous expliquent page 10 comment s’apprécier telles qu’elles sont et proposent un régime page 12 pour la plage en 7 jours chrono seraient donc dans le vrai ? Ce serait à nous de décider où et comment les femmes doivent s’habiller ? J’ai bien compris le message ?

Faut-il aussi rappeler à ceux qui en appellent à la laïcité sans la maîtriser que le principe qu’ils invoquent est justement contraire à ce qu’ils entendent défendre : les signes religieux ne sont pas interdits dans l’espace public, au contraire, la laïcité défend le principe de neutralité de l’état et rappelle la liberté de chacun (notamment de pratiquer sa religion).

 

Je vais enfin vous faire une confidence (j’espère que vous êtes assis, ça va dépoter sévère) : on peut être contre le principe du burkini et contre son interdiction. Incredible, isn’t it ?

Je n’ai aucune sympathie pour cette mode vestimentaire finalement assez laide, mais je ne pense pas qu’interdire sur la plage ce qui est autorisé partout ailleurs dans l’espace public soit très malin. Lorsque l’on n’est pas d’accord avec quelque chose, le meilleur moyen de le renforcer, ce n’est certes pas de l’interdire brutalement, l’éducation des enfants nous aura au moins appris ça.

Que l’on n’aime pas le burkini est le droit de chacun, que chaque personne puisse s’habiller comme elle l’entend est une liberté de tous.

 

 

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4 réponses à “Non, je ne parlerai pas du burkini.

  1. Voici ce qu’Aristide Briand, celui qui mit en œuvre de la loi de séparation de l’église et de l’état, répondit à ceux qui voulaient interdire le port du vêtement religieux, au nom naturellement du « régime de liberté » dont ceux-là se faisaient les défenseurs : « Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel (…). La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. »
    Au passage et dans le cours du débat, le même Aristide Briand indiquait aux censeurs en herbe du parlement que ce qu’ils venaient de conquérir, c’était le droit de se balader en robe dans la rue s’ils en avaient l’envie ! On ne pouvait être plus clair.
    Quant à la citation perdue, avec un peu de bol, on doit retrouver ça dans les Lettres à Lucilius de Sénèque.

  2. J’ai vu aussi que ton « idiot utile » était Raphaël Enthoven (ou pouvait-être Raphaël Enthoven. Ce n’était qu’un touïte apparemment et parfois, la source de ces trucs-là…). Mais si c’est le cas, l’aurait mieux fait de rester dans sa piscine à siroter son cocktail tequila-Viandox en attendant que ça fige. La bouche pleine, parfois, on se prend le temps de réfléchir deux secondes… Je dirais que c’est pas de bol de se faire attraper comme ça ! Cet homme est capable de bien mieux…

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