Et la culture (bordel) ?

culture

Allez tiens, comme j’ai un manque d’inspiration cette semaine (je ne fais qu’expirer lentement, ce qui peut être très dangereux), je me propose de vous faire un petit panorama de trucs que j’ai lus ou vus qui m’ont paru intéressants. J’aurais pu aussi vous parler de rien (seul domaine où j’ai de vagues connaissances comme dirait Oscar), mais je peux pas parler de rien TOUTES les semaines, y’a un moment où même mon vide doit se reposer – et se remplir de nouveau rien.

Vous me direz « on s’en fout de ce que tu lis mon coco », et je vous répondrais « comme je vous comprends ».

 

 

Je suis un dragon

Alors, en fait, je suis pas un dragon (même s’il m’arrive de cracher du feu quand je mange indien), c’est juste le titre du dernier bouquin de Martin Page. J’aime bien Martin Page, il fait partie de ces rares auteurs où dès que je commence un bouquin de lui, je ne sais pas trop à quoi m’attendre cependant que je suis assailli par un a priori positif. Un peu l’inverse de ce qui me traverse l’esprit lorsque je prends un bouquin de Christine Angot donc.

C’est ici l’histoire d’une petite fille dotée de super pouvoirs (niveau indestructible) et qui, après l’avoir longtemps caché, décide de servir l’humanité – vaste programme. Cela emprunte à la fois aux codes des livres de super héros, mais aussi – et c’est là l’originalité – aux codes des livres sur l’adolescence. C’est raconté avec un niveau d’empathie élevé et le livre est agrémenté d’un certain nombre de petites Martineries (les lecteurs habitués à son œuvre comprendront) qui font toujours plaisir à lire et nous donnent l’impression d’être en terrain connu mais pas complètement. En tout cas, j’en ai bien apprécié la lecture et ceux qui aiment la « science-fiction » légère et subtile – humainement parlant –, voire un poil décalée, ne pourront pas être déçus (à la vache, comment je m’avance, je me fais honte (à noter qu’aucun remboursement de ma part si déception il y a ne pourra être prévu, je viens de payer les impôts, je suis à poils)).

 

 

L’appareil photo de Jean-Philippe Toussaint

Vous aurez déjà remarqué – je pense – que je ne suis pas forcément l’actualité littéraire. C’est d’ailleurs particulièrement vrai en septembre où la rentrée littéraire et le brouhaha qui l’entoure rendent quasiment impossible toute évaluation à peu près objective d’un livre par les libraires. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, je refuse de participer à ce cirque et je n’achète aucun livre de la rentrée littéraire (tant pis pour moi, je m’en remettrai). Ainsi donc, j’ai lu ce livre de Jean-Philippe que l’on m’a offert il y a quelques temps déjà. Je n’avais jamais rien lu de cet auteur et ma surprise a été grande. C’est du nouveau roman (édité aux éditions de minuit) et l’auteur prévient dès le début qu’il n’y aura pas d’histoire (au moins c’est clair). Cependant, c’est raconté avec une telle nonchalance, une telle drôlerie, un tel style (employons les grands mots) que j’ai dévoré ce livre en quelques heures seulement, d’une traite. Un vrai plaisir (une vraie découverte même comme disent les chroniqueurs). Si vous aimez les histoires sur rien (genre le « Seinfeld » de la littérature) mais raconté avec grâce, foncez. J’avoue qu’en le lisant, j’ai pensé à du Jaenada, dans son art d’utiliser la digression un peu partout, même quand on s’y attend le moins (bon, la différence c’est que Jaenada fait quand même semblant de foutre une histoire dans son bouquin, le petit malin).

 

 

Prime-Time de Jay Martel

Un livre sur la fin du monde (et pas écrit par Paco Rabanne), ça change un peu de ce que je lis d’habitude. C’est l’histoire d’un pauvre gars (loser sympathique comme on dit) qui s’auto-missionne pour sauver la Terre (Bruce Willis était déjà pris) parce que les extra-terrestres qui ont fait une émission télé de notre vie ont décidé que c’était plus très passionnant et donc qu’il fallait nous détruire – ils auraient pu se contenter de Nadine Morano, mais non ils ont décidé de foutre tout le monde dans le même panier. Le pitch est donc plutôt original, c’est blindé de scènes assez hilarantes où le pauvre héros en prend vraiment plein la gueule, l’auteur y développe une vraie causticité tout en y glissant, mine de rien, une dénonciation féroce de la dérive consumériste du monde. On est donc dans une sorte de Truman Show à la sauce extra-terreste, en beaucoup plus drôle et avec un récit très rythmé (le livre est long mais on ne s’ennuie jamais). Bref, si vous voulez vous poiler, c’est le compagnon idéal.

 

 

L’homme-Dé

Il y a des livres comme ça. On sait par avance qu’ils vont nous plaire, parce qu’ils nous « correspondent », mais on arrive pas à s’y mettre. On les regarde du coin de l’œil, comme on redoute un adversaire et pourtant quelque chose nous pousse à aller dévorer quelques pages, mine de rien, pour le plaisir, de temps en temps. Mais le lire en entier, pendant quelques mois, on ose pas trop faut être honnête. C’est comme si l’épreuve qu’on allait s’infliger nécessitait un minimum de courage, du temps devant soi. C’est le cas de « L’homme dé » de Luke Rhinehart (pseudo utilisé par George Powers Cockcroft pour faire croire qu’il s’agit de la propre expérience de l’auteur, psychiatre). Mon frère me l’a offert à Noël (j’avoue ne plus me souvenir de l’année, ça fait vraiment longtemps qu’on se défie de l’œil, ce livre et moi).

Livre de 1971 (quand je vous disais que je suis pas l’actualité littéraire), c’est ce qu’on appelle un livre subversif où le narrateur raconte comment il a créé une nouvelle religion, basée sur des choix de vie faits au hasard, sur la base de dés (si je fais « 6 », je vais faire l’amour à la voisine du dessous), et comment cette nouvelle pratique le libère (tout en massacrant sa vie sociale, son mariage, etc. – qui sont autant d’aliénations si l’on considère les choses sous un certain angle).

Interdit à sa sortie dans 50 pays – car jugé trop subversif – ce livre a connu un succès fulgurant sur les campus américains au début des années 70, car il correspondait tout à fait à l’esprit de l’époque – libération sexuelle, critique du capitalisme, etc. – mais il faut reconnaître que ce livre est bien plus que cela. C’est déjà un objet littéraire fascinant (les premières pages sont un modèle du genre, on ne peut pas se décrocher de cet univers qui a l’air de nous tendre les bras). C’est ensuite une sorte de manuel pour changer sa vision des choses, le narrateur-psychiatre s’amusant à détourner tous les modèles sociaux pour faire, non pas bouger, mais exploser les lignes. C’est totalement jouissif à lire et on a qu’une envie après ça : aller acheter des dés (bon assez vite, on se retient en se disant que se taper la voisine du dessous n’est pas le meilleur cadeau à faire à sa copine, et c’est là qu’on se rend compte qu’on est pas encore prêt). Anecdote amusante sur ce livre du hasard : j’ai dû le racheter car je l’avais oublié dans le TGV. J’imagine désormais qu’il est entré en possession d’un autre passager, choisi au hasard comme il se doit, et que ce nouveau converti a vu sa vie changer dès lors qu’il a décidé de vivre une dé-vie.

 

 

Allez, on finit par deux films récents qui m’ont marqué, chacun à leur façon : Mustang et Much loved. Ils abordent tous les deux le thème de la condition féminine, un en Turquie et l’autre au Maroc.

Mustang (qui défendra les couleurs de la France aux Oscars) racontent comment cinq jeunes filles – orphelines – sont enfermées par leur oncle qui jugent qu’elles ont eu un comportement indécent en sortant des cours. Elles étaient, en effet, montées sur les épaules de garçon pour se battre dans l’eau de mer (mon Dieu, on imagine même pas ce qu’il se serait passé si elles avaient été choppées en pleine partouze). L’atmosphère patriarcale est étouffante, surtout quand l’oncle se met en tête de les marier les unes après les autres, de la plus vieille à la plus jeune (l’actrice qui joue la plus jeune est d’ailleurs formidable). C’est un film coup de poing comme on dit, révoltant, dont on ne sort pas vraiment indemnes, le destin tragique de ces filles nous hantant longtemps.

Much loved raconte, de son côté, la prostitution au Maroc, du point de vue des prostituées. C’est une plongée dans « l’underground » de Marrakech, avec ses arrangements et ses petites hypocrisies. Ainsi, les femmes qui se prostituent et permettent de faire vivre leur famille, sont jugées – voire reniées –, exploitées, dans ce film sous tension. On y rêve toujours d’un « ailleurs » hypothétique (une des prostituées veut rejoindre son père en Espagne, là où « personne ne nous dit ce qu’on doit faire »).

Le point commun de ces deux films est leur force descriptive et la dénonciation par l’immersion d’un système patriarcal oppressant, moyenâgeux, inutile, hypocrite, dans lequel il n’y a pas un homme pour en racheter un autre, tous se satisfaisant pleinement d’une société où l’on oppresse les femmes, où on les exploite pour notre bon plaisir (scènes horribles des saoudiens blindés de thune qui demandent aux prostituées de se rouler dans des billets où de se mettre à 4 pattes et de miauler) et où on les empêche d’être des femmes, tout simplement.

 

 

Bon, voilà pour l’article finalement pas si fainéant de la semaine.

 

A la semaine prochaine alors. D’ici là : faites du sport, buvez du vin et prenez soin de votre corps (il paraît qu’on en a qu’un).

 

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4 réponses à “Et la culture (bordel) ?

  1. A part Toussaint dont j’ai apprécié 3 livres, je ne connais aucun de tes auteurs, mais j’aimerais vraiment savoir ce qu’est une martinerie! Et Mustang est un film formidable.

  2. Ravie que tu aies aimé Jean-Philippe Toussaint. Les autres titres sont tout aussi intéressants. Une belle écriture!

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