Footez-moi la paix, zut alors.

ballon-crevé

Entendons-nous bien : je n’ai rien contre le foot.

Comme la plupart de mes blonds camarades, j’ai moi-même religieusement chaussé les crampons de 6 ans à 15 ans – après, j’ai arrêté, j’en avais marre de prendre des beignes dans la tronche – et participé à divers tournois où l’on vendait plus de merguez qu’à un blocage de raffinerie (et où, accessoirement, il fallait secouer la boisson à bulles sinon la pulpe restait du domaine de la fiction).

Je ne rechigne pas non plus, à mes heures perdues, à visionner quelques exploits sportifs grassement rémunérés et à rire du français approximatif de nos stars nationales interrogées après match (de quoi rirait-on si l’on n’avait ni Ribéry ni Sarkozy ?).

Il m’arrive même encore – je n’ai pas honte de l’avouer – de taper dans la baballe lorsque j’arrive à trouver des quarantenaires qui n’ont pas les rotules déglinguées (croyez-moi, c’est plus rare qu’on ne le croit).

 

 

De la tyrannie des minorités

Cependant, en parlant de l’autre nain, même Naboléon s’est mis l’autre jour dans un discours de non-campagne poussif à dénoncer ces minorités qui imposeraient leurs choix à la majorité silencieuse (mon cul). Mouais. Bon, je sais pas s’il y a plus de fans de foot que d’adhérents à la CGT (surtout que, question adhérence, il doit y avoir une méchante proportion de syndicalistes amateurs de ballon rond), mais moi, ce que je vois surtout, c’est qu’on va se coltiner des hordes de supporters qui puent la pisse et la bière, qu’on pourra pas aller se traîner à la machine à café sans avoir le rapport circonstancié du penalty qu’aurait pas dû être sifflé (enculé d’arbitre !) et, surtout, qu’on va se sentir obligé de supporter une équipe de foot aussi bandante qu’une tranche de jambon avariée.

Alors, même si on nous soutient que tout ça, c’est juste pour déconner (et éventuellement ramener quelques dixièmes de pourcent de PIB – ce dont, entre vous et moi, on se contrefout) et qu’on est conscients que l’on débranche son cerveau dans ces moments de midinettes – mal nécessaire pour supporter l’absurdité du monde contemporain, nous soutiendra-t-on –, je me demande quand même s’il n’y a pas un moyen de vivre ça autrement qu’en apnée.

 

 

Peut-on s’extraire du monde

Mis à part les électro sensibles, qui flemmardent peinards dans leur grotte et sous leur casque, y-a-t-il quelque part quelqu’un capable de faire abstraction de cette liesse populaire qui m’indiffère au plus haut point ? Est-il possible de faire partie du groupe sans en partager l’enthousiasme abruti ? Est-il possible de lire des tas de livres sans nécessairement s’enthousiasmer sur le dernier Goncourt ? Est-il possible de faire ce qu’on veut sans provoquer l’ire de quelqu’un ? Est-il possible d’être un insignifiant parmi d’autres insignifiants ?

Cette question me taraude depuis longtemps – j’ai presque l’impression de sentir une vis me rentrer dans le cul –, et j’ai la vague sensation de passer parfois pour un extraterrestre à réclamer ainsi le droit de ne pas avoir d’opinion sur le sujet du moment ou même simplement de me foutre royalement de tel ou tel événement supposément majeur.

Alors voilà mon coming-out du jour : je réclame le droit de parler du dernier film que je suis le seul à avoir vu (ou pas), de regarder les matchs de foot en différé (et en accéléré), d’aller boire une bière sans écharpe bleu-blanc-rouge et d’aller voter blanc parce que l’offre politique me donne envie d’être électro sensible.

 

Je me contrefous de l’Euro et du fait que le pays soit bloqué par la CGT, que l’on dit minoritaire dès lors qu’elle nous fait chier, alors que deux semaines plus tôt, la France était contre la loi travail à 70%.

J’en ai rien non plus à carrer que Benzema soit pas dans l’équipe de France parce que, d’après certains, bidule serait raciste (alors que tout le monde sait que si Benzema est pas chez les bleus, c’est parce que c’est un gros con).

Je veux juste pouvoir m’autoriser une heure ou deux de beauferie molle à bouffer une pizza en mirant d’un œil mi-endormi mi-dépité mi-saoulé (la fameuse règle des trois tiers) 22 connards millionnaires qui font semblant de s’intéresser à la baballe. Mais venez pas me demander de commenter, de parier, de pronostiquer, de Gillot-Pétrer les résultats, parce que franchement j’en ai vraiment rien à branler.

Et pour faire comme ceux qui se plaignent de pas pouvoir prendre l’avion / faire le plein / être en retard en TGV comme d’hab’ (rayer les mentions inutiles), je vais vous avouer que ça ne me fait pas rire qu’ils aient monté deux fans zones à 400 mètres de chez oim, avec dix flics au m2, tout ça pour compter le nombre d’hectolitres de bières et de connerie qui vont se déverser les soirs de match entre l’Albanie et la Suisse. Parce qu’aujourd’hui, plus je vois des flics et moins je me sens en sécurité.

Le seul avantage de tout ça, c’est qu’on va être peinard dans les restaus sans écran plat et qu’il n’y aura pas la queue à l’ascenseur pendant les matchs. A part ça, franchement…

Bref, en un mot comme en mille : laissez-moi s’il-vous-plaît n’en avoir rien à branler.

 

Bon je dis ça, mais si ces gros nazes vont en finale, vous me retrouverez sans doute le 10 juillet, avachi dans mon vomi vers 2 h du mat (n’essayez pas de me réveiller, je serai sans doute un poil grognon).

 

L’humain est complexe, bordel.

 

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2 réponses à “Footez-moi la paix, zut alors.

  1. Pingback: Mes derniers coups de gueule | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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