Facebook ou la parabole du lampadaire

lampadaire

Il y a de cela quelques semaines, un photographe allemand (Au lit Waldauer ! ah non, Olli Waldauer plutôt) a posté une photo sur Facebook pour dénoncer la politique de censure sur le réseau social. On le voyait assis sur un fauteuil avec une pancarte où il était écrit « N’achetez pas chez les métèques », une femme seins nus se tenant derrière lui, debout (je m’en souviens très bien car dès qu’un article arbore une paire de seins, je l’ouvre sans trop réfléchir, par instinct – un jour quelqu’un sera sans doute en mesure de m’expliquer ce que les hommes ont avec les nichons, aujourd’hui, je suis en l’ignorance, je subis, c’est tout).

Sa photo n’a tenu que deux heures avant d’être censurée, alors que lorsqu’il a posté la même photo sans la femme poitrine à l’air, il n’a pas été censuré par Facebook.

En gros, il reprochait à Facebook sa politique de censure qui consiste à laisser peinards les propos racistes, tandis que les paires de seins sont tout de suite censurées (les pauvres…).

 

C’est un peu la même chose dans la vraie vie finalement. On va assez vite – me semble-t-il – interpeller une femme se baladant à poils (ne serait-ce que parce qu’on va la prendre pour une Femen), tandis que, jusqu’à preuve du contraire, les piliers de bar, Eric Zemmour et Manuel Valls continuent à sévir sans être inquiétés.

 

C’est un phénomène malheureusement bien connu, que l’on appelle « la parabole du lampadaire ».

 

 

What the fuck ?

Qu’est-ce qu’un lampadaire vient faire dans l’histoire me direz-vous ? Je ne parle bien évidemment pas de celui qui est confortablement ancré dans l’arrière-train de notre premier ministre, mais d’un lampadaire tout à fait quelconque, du genre de ceux qui diffusent une  lumière légèrement orangée sur les Quais de Seine et d’ailleurs.

L’histoire est la suivante.

C’est un homme – ni grand, ni petit – à la recherche de ses clefs. On le découvre, courbé, tâtonnant à la lueur d’un réverbère.

Un autre quidam arrive. N’ayant rien de mieux à faire, il s’enquiert de ce qui cause ainsi la courbure du premier.

  • Que vous arrive-t-il ? demande ainsi le second.
  • J’ai perdu mes clefs, rétorque le courbé qui ne s’appelait pas Julien.
  • Ah, en voilà une histoire.

 

Le passant se penche alors lui aussi et commence à regarder dans le petit cercle éclairé.

  • Vous les avez perdues où, ces clefs ? demande le serviable.
  • Là-bas, répond l’homme en désignant la sombritude.
  • Mais pourquoi cherchez-vous ici alors ? interpelle l’autre.
  • Ben parce qu’ici, il y a de la lumière.

 

 

Une fable moderne

On a tous connu ça dans notre vie perso ou même notre vie pro. Plutôt que de ne rien faire pour résoudre un problème complexe, on préfère s’attaquer à un problème simple qui n’a souvent que peu d’impact sur le problème d’origine (ça ressemble à votre vie dit comme ça, non ?).

Ainsi, chercher à la lumière nous donnera matière à action et l’on aura l’impression de ne pas être dans l’inaction – comble du loser.

Il est donc aisé pour Facebook de demander à quelqu’un de dénoncer la nudité ou même de la détecter plus ou moins automatiquement (un cerveau masculin le fait très bien, c’est que ça doit pas être compliqué), il est plus difficile de juger de propos racistes. Une autre hypothèse un peu plus audacieuse serait que, sur un territoire donné, il y a beaucoup plus de racistes que d’étrangers, mieux vaut donc préférer se fâcher avec la minorité… Mais ce serait faire preuve de mauvais esprit (en plus d’être du délit de plagiat de Coluche).

 

Vous me direz que, comme disaient les Shadoks, « Quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème ». Et je vous répondrai que c’est une façon de voir les choses.

 

Bref, tout ça pour dire qu’il faut continuer à faire des articles avec des photos de nichons. Cela ne sert à rien, mais au moins c’est agréable à l’œil.

 

La vie est faite de petites transcendances quotidiennes, n’est-ce pas ?

Je vous laisse, j’ai paumé mes clefs.

 

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17 réponses à “Facebook ou la parabole du lampadaire

  1. J’adopte ta parabole du lampadaire, elle m’a bien fait gamberger sur moi-même entre autre…Je note les Shadoks, excellent !!! Voilà matière à réfléchir….Bon, par contre pour les nichons, j’ai pas de théorie, j’suis une fille….Une nostalgie des seins de maman sans doute !!! Œdipe tout ça, tu vois …Peut- être reprendrai-je ta théorie dans un petit dessin, mais je t’en informerai et te citerai bien sûr ! Il faut toujours partager les bonnes idées, elles se font rares ! Bises

  2. Sur mon mur, FB a censuré « l’origine du monde » de Courbet! Mais je connais un blog très coquin qui poste d’anciennes photos en illustration (libres de droit) et qui n’est jamais censuré. Malgré des propos très très crus. La violence est la vraie pornographie et le racisme en est une.

    • Tout est dit. Cela me désole de voir notamment ce que les trolls font des articles des plus grands quotidiens en ligne en postant nombre de commentaires insultants, débiles et souvent racistes. C’est affligeant.

  3. Pour aller plus loin virtualisons la métaphore…Pensez vous sincèrement trouver vos clefs sur facebook ?

    Quand au mainstream, entre les glissements sémantiques orwéliens et la diffusion de rumeurs…les commentaires de bots et autres demeurés, je crois qu’il faut fuir les lieux anxiogènes voir toxiques.

  4. Pingback: Société | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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