Courage et autres exaltations

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Ce matin, gare du Nord, j’étais pas rassuré. Y’avait des flics partout à l’entrée du TGV, mais pas un seul militaire américain. De quoi flipper.

Grosse interrogation depuis quelques jours : comment des citoyens lambda réagissent-ils à une situation d’urgence ? Difficile de répondre avant d’y être confronté – un peu comme on ne sait pas à quel point l’eau de mer Bretonne est froide avant d’y avoir trempé ses couilles.

Un climat comme ça, ça vous encourage même les journalistes à délaisser les marronniers de l’été (le chassé-croisé des vacanciers, le coût de la rentrée scolaire, le nombre de romans qui sortiront en septembre, etc.), et à se passionner pour 3 superhéros du quotidien qui ont déjoué à eux seuls un « attentat terroriste ».

Ben oui, je précise pour ceux qui reviennent de leur grotte estivale : la France s’est trouvée de nouvelles personnalités à glorifier, aussitôt décorées, aussitôt reçues en grandes pompes – mais sans talonnettes – à l’Elysée.

C’est plutôt rassurant d’ailleurs de voir que l’on célèbre le courage plutôt que d’écouter les habituels bla, bla des peoples d’occasion – à peine capable de tirer un signal d’alarme en l’espèce – ou les politiques en mal de popularité.

Mouais.

 

 

L’Amérique, ses MacDo, ses bibles et ses gros bourrins

Il est vrai qu’ils sont beaux ces 3 héros venus d’ailleurs, capables de maîtriser un homme armé d’une Kalachnikov (mais ne sachant apparemment pas trop s’en servir), d’un pistolet et d’un cutter. Assez d’armes pour découper une moquette ou trucider 500 passagers. A noter que le mec avait quand même 9 chargeurs dans son sac et pas un seul catalogue Ikea (le cutter, c’était donc peut-être pas pour la moquette) alors qu’il dit avoir voulu simplement rançonner les passagers (dixit son avocate qui est pas trop branchée secret professionnel et toutes ces conneries sans intérêt). J’imagine que les balles, c’était pour les quelques récalcitrants.

Pour une fois qu’on ne parle pas de l’Amérique pour se plaindre de son interventionnisme – mais plutôt l’inverse – ou de sa malbouffe, c’est plutôt rafraîchissant. Faut dire qu’avec les USA, terre de contrastes comme on dit, on sait jamais trop sur quel pied danser. En « avance » sur certains points (un président noir quand même), en retard sur d’autres (ce ne sont pas les derniers condamnés à mort qui diront le contraire), gendarme du monde pour ses propres intérêts mais capable de rassembler un peuple autour de valeurs qu’on aurait du mal à dénigrer, l’Amérique fait encore rêver, même si son rêve s’effrite année après année.

Et donc, voilà deux miliaires qui décident de stopper à mains nues un homme armé d’un fusil d’assaut (le troisième larron étant un britannique qui est venu leur prêter main forte). Soient ils étaient bourrés (« oh regarde, le monsieur avec le fusil en plastique ! »), soient ils regardaient Rambo (« c’est pas ma guerre »), soient ils se réveillaient d’un rêve où ils étaient des hommes volants en slip rouge, mais bon, en tout cas, on peut les remercier (si ce n’est que l’on risque d’avoir un remake de « Remo, sans arme et dangereux » et ça, c’est pas glop).

On parlera pas de deux autres français mêlés à l’histoire mais qui avaient été voir leur maîtresse en Hollande et donc préfèrent garder l’anonymat.

 

 

 

Une France en manque de repères

Etonnant en tout cas de voir l’unanime opinion publique derrière ces trois héros, n’écoutant même plus les quelques dégénérés voyant des théories du complot partout (« on recharge pas une Kalash dans les toilettes, ça sent trop le caca ») ou même les quelques tentatives pathétiques de récupération de cet événement assez peu banal par les politiques, tellement fascinée qu’elle se dévoile à travers le prisme de ce courage (extra)ordinaire.

Pas banal de voir l’américain que l’on déteste en général devenir sympathique dès lors qu’il met ses muscles à notre disposition – il faudra essayer de s’en souvenir.

On notera cependant, cynique que l’on est, quelques points de divergence avec l’opinion réconciliée (c’est bien simple, on se dirait le 8 janvier).

Tout d’abord, on notera que la loi sur le renseignement n’a servi à rien du tout – comme on le pressentait – puisque le problème est avant tout un problème de moyens. D’ailleurs, cet individu était déjà fiché par plusieurs pays Européens, dont la France. On voit le résultat, le mec peut trouver par hasard un sac rempli d’armes (mais oui bien sûr) et de munitions, se balader en Turquie, revenir en Espagne, aller en France, etc. tout ça au nez et à la barbe de nos chers services de renseignements qui se contentent de compter les miles pour Air France (vu ses différents parcours, le mec, il est platine).

Concernant le suspect, on nous le décrit comme sale, limite en haillons, mal nourri et faible – mais nécessitant tout de même une ½ douzaine de personnes dont deux militaires pour être maîtrisé –, ne sachant pas manier les armes, anciennement condamné pour trafic de Haschich (un musulman très pratiquant apparemment…) et qui a voyagé dans plusieurs pays européens, voire se serait rendu en Syrie – ce qui fait beaucoup de voyages pour un solitaire sans ressources (bis repetita). Bref, on sait rien de rien, et tout cela est assez étonnant mais cela n’empêche pas les BFMTV et autres abrutis de nous abreuver de ‘profil type’, de ‘djihadisme’, de ‘loup solitaire’ et autres grossièretés, d’interroger l’avocate commise d’office en lui demandant s’il vous plaît de violer le secret entre elle et son client. Bref, tout le bordel habituel, ajouté au fait qu’on a rien à se mettre sous la dent à la fin août et que les journalistes un peu plus aguerris sont encore en train de se dorer la pilule.

Et enfin, le tableau ne serait pas complet sans les sempiternels appels du pied aux électeurs du FN. Encore un ou deux comme ça et on trouvera tout à fait normal de contrôler tous les barbus à l’entrée des TGV et de réfléchir à des portiques dans tous les lieux publics (à quand un détecteur de métaux dans les chiottes ? – histoire de coincer Goldmember…).

 

Alors voilà, moi je suggère à tous les gens qui fabriquent l’opinion, de prendre un pas de recul. De respirer (par le nez, par la bouche, par le slip). Et puis d’attendre. De laisser les flics et les magistrats faire leur boulot. D’arrêter de croire qu’on peut contrôler tout le monde partout. D’arrêter de nous dire qu’un massacre a été évité (sans doute, mais bon, entre nous, on en sait rien, hein ?). D’arrêter donc de compter les non-morts. Et surtout d’arrêter de parler de terrorisme, mon Dieu comme c’est horrible. Alors, que tous les mois, des milliers de citoyens de Syrie, d’Irak, de tout le moyen-Orient et d’ailleurs, se cassent de leur pays où leur vie est menacée, payent des fortunes des brigands, traversent la Méditerranée dans des conditions hallucinantes, tout ça pour trouver porte close dans les Etats qui ont, eux-mêmes, en partie, contribué à générer cette situation qui les poussent à s’exiler. Cherchez l’erreur.

Entre vous et moi, je vais vous faire une confidence : je pense que cette situation-là est plus à même de déstabiliser un Etat, voire tous les Etats, voire l’Europe entière, qu’un malade mental, même équipé d’une Kalachnikov.

Le traitement que l’on fait des réfugiés – terme plus approprié que « migrants » me semble-t-il – est la preuve même de notre inaction objective et surtout de notre couardise (i.e. le contraire du courage que l’on glorifie aujourd’hui partout). Car oui, parfois, ces français qui glorifient le courage (que l’on ne peut nier) de ces deux américains sont les mêmes qui disent aux réfugiés de rentrer chez eux, voire qui suggèrent de couler les embarcations qui les transportent. C’est cela : fabriquons de nouveaux terroristes, en voilà une bonne idée.

Seul problème : le monde est comme les embarcations de fortune de ces malheureux. Il n’est pas étanche. Nos actions et nos inactions ont des répercussions. C’est ce que l’on appelle la globalisation. On n’exporte pas que les marchandises, on exporte aussi les conflits et la pollution à tous les niveaux.

 

Il est donc temps de réagir et d’aider ces peuples en souffrance d’une manière ou d’une autre, sous peine d’être bientôt submergé, qu’on le veuille ou non.

 

Voilà, j’ai fini.

 

 

Pour conclure, parce qu’il faut bien.

Eh oui. C’est le mois d’août. Je reviens des Pouilles où j’ai rien branlé et où surtout j’étais loin de toutes ces conneries sans queue ni tête, mais où tout le monde crie haut et fort sa vérité. Puisse-t-elle devenir celle des autres.

Ben voyons. C’est que ça ferait beaucoup de monde à convertir quand même.

 

Le seul qui a tout compris là-dedans, c’est Jean-Hugues Anglade. Il a rien foutu, il est même pas capable de tirer un signal d’alarme, mais tout le monde veut l’interviewer. Putain, 10 ans qu’on avait pas entendu parler de lui.

 

Rien que pour ça, le pseudo-terroriste aussi mérite une médaille.

 

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13 réponses à “Courage et autres exaltations

  1. Bon alors là mon ami (je dis « ami » mais t’es pas obligé de m’offrir l’apéro à chaque fois), entre ce papier-ci et le papier là-bas (celui des bronzées de juillet), je jubile en lisant ces belles bourdieuseries : coups de pieds dans les régions familiales de cette presse inepte, à ses commentaires insipides, aux cerveaux vacants, aux rédacteurs en chef aux abonnés absents, à la pensée délétère (ça s’appelle « pensée » ?). Bref, tout ce que tu (ah ! merde, on se tutoie ? Bon, d’accord.)… tout ce que tu dis si bien. Je vais pas en refaire une tartine. Mais non.
    Merci.
    Bol d’air.
    Ça fait du bien.

  2. Pingback: Société | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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