Kill’em all, bordel à la noix.

alcool

Y’a mon voisin Dédé, c’est pas le quart d’un con (et puis, ce serait pas fastoche parce qu’y a que 3 lettres). Il a carrément trouvé la solution pour le terrorisme. Enfin, plutôt contre, parce que pour, y’a pas besoin de notice Ikea.

Je déconne pas. Dédé, c’est un mec grave intelligent dans le genre qu’est plus souvent à l’horizontale qu’à la verticale (même si qu’son nom, il rime un peu avec pédé quand même). Enfin intelligent, euh non. Pas trop. Faut pas pousser Dédé chez les autistes. Mais quand il a bu, il carbure pas mal du ciboulot. Comme si le Ricard lui éclaircissait les idées noires.

Bref, donc mon pote Dédé, il m’a dit un bidule qui m’a fait réfléchir. Et pour me faire réfléchir, faut se lever de bonheur comme on dit. En fait, j’y ai repensé le lendemain, comme si le truc émergeait des brumes de la gueule de boire.

Quand j’ai ouvert un demi-œil à 14h du mat’, je me suis souvenu qu’y m’a dit : « Faudrait tous les tuer, les terroristes ».

C’était sorti comme ça, façon étron après une semaine de All Bran.

Y m’a même dit « c’est une situation ouine-ouine ». J’étais perdu, alors il a ajouté « gagnant-gagnant ». J’étais pas plus avancé mais au moins je comprenais tous les mots.

Dédé était-il devenu bègue ? (ou pire : belge ?).

Non, non. Il m’a expliqué : « les terroristes ils veulent mourir et nous on veut pas les voir vivre » (l’est fort Dédé pour résumer les situations). « Il y a plus qu’à les tuer comme ça, nous on est peinards et eux ils ont leur 70 verges dans le cul. Et s’ils sont pas contents on les renvoie dans leur pays en allumant les bougies ».

Ah la vache, ça m’en a bouché un coin – pas avec une verge, je vous rassure. Bon, il m’en avait bouché qu’un, il en restait plein de libres, mais quand même.

Je me souviens qu’à ce moment de la beuverie discussion, y’a un mec à deux grammes qui s’est incrusté (il avait une excuse pour être aussi peu bourré, il venait de se pointer) :

– Et tu les renvoies où si qu’y sont français ?

 

J’ai compris qu’on était à ce moment de l’histoire où t’as deux mecs qui peuvent décider du sort de l’humanité, grâce à la puissance de leur esprit et la clairvoyance de leur vision du monde qui tourne pas trop rond faut être honnête.

– Je penserais bien à un truc, mais on va dire que je suis de la fachosphère, a dit Dédé – et la lourdeur de son regard démentait pas des masses la pertinence de son propos.

 

Sur le moment, j’ai pas trop compris ce qu’un phacochère venait foutre dans la discussion, mais clairement j’avais pas le niveau pour les interrompre (et puis c’était pas la saison de la chasse, donc j’avais dû mal ouïr).

– Dis toujours, qu’a dit l’autre mec.

– Ben tu vois, il suffirait de les enfermer dans une cave avec des petits chatons et comme ça, ils deviendraient tout blanc, du fait de l’absence de soleil, et on pourrait les reconnaître tout de suite s’ils s’échappent dans la rue. En plus, en voyant des chatons toute la journée, ils deviendraient doux comme des agneaux, a répondu Noé Dédé.

 

Y’a eu un gros silence, tu sentais que l’autre mec étudiait toutes les options avant de répondre une connerie.

– Tu risques de les confondre avec des albinos, non ? qu’il a repris.

– Seulement s’ils ont des grandes oreilles.

 

Le mec était scotché façon hamster, mais il a pas laissé tomber et il a repris le truc.

– T’auras jamais assez de caves.

– On s’en fout, sinon on choisit un pays au hasard où y’a plein de terroristes et on les envoie là-bas.

– Genre ?

– Ben euh… tous les pays qui finissent par « an ».

– Comme l’évian ?

 

C’était clairement un piège mais Dédé est pas tombé dedans.

– C’est pas un pays, c’est une marque de flotte.

– …

– …

– Et on va encore payer le billet d’avion avec notre argent, ça va pas ou quoi ?! a éructé le gars en se mettant le doigt dans le nez assez loin pour s’enlever le miel de l’oreille droite.

– Non, on les met dans des boat people comme ça avec un peu de chance, ils se noient avant d’arriver.

– Tu commences à m’intéresser dis-donc, a dit le mec en essayant de sortir son doigt.

 

1-0, la balle au centre. Dédé, il avait carrément pris le dessus. Alors, ils se sont resservi un whisky. J’étais pas au bout de mes surprises intellectuelles.

– Ou alors on leur met des clochettes autour du cou, a ajouté Dédé pour accentuer son avantage.

– Ouais mais là, tu risques de les confondre avec des vaches, a rétorqué l’autre qui avait dû être élevé dans une ferme vu comme il en connaissait tout un diamètre sur les animaux (d’ailleurs, ça devait pas être une ferme-la parce qu’il arrêtait pas de la ramener).

– Les vaches, c’est muet, alors que les terroristes y disent « Allah bidule », a dit Dédé.

– T’en connais un max sur l’aphone et la flore dis donc, a postillonné le mec.

– Toi aussi, a répondu Dédé en fermant la bouche pour pas gober un postillon.

– Et comment que tu fais pour les fiches S ? a dit le mec en touillant son whisky avec un doigt libre.

 

J’avais aucune idée ce que c’était qu’une fiche S (S pour salope ?) alors j’ai quand même mis ma graine de sel pour faire un coma éthylique en étant moins con et Dédé m’a répondu illico.

– Les fiches S, c’est des fiches que la police pond pour identifier les terroristes. Dès que t’as un bougnoule qui va en Syrie, PAF fiche S.

– Ça marche qu’avec les bougnoules ? j’ai demandé.

 

Et là, tout le monde a ri de ma bonne blague. Dédé, il en pouvait tellement plus qu’il est tombé de sa chaise. J’ai pas trop insisté pour qu’il m’explique le coup de la scierie, surtout que j’avais pas compris ma blague, mais j’étais content de moi quand même parce que c’est pas tous les jours qu’on fait tomber Dédé de sa chaise sans faire exprès.

Mais quand même, je me suis dit : c’est incroyable… en fait, on connaissait déjà les terroristes. Et pourquoi qu’on les arrêtait pas, hein ? Clairement, c’était un complot international de Flanby (ou  de la CIA (ou du groupe Bildeberg, j’étais pas sûr (et puis, ça expliquait pas les chemtrails, mais y’avait forcément un truc qui m’échappait))).

Comme il était lancé (et par terre), Dédé a continué sur les fiches S.

– T’as juste à croiser les fiches S avec le fichier national des gens qui achètent des couteaux de cuisine et qu’ont pas de CAP de boucherie et t’as le nom des terroristes qui vont passer à l’acte.

 

Ça nous a tous scotchés. La puissance intellectuelle de Dédé était sans limites connues (et même inconnues).

Comme il voyait qu’on tendait tous nos oreilles et qu’on aurait entendu une mouche violée, il a asséné sa vérité suprême à la volaille l’envolée.

– Le problème, c’est tous ces musulmans.

– …

– Déjà, un mec qui bouffe pas de saucisse, moi je me dis que c’est pas possible. Qu’est-ce qu’il mettait dans la cheminée de sa purée quand il était petit, hein ? Ça peut pas faire des mecs normaux un mec qu’a jamais planté sa saucisse dans une cheminée.

– Et puis on a quand même des racines chrétiennes, que j’ai dit, pris par l’ambiance capillaire de l’instant.

 

Tout le monde s’est arrêté de parler. Dédé il m’a regardé comme si que j’étais le nouveau Jésus en plus petit et il m’a dit comme ça :

– T’as lu la bible, toi ?

– Ouais, j’ai dit pour faire le mariole.

 

Tout le monde me regardait comme si j’étais leur roi.

– Aimez-vous les uns les autres qu’il a dit l’autre barbu, j’ai ajouté.

– Hein ? a fait Dédé en clignant de l’œil droit.

– Ouais, on est tous frères.

– Quoi, même les arabes ? a demandé un mec au fond du bar.

 

J’ai senti que je venais de dire une connerie plus grosse que ma cuite, alors j’ai essayé de m’en sortir comme j’ai pu.

– Euh…, je sais pas, j’ai pas lu le chapitre 2.

– Ah putain, tu nous as fait peur, a dit le bar tout entier.

 

Après, je sais plus trop parce que Dédé s’est écroulé et moi je me suis mis à vomir par les oreilles.

Avec un peu de chance, personne se souviendra de cette énorme connerie que j’ai sortie. Aimez-vous les uns les autres, bordel comme je peux être con. Et pourquoi pas aider son prochain, tiens. Faut vraiment que j’arrête de lire le supplément culture de Pif gâchette.

Parce que s’ils croivent que je suis un humaniste (ou pire, un mec de gauche), autant dire que j’aurai plus jamais de Ricard gratos.

Chez nous, si y’a bien un truc qu’on fait pas, c’est financer le terrorisme intellectuel.

 

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10 réponses à “Kill’em all, bordel à la noix.

  1. Punaise, envolé ! j’en reviens pas. J’avais écrit un commentaire dans lequel je te disais que t’étais trop bon, trop drôle et que cet article était dans la lignée des Brêves de comptoir de Monsieur Gouriot et…nulle part in apparaît. Je te disais aussi que j’avais partagé cette petite merveille sur face, tweeter, google+ et wlw. Donc je te le redis. T’es trop bon, je te kiffe et cet article est un pur délice.
    Bravo.

  2. Pareil ici ! Offert à d’aucuns de ma balourdosphère l’opportunité de se dégourdir des zigomars artistiques en se lisant ton papier. Il (elle ?) a raison Lyselotte : un régal, c’est. Ciselé au petit point ! Bravo et merci pour eux tous.

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