Spéciale merde de minuit

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J’imagine que je ne suis pas le seul à qui cela arrive. Vous lisez une critique d’un magazine que vous vous êtes approprié depuis des années – vous connaissez leurs travers, vous détectez par avance les coups de cœur à éviter – et vous tombez sur un film qui répond à toutes vos attentes.

Vous attendez quelques jours que les premiers spectateurs soient passés – car vous aimez votre petit confort, ce qui inclut l’absence de bruit de mastication de pop-corn à proximité immédiate – et puis, vous convainquez une victime plus ou moins consentante de vous accompagner. Ce serait, en effet, dommage de profiter d’un tel spectacle seul.

 

 

Et là, c’est le drame

Et puis, une fois devant l’écran, malgré l’absence de perturbation auditive, comme prévu, un malaise grandit en vous tandis que le film avance. Vous n’arrivez pas à rentrer dedans. Vous vous dites que vous auriez dû mieux dormir, vous accusez votre régime alimentaire, vos collègues de bureau, la dureté du siège. Vous vous faites un peu violence, vous concentrez toute votre énergie sur le film, vous vous forcez à sourire de temps en temps, à vous extasier quand il le faut et à ressentir le suspens quand cela devient nécessaire. Mais rien n’y fait. Vous voyez les ficelles, certaines répliques vous laissent perplexe. Puis la perplexité laisse peu de temps après place à la consternation. Et vous vous dites : What the fuck ? C’est pour ça que j’ai payé 4 euros (oui, c’était la fête du cinéma) ?

 

 

Une quasi-unanimité critique

Le film s’appelle « Midnight special » et le moins que l’on puisse dire, c’est que les critiques ont apprécié. Même « Le masque et la plume », dans une tentative mémorable de spoiler l’intégralité de l’œuvre, qui est pourtant un public souvent difficile en a fait l’éloge le dimanche de la sortie. J’ai lu ou entendu des comparaisons avec Spielberg dans je ne sais plus quel quotidien, j’ai ouï dire sur telle ou telle radio qu’il s’agissait d’une œuvre majeure de Science-Fiction, etc.

Or, soyons clairs, si le film est beau – jolie photo, jolis acteurs, jolis effets spéciaux, etc. –, il est totalement vide.

La supercherie est découverte au bout d’une heure – la qualité de mise en scène fait tout de même illusion jusque là – où le cinéaste, se rendant sans doute compte qu’il n’a rien à dire, en fait des caisses (comme pour tout bon blockbuster). Le pitch tient en une ligne (et encore, faut écrire gros) : un enfant extraterrestre (ou venant d’un monde parallèle, mais peu importe) veut rentrer dans son monde et le film consiste à l’amener du point A au point B. Voilà, c’est tout. Etait-il besoin de tout le talent du cinéaste (il en a, c’est sûr) pour raconter ça ? Etait-il besoin de tartiner plus de 2 heures de rebondissements sans queue ni tête, juste pour un road-trip insipide ?

L’intégralité du fond est totalement débile et aucune question n’a de réponse (le cinéaste maîtrise à moitié seulement l’art de l’ellipse) : pourquoi l’enfant est-il tombé là ? Pourquoi la « secte » qui l’a recueilli continue d’égrener les coordonnées spatiales données par l’enfant lors de leurs « messes » ? Pourquoi les USA cryptent-ils via leurs satellites ces données et comment les avaient-ils récupérées en premier lieu ? Quel est l’âge du capitaine Scott ? Pourquoi l’eau de mer est-elle salée ?

Aucune des questions évidentes que le spectateur dépité se pose tout le long du film n’est abordée. Comme si le sens devait obligatoirement s’effacer devant la beauté du spectacle – défaut chronique des films de S-F modernes.

Un autre défaut récurrent que l’on voit dans ces films est l’absence de crédibilité, voire même de cohérence, de certaines scènes. Comme si le fait de traiter un objet fantastique autorisait à tordre la logique au-delà du raisonnable. Malheureusement, que l’on soit dans un film des sœurs Wachowski ou dans un film des frères Dardenne, si quelqu’un se met à poursuivre un homme sans rien dans les mains et qu’à la séquence d’après il a un sac en bandoulière, c’est qu’on a loupé une marche (voire qu’on a dévalé l’escalier entier sur le cul).

 

Evidemment, je pourrais aussi parler de la perte de repères d’un certain nombre de critiques qui devraient sans doute retourner potasser leurs gammes devant un vieux Ridley Scott… ou même un plus récent Spielberg, comme « La guerre des mondes », mais ce serait perdre son temps, car je crois que la seule chose qui les intéressent c’est de s’écouter parler (ou de se lire), je ne vois pas d’autres explications.

 

Bref, fuyez ce film, c’est, d’après moi, la bouse du mois.

 

Rendez-nous Ridley Scott  !!! (celui des années 80)

 

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Une réponse à “Spéciale merde de minuit

  1. Pingback: Quelques chroniques cinoche | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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