A quoi sert un SP ?

service_presse_7_0

Oui, bon, forcément déjà cher lecteur, tu te demandes peut-être ce qu’est un SP – car je sais que vous êtes nombreux à venir vous instruire sur mon blog bande d’ignorants.

Ce sont les initiales de Service Presse (attention, ça parle technique aujourd’hui). En gros, ce sont les livres gratuits que tu envoies aux journalistes trop fainéants pour traîner leur miche à la librairie du coin – ou sous le coup de restrictions budgétaires féroces qui les empêchent de se procurer les livres de leur choix.

 

Quand j’ai commencé modestement dans le monde de l’édition, j’étais hyper naïf et j’étais persuadé que quand tu envoyais un livre gratuit à quelqu’un, il se disait « chouette, c’est sympa, je vais découvrir un nouvel auteur, tiens ! ».

 

J’aurais dû me rappeler que :

  • En général, à l’instar de la consultation chez le psy qui ne fonctionne que parce que t’as claqué 100 balles, tous les bouquins que tu filais à tes potes finissent par caller une table
  • Je suis pas le seul sur le marché

 

65 000 livres sortent par an et environ 500 ont les honneurs de la presse dite mainstream (rien à voir avec sodastream – d’ailleurs elle fait rarement des bulles).

C’est-à-dire moins de 1% et même les grosses maisons d’édition n’ont pas nécessairement de couverture presse pour l’intégralité de leur catalogue (ça commencerait à prendre beaucoup de pages dans les magazines). Il est même assez fréquent que la presse parle des mêmes bouquins (combien de fois me suis-je énervé de ne lire que des chroniques… sur des bouquins que je connaissais déjà dans les rubriques spécialisées de grands quotidiens – spécialisées en quoi, on se demande…).

 

 

Mais pourquoi ?

Oui, c’est vrai ça : pourquoi ?

Je vais encore me faire des copains mais je crois que la plupart des journalistes « littéraires » sont des stars qui ne s’intéressent à toi que si d’autres plus connus l’ont fait avant ou alors si as quelque chose à leur offrir.

Il est assez fréquent qu’une maison d’édition envoie plusieurs dizaines de Service Presse, voire plusieurs centaines pour les plus grosses (faites le calcul : entre l’impression du livre et les frais de port, ça commence à douiller !), pour un résultat souvent assez médiocre – pour ne pas dire pathétique.

Je ne compte pas ceux qui sont envoyés aux prix littéraires (fréquemment un par jury, si le jury a 20 bonhommes, vous voyez un peu le topo), le temps passé à relancer les journalistes (« vous pouvez me le renvoyer ? J’ai déménagé et je sais plus où je l’ai foutu » (ceci est tiré d’une histoire vraie)), l’énergie dépensée pour avoir quelqu’un en ligne. Tout ça pour, au final et si on ne s’est pas découragé avant : la bulle. Que dalle et même pas d’explication, même pas de « votre livre ne nous a pas plu ».

On pourrait se dire que ce n’est pas grave, que l’on n’a plus qu’à arrêter d’en envoyer. Oui mais voilà, on sait bien que sans couverture presse (même minime), il est très difficile de vendre des livres à des librairies. On se retrouve à poils question argument promotionnel.

 

 

Parlons-en des libraires

Ouais, allez, je continue dans la destruction de ma e-réputation. Petit, je rêvais d’être libraire. Non mais sans déconner : être entouré de bouquins, avoir le temps de lire, voir défiler des clients passionnés par la même chose que moi, je trouvais ça fabuleux.

Bon ben, j’ai grandi, j’ai commencé à m’intéresser aux filles et je me suis dit que libraire, c’était moyen sexy sur l’échelle de la baise (oui, c’est con mais j’ai déclaré forfait assez jeune dans le combat qui m’opposait à mes préjugés).

Maintenant quand je rentre dans certaines librairies, je me demande ce qui a poussé ces gens à faire ce métier. Ils se contentent de déballer les « office », mettre les bouquins en rayon en poussant en avant les Musso, Pancol et compagnie. Je me souviens il y a quelques mois, je venais de pénétrer dans une librairie (dès que j’en croise, en général je rentre, c’est ainsi) et je ne savais pas quoi acheter. Je vais voir le libraire et je lui demande conseil. Il a essayé de me vendre le dernier Marc Lévy…

Le métier de libraire devrait être un métier de passionné. Tous les libraires que je côtoie et qui ont une vraie politique éditoriale dans leur magasin ne m’ont pas l’air d’être malheureux et ils en vivent (je vais pas vous faire le couplet sur le modèle économique des librairies, mais bon quand même, sachant qu’ils payent les éditeurs à plusieurs mois et qu’ils peuvent retourner la plupart des bouquins, je vois pas trop comment ils peuvent avoir des problèmes de trésorerie s’ils sont bien situés…).

Alors quand il m’arrive de démarcher les libraires aujourd’hui et que j’en entends certains me demander des SP… comment dire ? J’ai juste envie de leur dire « eh les gars, c’est pas votre boulot d’acheter des bouquins ? ».

 

 

Le numérique

Alors oui, vous allez me dire : et le SP numérique ? Purée, je l’attendais celle-là. Cher lecteur, je vous en prie : faites le test. Envoyez un SP numérique (un seul), et dès le lendemain vous vous retrouverez sur tous les sites de téléchargement d’epub en Russie. Je sais pas qui est responsable de ça et je m’en fous, mais moi les SP numériques, j’ai arrêté le massacre (sans compter que 100% des mecs te recontactent 10 jours après pour dire « ça marche pas », gnagnagna putain si tu sais pas faire fonctionner un ePub => N’EN DEMANDE PAS !).

 

 

 

En conclusion, la vie d’éditeur de taille modeste et indépendant, c’est une école de l’adaptation pour survivre. Il faut donc viser de plus petits journaux, des blogs de passionnés, la PQR, les journalistes qui se la pètent pas (si vous en connaissez, j’suis preneur). Mais même comme ça, si vous dépassez le ratio de 1 article pour 10 SP envoyés, c’est que vous êtes déjà presque dans la cour des grands.

Ben ouais, c’est pas terrible.

Ah la la, les journalistes, j’te jure.

 

Publicités

25 réponses à “A quoi sert un SP ?

  1. Bonjour,

    Je vais malgré tout prendre la défense des blogs.
    Je suis moi même créatrice d’un blogs de chroniques littéraires et, que ce soit moi ou une des autres chroniqueuses du blog, nous honorons toujours les SPs que l’on nous confie.
    Je sais que ce n’est peut être pas le cas de tous, mais sur le mien, un SP est chaque fois honoré et la chronique partagée sur Facebook et Twitter.

  2. Je vais defendre les vrais libraires, ceux qui nous font decouvrir leur coup de coeur (et pas les Musso!), qui prennent sur leur temps de vacances pour bien nous conseiller. Et oui, ca existe. J’en connais.
    Et qui pestent contre les maisons d’editions qui n’envoyent aucun livre en SP sauf à la FNAC.
    Soutenons, soutenez les libraires passionnés.

    • Je soutiens les libraires passionnés (et même s’ils demandent gentiment, il m’arrive de leur filer des SP, je l’ai encore fait la semaine dernière), mais bon, je suis mitigé sur la pratique des SP vis-à-vis des libraires, que ce soit à la Fnac ou ailleurs… 🙂

  3. Et encore… même pour se retrouver sur un site de piratage russe, il faut être connu un minimum de nos jours.
    J’ai envoyé une dizaine de sp numériques, obtenu autant de chroniques sur les blogs de passionnés dont vous parlez (ce qui me réjouit ! 🙂 ), mais je n’apparaîs nul part en russie.

    Du coup, j’ai le sentiment d’avoir raté ma campagne marketing ^^

  4. J’adore cet article!
    Mais il paraît que les journalistes littéraires ne seraient plus prescripteurs?
    Pour avoir des articles sur vous (et non sur votre roman, du coup)
    il faut être un people.
    On m’a conseillé aussi de faire plutôt dans le phénomène de société.
    Depuis, j’y pense, mais je n’ai rien trouvé 😀
    Je ne désespère ps d’avoir une idée…
    Et je rêve déjà aux articles qui pleuvront!
    Bon courage Auteur actuellement sans encore de succès, mais ça ne saurait tarder…

  5. Pingback: Le retroplanning de sortie d’un livre (partie 3) | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  6. Pingback: Le monde de l’édition | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  7. Je vais prendre ma propre défense, celle d’un petite blagueuse non blogueuse, qui reçoit des SP, pas les monstres dont toute la presse parle mais des auteurs souvent méconnus avec lesquels je découvre de belles lectures. A tel point que lorsque j’achète un roman dont tout le monde parle je m’ennuie…souvent. j’essaie de faire connaître ce que j’aime dans la littérature : la découverte, la beauté des mots. Je lis même des romans auto-édités que me proposent les auteurs, car je trouve courageux de se lancer dans l’écriture.

    • Ce n’est souvent même pas la faute de l’attaché(e) de presse, c’est simplement que les publications rechignent à parler des petits nouveaux (ou des petites nouvelles).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s