Saint-Valentin mes couilles

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Ce titre d’une finesse rare semble indiquer que je ne suis pas un grand partisan de la déclaration d’amour occasionnelle et onéreuse et que j’y préfère une passion étrennée quotidiennement, dans un éternel recommencement de ce brasero qui m’a dévoré à l’improviste et sur les braises duquel je m’applique à souffler consciencieusement, jour après jour, comme un aventurier de Koh Lanta qui n’aurait pas dégusté un repas chaud depuis un mois.

C’est pas faux (pour le côté occasionnel).

Parce que franchement, le coup du « c’est l’occaz’ de fêter notre amour (en même temps que tous les autres couples de connards dont on sait pertinemment qu’ils s’aiment autant que le croque et les mitaines) », c’est bon, on  nous l’a déjà fait avec le Père Noël (« oh, un moule en silicone, t’aurais pas dû ») et la primaire socialiste (« allez viens voter avec moi, c’est l’occaz’ de dire qu’on déteste Manuel Valls »).

Or, ça fait bien longtemps qu’on ne croit plus ni au clown rouge ni au socialisme.

 

Evidemment, pour l’amour, c’est plus compliqué.

On ne peut pas prétendre ne plus croire à l’amour au XXIe siècle sous prétexte qu’il y a la guerre en Afghanistan ou que Enrique Iglesias est doté d’un micro pénis, ce serait comme de dire qu’on ne croit plus au ciel bleu simplement parce qu’on a déménagé à Lille. Mais c’est quand même compliqué (comme dirait Facebook). Certains se sont essayé à prouver l’existence de l’amour par l’absurde, genre « L’amour existe, j’en veux pour preuve que, soudain, il n’existe plus » (ambiance : violons en sourdine), d’autres par l’expérimentation (ou l’échantillonnage, on appelle ça comme on veut), mais on s’éloigne du sujet.

 

Car le sujet, c’est : Saint-Valentin mes couilles. Enfin, juste la Saint-Valentin (mes couilles vont bien merci).

 

 

Une fête pipeau

Inutile d’aller chercher une origine antique à cette fête puisqu’elle trouve sa source au XIVe siècle en Grande-Bretagne d’après Wikipedia. La légende veut que les oiseaux s’appariaient le 14 février et l’on a donc transformé ce jour en fête des amoureux (so romantic, ça donne tout de suite envie de s’apparier soi-même à quelqu’un d’autre quand tu vois Titi et Titi se faire des petits bécots).

Cependant, et à l’instar d’Halloween, ce n’est qu’à une époque récente sous la pression des marchands de fleurs et de préservatifs en forme de citrouille, que cet événement s’est généralisé dans les foyers occidentaux jamais insensibles aux conneries marketing des mous du bulbe de la consommation effrénée.

Ce qui était donc une petite fête innocente où l’on s’échangeait de petits billets doux sur lesquels était écrit (au choix) « J’aime les reflets que la lumière bla bla bla » ou « Quand je vois ton cul, je sens la sève qui monte » est devenu un mastodonte commercial où le moindre restau vous coûtera un max (sans parler de la bague).

 

Donc, si comme moi et France Gall, tu penses qu’il est temps de résister, voici les bonnes raisons pour lesquelles il est inutile, voire contre-productif, de fêter la Saint-Valentin.

 

 

La règle du jeu (ou pourquoi tu ne fêteras pas la St-Valentin)

 

  • Tu le sais que tu es contre toute forme d’assistanat (et qu’est-ce donc que la Saint-Bidule, si ce n’est une fête pour les fainéants du gland ?), d’ailleurs tu n’as pas voté socialiste depuis au moins 6 mois.
  • Tu n’as plus de slip propre à te mettre (or, s’il est acceptable d’avoir une trace de pneu un jour lambda, tu ne peux PAS te le permettre le jour des amoureux qui fleurent agréablement le déo bon marché (oui, même si t’as copine est fan de sports mécaniques))
  • Tu refuses que l’on exploite ton côté romantique (si besoin, regarder la définition de « romantique » dans le Larousse illustré)
  • Tu ne saurais pas qui inviter entre ta femme et ta maîtresse
  • Tu as fait tes comptes et c’est soit le dernier Grand Theft Auto, soit le dîner aux chandelles (et inutile de préciser que t’aimes bien les jeux cons)
  • Tu refuses la dictature du Grand capital qui te dit « quand » et « où » consommer (d’ailleurs, tu as un pin’s de Frédéric Lordon (tu noteras que ce n’est pas très compatible avec le fait de voter UMP mais tu n’es pas à une contradiction près espèce de petit paradoxe sur pattes))
  • T’es plutôt branché pétage de fion à l’arrière d’une Fiat 50 que petit cadeau avec le nœud autour (tu sais où tu peux te le mettre le nœud ?)
  • Tu as trop peur de manquer de conversation au restau ou de te gourer de prénom s’il faut parler toute une soirée à la même meuf (et là, tu pourras toujours dormir sur la béquille comme on dit chez les bikers)
  • Tu n’aimes pas faire comme les autres (tu es antisystème, antisocial – même que tu perds ton sang-froid – bref, tu es antitout et tu le vis très bien)
  • Tu n’as pas de copine de toute façon (eh dis donc, on aurait peut-être pu commencer par là, non ?)

 

 

Oui, je sais tout cela n’est pas très original (« ouahou, quel courage, le mec s’oppose à la Saint-Valentin ») et on a tous connu, un jour, une femme qui a déclaré « La Saint-Valentin ne passera pas par moi ! ». Ce qui ne les empêche pas que l’amour (ou son représentant) soit passé par elle.

Parce que je sais pas si ça vous a échappé, mais si on croit avoir tout essayé dans ce monde pourri (la bombe nucléaire, le communisme, Sarko, Jean-Marie Messier, les génocides de bébés phoques, Joséphine Ange Gardien, et j’en oublie sûrement), y’a un truc qui manque à notre palmarès : c’est l’amour.

Ben oui, on a jamais prouvé empiriquement que si on se mettait tous à poil dans la rue et qu’on baisait tous les gens qui passent, cela n’inverserait pas la courbe de la connerie ambiante (et du chômage accessoirement (sans parler du saut quantique que ferait l’indice de bonheur humain et la courbe de la natalité qui prendrait un sacré coup de fouet)).

 

Alors, faites comme moi le 14 février : économisez vos sous et allez faire l’amour. Ça coûte pas un rond et vous rendrez au moins deux personnes heureuses. En tout cas, on peut l’espérer.

 

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16 réponses à “Saint-Valentin mes couilles

  1. Fête commerciale ! Mais tout le monde y succombe ! Moi, je suis plus maline, j’évite les restos bondés ce jour là et je me fais inviter au resto une semaine avant (parce que là, la date compte dans notre couple) et une semaine après, histoire d’en profiter ! 😉

  2. T’es bon quand tu es inspiré !
    Mais j’ai fait comme t’as dit et ça m’a pas coûté un rond (et je n’en ai pas gagné non plus, j’le dis avant que tu ne poses la question), juste quelques courbatures en fin de soirée .

  3. Pingback: Mes derniers coups de gueule | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  4. Bonne année mon cul, disait Desproges, dans une chronique de 86. cherchai-je une référence là où y en avait pas?
    J’imagine que ça participe d’une sorte d’altruisme de s’insurger contre la connerie d’autrui quand elle ne nous lèse pas directement.
    Pourtant c’est drôle la connerie de loin. La saint valentin, ça ce petit côté théâtral qui s’évapore dans les relents urbains. Comme la neige à noël et la sueur à châtelet. Sauf qu’on est pas obligé de participer (c’est écrit dans la constitution je crois).

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