Profession charlatan

agentimmo

Certains clichés ont la vie dure, confrontés qu’ils sont de manière plus que sporadique à l’expérience quotidienne. Ainsi, longtemps, j’ai été persuadé que la profession qui regroupait le plus d’incompétents et de peigne-cul était journaliste. C’était avant de vouloir devenir propriétaire et d’être obligé d’entrer en contact avec cette formidable confrérie que constituent les agents immobiliers.

 

A l’époque où j’ai dû vendre ma maison, devant l’inefficacité et le je-m’en-foutisme absolu de l’agent qui gérait mon dossier, je m’étais promis de ne plus jamais faire appel à ces escrocs qui prennent jusqu’à 6% du prix du bien sans rien faire d’autre que gérer un agenda et avoir l’haleine fraîche. Je me disais – bêtement – que la plupart des gens avaient fait le même constat et que donc, je trouverais toujours mon bonheur sur les sites de ventes & locations entre particuliers (dégoûtés qu’ils étaient de la gestion catastrophique et hors de prix des agents Colgate en cravate).

Las, récemment muté à Lille et à la recherche d’une location, je me suis rendu compte que l’offre de location était aussi foisonnante dans les agences qu’indigente sur les sites entre particuliers. Il faut croire que les gens aiment bien se faire entuber (ou alors qu’ils espèrent tous tomber sur Stéphane Plaza).

 

 

Le premier contact

Au début, je me suis dit bêtement : avec l’avènement du ouaibe, finie la dissymétrie de l’information, à moi le savoir ! Et donc, je me suis rendu logiquement sur seloger.com en me disant que l’intégralité des annonces des agences lilloises devait s’y trouver. Quel gain de temps ! (me disais-je toujours).

Première déception, les quatre premiers coups de fil m’ont révélé que ce site était loin d’être fiable, toutes les annonces ayant déjà été pourvues depuis belle lurette. Il allait me falloir affronter l’agent en direct.

Je savais alors que le combat allait être rude, puisqu’il allait tout d’abord me falloir affronter mes préjugés à l’encontre de l’agent à cravate.

J’appelais plusieurs agences du centre-ville en estimant qu’alléchées par le néophyte, elles allaient tenter de me fourguer des apparts de merde dont elles n’arrivaient pas à se débarrasser. Le premier contact fut rude. Malgré la douce voix de l’opératrice, elle ne pouvait rien faire pour moi, elle n’opérait qu’en premier filtre afin de vérifier que j’avais les revenus suffisants pour louer un bien. Une fois établi que j’avais le droit de ne point dormir dans la rue – 10 minutes de perdues tout de même –, elle prit mes coordonnées en me promettant de futurs coups de fil plein de promesses. Cette agence ne m’a jamais rappelé (quand je dis « jamais », c’est vraiment « jamais »). C’est à cet instant que j’ai compris que ce n’était pas contre mes préjugés que j’allais devoir me battre.

 

 

La patience sera ton arme

Dans tout combat, il est nécessaire de connaître son adversaire et de partir équipé. Je n’ai pas trouvé de meilleure arme à ce jour contre cette armée des ombres que constitue la confrérie des agents en cravate que la patience. Une indéfectible patience, un calme à toute épreuve, un sang-froid qui impressionnerait un candidat au djihad.

C’est bien simple : si on m’avait donné un euro à chaque fois que je suis tombé sur le répondeur d’un agent immobilier, je pourrais aujourd’hui doubler la surface de mon appartement. Alors, oui, nous pourrions imaginer que c’est parce que ces gens bossent qu’ils ne décrochent pas leur téléphone, parce qu’ils sont déjà en rendez-vous avec des clients plus chanceux ou plus persévérants, mais alors pourquoi ne rappellent-ils jamais ?

Ont-ils développé une forme d’allergie au client ? Au travail ? Au mètre-carré habitable ?

Mystère et boule de gomme.

 

 

Différents types d’incompétence

En une semaine de recherche effrénée, je pense pouvoir dresser une sorte de cartographie de l’agent immobilier lillois. A noter que je n’en ai pas croisé un seul de simplement acceptable, tout juste en ai-je croisé un ou deux sympathiques et apparemment totalement conscients de leur nullité (ce qui ajoutait à leur capital sympathie soyons clairs).

 

  • Celui qui ne rappelle jamais

Je ne peux pas dire que je l’ai croisé – puisqu’il ne m’a jamais rappelé – mais j’ai eu de manière occasionnelle ses collègues au téléphone. Verbatim : « Comment ? Il ne vous a pas rappelé, ça ne lui ressemble pas » ; « Semaine dernière, il était en congés, c’est pourquoi il ne vous a pas rappelé » (ç’aurait été sympa de me le dire semaine dernière, grosse conne, ça m’aurait évité de rappeler tous les jours) ; « Appelez-le plutôt vers 19h sur le téléphone fixe, il est souvent là » (vous voulez dire : au moment où l’agence est fermée ?) ; etc.

 

  • Celui qui ne vient pas au rendez-vous

J’aime bien celui-là aussi. Il vous donne rendez-vous à l’ouverture de l’agence à 9h du matin. Vous vous levez (comme un con, soyons honnêtes) et quand vous arrivez à l’agence, tout le monde vous ignore. Quand finalement, vous interpellez quelqu’un pour dire que vous avez rendez-vous avec Mlle X pour une visite, la personne à qui vous parlez vous répond que « ça lui semble bizarre » (sous-entendu : à cette heure-là, elle n’est jamais levée ?). Vous attendez 20 minutes, personne ne vient, tout le monde s’en fout, vous partez et le plus drôle c’est que la personne ne rappelle jamais pour s’excuser… ou, soyons fous, pour reprendre un rendez-vous !

 

  • Celui qui ne vous appelle que pour annuler des rendez-vous ou vous dire que les biens sont loués.

Une des agences a annulé tous les rendez-vous (locataire injoignable – il est agent immobilier ? – ou encore dégât des eaux, j’ai eu le droit à un bon panel d’excuses moisies) ou ne m’a appelé que pour signifier que le bien était loué (comme quoi, certains y arrivent).

 

  • Celui qui découvre l’appartement qu’il fait visiter.

Je l’aime bien celui-là. C’est un peu le Pierre Richard de l’immobilier. Il monte au premier, ah non finalement c’est au deuxième – « je le fais rarement visiter celui-là » (euh… il est inoccupé depuis combien d’années au juste ?) –, puis il découvre que l’appartement est meublé ou encore il s’interroge s’il y a une cave (« vous voulez qu’on descende voir ? » me dit-il croyant faire preuve de zèle…). Heureusement, j’avais imprimé la fiche de l’agence et j’ai donc pu lui expliquer que l’appartement était meublé (« des fois, ils laissent des assiettes quand le bien est meublé » m’apprend-il… non, tu crois ?!), la date à laquelle il était libre, et le coût des charges. De rien.

 

  • Celui qui ne sait rien sur rien.

C’est l’évolution extrême de la catégorie sus-citée comme on dit chez les Pokemon. C’est même étonnant qu’il connaisse l’adresse du bien. Il ne connaît pas Lille, ne sait pas dire la surface de l’appartement, se demande si le chauffage est au gaz ou si une centrale nucléaire individuelle ne se cacherait pas dans ce placard, là… ah non, tiens c’est une chambre. Bref, il ne sait rien, ça l’emmerde, il se demande ce qu’il fait là et toi aussi.

 

  • Le pipoteur.

Lui il est très fort. Pour lui, les cuisines sont toujours équipées et tout est compris dans les charges qui se montent miraculeusement à 10 euros par mois. Bon, il est vrai qu’un parking est à louer en sus à 100 euros mensuels, mais ça il le glisse subrepticement à la fin, l’air de rien. De toute manière, vu le prix canon qu’il fait, franchement ça change pas grand-chose. Hein ? De toute manière, il a dix clients qui attendent derrière pour ce bien donc si on se décide pas maintenant, c’est mort.

 

 

Une caractéristique qui est partagée par l’intégralité des représentants de ces catégories est l’incompétence. Dès que tu poses une question un peu technique ou précise sur un appartement, voire sur le droit immobilier, c’est le silence gêné qui s’installe. A croire qu’aucune formation n’est nécessaire pour venir réclamer des frais d’agence ou poser son cul derrière un écran 21 pouces (ça en fait des pouces à se tourner, hein les gars ?).

 

En tout cas, le bilan est sans appel : sur les 11 visites programmées sur 3 jours, je n’ai pu réaliser que 4 visites, toutes les autres ayant été annulées pour une raison ou une autre (voire parce qu’on m’a tout bonnement posé un lapin). Heureusement, dans les 4 visites, un appartement correspondait à ce que je cherchais et l’agent immobilier était totalement éberlué quand je l’ai rappelé pour lui dire que je prenais l’appartement (il s’est confondu en remerciements comme si je venais de lui octroyer une augmentation de 20%).

 

Donc, pour conclure et parce que c’est leur faire trop d’honneur que de parler de ces abrutis cinq lignes de plus, voilà mon message aux personnes à la recherche d’un emploi et qui sont mobiles : franchement, venez faire agent immobilier sur Lille Métropole, vous relèverez assurément le niveau.

 

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17 réponses à “Profession charlatan

  1. Bon, disons que j’ai eu de la chance alors d’etre tombée sur des agents immobiliers à l’ecoute (normal me diras-tu, on leur laisse une belle commission), et qui etaient ponctuels et aimables.
    Et ils ont même fait attention à ne pas faire sortir Janis lors des visites pour ma vente.
    Je suis passée aussi par internet pour mon achat et à chaque fois on m’a contacté.
    Voilà mon billet pour te redonner un peu d’espoir.

  2. Débarque à l’agence déguisé en mafiosi, avec des portes flingues et hurle que tu veux qu’on s’occupe de toi… ça marchera peut-être. Déguisé en rupin, aussi, celui qui cherche un logement pour sa bonne…

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  4. Pingback: Mes derniers coups de gueule | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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