Adapte un spectacle merdeux.com

hurlement

C’était un samedi soir à Lille. Sous la pression d’un couple d’amis en visite polaire, j’ai craqué – c’est un fait, je suis faible – et accepté d’aller faire la queue pour voir un spectacle « populaire » (comprenez : inconnu de Telerama et des Inrocks).

La dernière fois que j’avais été confronté à ce type de choc culturel, c’était après avoir accepté de visionner en DVD « Bienvenue chez les Ch’tis ». Il m’avait fallu quelques années et une psychothérapie pour m’en remettre. L’épisode de ce week-end m’interpelle quant à ma capacité réelle de rémission. Il faut croire que je devais encore être en convalescence.

 

Tout avait pourtant bien commencé, nous avions mangé des plats typiques (comprenez : de plus de 1000 calories – la graisse qui protège du froid, ça s’entretient), j’avais bu et, tout en faisant la queue dehors, nous riions de voir les gens essayer de se garer sur un espace non prévu à cet effet en tentant diverses acrobaties automobiles (du type : enjamber un trottoir de la taille de l’ego de Sarkozy (pas simple de se garer au centre de Lille apparemment)). Quelques abandons et bas de caisse défoncés plus tard, il était temps d’entrer dans cette salle de 200 places pour voir un spectacle dont j’avais refusé de lire la moindre critique au préalable (immersion oblige) : Adopte un Jules.com.

 

 

La sensation de s’être trompé d’univers

Il ne m’a même pas fallu attendre les premières secondes du spectacle pour comprendre que je n’étais pas au bon endroit. Avant que le noir ne se fasse, le metteur en scène s’est positionné entre le public et la scène afin de demander classiquement aux gens d’éteindre leur portable et aussi dans l’idée de « chauffer » la salle. Euh… comment ça « chauffer » ? C’est en entendant les deux filles devant moi (qui me bouchaient la moitié de la vue avec leurs bouclettes et l’autre moitié avec leur gesticulation) s’esclaffer que j’ai intuité qu’il m’aurait fallu boire en quantité plus importante avant de venir. Beaucoup plus. Le simple mot « chauffer » les avait mises dans tous leurs états. Elles étaient à la limite de l’incandescence.

Et là… le « spectacle » a commencé.

Pour faire simple – de toute manière, le mot compliqué ne serait pas adapté –, il s’agit d’une sorte de 3-women show qui « décortique » le monde moderne ou un truc du genre (difficile à dire, j’ai tenu 15 minutes de blagues pipi-caca pas drôles et je me suis barré).

Le problème est que c’est vulgaire (pourquoi pas, moi-même j’affectionne beaucoup le mot « chatte ») mais sans aucun fond, très mal joué (j’ai rarement vu des actrices aussi nullissimes, c’est même à la limite de l’exploit), il n’y a absolument aucune mise en scène (les actrices se contentent de parler – ou plutôt hurler), et surtout c’est totalement misogyne et truffé de clichés / blagues entendues mille fois dans les cours de récré ou autres supports Carambar.

Apparemment pour le metteur en scène qui a essayé de se mettre dans la tête des femmes modernes à la recherche du mâle idéal, il n’y a que trois voies possibles : être une catho coincée du derche et qui surjoue, une pouf restée bloquée au premier degré des sketches de la connasse de Canal+ ou une espèce de beauf plus proche de l’animatrice du rayon saucisson de chez Cora que d’une comique.

Ajoutez à cela des dialogues qui feraient passer « Camping Paradis » pour du Audiard et vous aurez le cocktail parfait pour une soirée pathétique.

 

 

Est-ce moi le problème ?

Jusque-là, vous me direz, c’est pas bien grave, je ne suis pas le public visé, je me casse et on en reste là.

Oui, c’est une option.

A part que je me suis tout de même interrogé sur les gens qui allaient voir ça et c’est là qu’une chose m’a frappé.

Le spectacle était clairement misogyne (« les femmes sont soit bêtes, soit des putes » était le message à peine subliminal qui a été rabâché pendant les 15 minutes que j’ai supportées) et pourtant la majorité des spectateurs étaient des spectatrices hurlantes, à la limite de l’hystérie au moindre gros mot prononcé. Le niveau des blagues était au ras des pâquerettes.

 

Morceau choisi :

– J’suis quand même bac+4, dit la pouf.

– 4 fois la première année de droit, c’est pas bac+4, répond la coincée.

– Faut dire qu’elle aime le barreau, achève la beauf.

(Rires dans la salle)

 

Ainsi donc comment évoquer cette bouse sans parler du public auquel elle s’adresse (de même que l’on ne peut parler de MacDonald’s sans évoquer le problème du diabète de type II) ?

Les femmes ne venaient pas voir un spectacle comique, elles venaient se défouler dans une sorte de Rocky Horror Picture Show ou les grains de riz étaient remplacés par des soutien-gorge et les scènes de « terreur » par des clins d’œil appuyés toutes les 5 secondes – histoire de bien faire comprendre qu’on sait qu’on fait du Bigard (alors qu’on est… une femme ! Quelle évolution…).

 

Au final, la honte l’a emporté, j’ai regardé mes amis qui étaient dans le même état de consternation que moi et nous nous sommes levés sans un bruit pour nous enfuir loin de ce cirque (pour ceux que ça passionne, nous avons fini chez moi devant un DVD (« Tootsie », une valeur sûre) et chaque réplique m’a procuré la plus délicieuse des sensations).

 

Et dire qu’il a fallu en passer par le vote des femmes, la légalisation de l’avortement et j’en passe pour aboutir à ce « machin », sorte d’enterrement de vie de jeune fille à Las Vegas, Elvis et les Chippendales en moins (ou alors, ils sont arrivés à la fin du spectacle).

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que cette expérience me permet de faire mon petit snobinard de merde avec cet article subtilement condescendant.

 

Je remercie donc chaleureusement le créateur d’Adopte un Jules.com.

La femme est désormais l’égale de l’homme grâce à ce spectacle misérable qui réussit l’exploit de féminiser la misogynie beauf tout en me donnant la vague impression d’être d’un niveau culturel supérieur. Un spectacle 2 en 1 en quelque sorte.

 

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8 réponses à “Adapte un spectacle merdeux.com

  1. Hé oui, l’égalité ne se trouve pas toujours au niveau le plus haut des qualités humaines…Beaufs et bells, même niveau d’ascenseur! Quelquefois, j’ai aussi l’impression que je fais ma snobinarde. Mais zut, l’exigence de qualité vient avec la pratique. Si tu ne lis jamais, ne fréquentes ni les cinés, ni les expos, ni les théâtres, tu seras plus facilement éblouis par une pauvre occasion. Sauf que ce que peut ingurgiter le bon peuple est quelquefois proche de l’arsenic…

    • Oui, ce qui est étonnant (en parlant de pratique et donc de rendre les spectacles accessibles à tous), c’est que ce spectacle est au même prix que d’autres spectacles, beaucoup plus… euh… relevés. Bref, on m’y reprendra plus 🙂

      • C’est vrai que la question du prix est d’importance. A Londres, les musées sont gratuits. Il pleut et tu peux toujours aller voir une expo avec toute ta famille sans te ruiner.

  2. Bien sûr, j’ai fait ma petite enquête, les critiques du public sont enthousiastes ! Cela t’étonne ???Oui, la femme est l’égale de l’homme: capable d’être aussi beauf et vulgaire que certains mecs !! Je suppose que c’est une victoire….La vulgarité pour tous ! Nous avions déjà parlé de cela, il y a une paye sur un autre de tes billets !!! Il me semble que l’équité vaut mieux que l’égalité… Mais ça…Je suis allée voir il y a peu » les monologues du vagin »… 3 nanas qui parlent de trucs de femme…Cela date de 96…Pas sûre que nous ayons avancé dans le bon sens depuis…

  3. Bien, vu que je n’aime les étiquettes que sur les pots de confiture ou dans ma biblio Babelio, je rejette les étiquettes « bête » ou « pute » en ce qui me concerne. Je n’ai rien contre les blagues sur pipi-caca et celles à deux balles, mais comme disait un ami « mes bornes ont des limites » et donc, un peu ça va, trop, bonjour les dégâts ! « Trop is te veel », comme in disait en Belgique lors de la rage taxatoire (pas de vaccins disponibles).

    On peut faire rire avec des clichés tout en volant un peu plus haut que la pièce que tu nous as décrite. Bon, là-dessus, je vais me faire un camping paradis avec les dialogues d’Audiard parce, les cons, ça ose tout, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait !

    • la citation « mes bornes ont des limites » serait-elle une reformulation de Pierre Desproges : « Quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites » ?
      (j’adore en tout cas)

      • Connaissant celui qui disait ça, je dirais « non » car il ne devait même pas connaître Desproges, il était tout jeune, la gamin qui nous avait sorti cette expression.

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