Le travail de Direction d’ouvrage

livre

On croit souvent à tort que le travail de l’éditeur consiste simplement en une relecture rapide à visée de corrections grammaticale et orthographique.

Eh ben, laissez-moi vous dire que c’est n’importe quoi. Certains ne le font même pas.

Pour les vrais éditeurs (ceux qui payent les droits d’auteurs et sont pauvres), c’est pas vrai non plus. Enfin disons que ce n’est qu’une faible portion de leur travail.

 

C’est que ça prend du temps d’être pauvre. Ne serait-ce que faire la queue à la soupe populaire, ça prend facile 1 heures dans ta journée (et après, la soupe est froide, merci bien – eh ouais, gros con, c’est pour ça qu’on appelle ça un gaspacho et pas un gaspafroi, blaireau).

 

Donc, bref, l’éditeur confie généralement une tâche d’édition (ça alors) du manuscrit brut à des personnes, appelés Directeurs d’Ouvrage, dont le rôle est de finaliser le livre en reprenant les parties faiblardes avec l’auteur, en réagençant le livre éventuellement (et pas seulement en mettant la couv’ devant et la 4ème derrière), en détectant les incohérences, bref en prenant du recul sur un texte qui en a manqué, puisque du fait du seul auteur à cet instant précis où l’éditeur en prend connaissance.

 

Petit exemple

Oui, comme le lecteur égaré est souvent mou du bulbe (surtout quand il fait 25 degrés dehors et grand soleil), je me dis qu’un petit exemple ne mange pas de pain, en plus de pas faire de mal.

Imaginons que je reçoive :

« Z’y vas, ma daronne a clamsé sa race, j’ai pas trop les idées claro là-dessus, mais la vie de ma reum (ouais, ouais, celle qu’est dead) que ça devait pas être loin du bled. Qu’est-ce que j’en sais oim ? »

 

Evidemment,  on se demande comment un texte d’une telle brutalité médiocre peut intéresser quelqu’un. C’est que l’œil d’expert de l’éditeur y a vu une pépite qui aura échappé à Gallimerde et Grassouillet (qui ne font principalement plus que de la publication de leurs propres auteurs, on peut plus appeler ça des éditeurs au sens découvreurs de talent, bordel). Car, oui, l’éditeur y va à l’instinct. Et il sent que derrière toute cette indigence stylistique se dissimule une évidence qu’il aura à cœur de révéler.

 

Tout d’abord, le Directeur d’ouvrage, instamment appelé à la rescousse de l’éditeur surchargé (ou en train de faire la queue à la soupe populaire), devra revenir à la substantifique moelle de ce texte (la mère de l’auteur est tout de même morte, ce qui n’est pas rien et n’arrive pas tous les jours de surcroît).

Il va donc se concentrer sur cet événement, dans un premier temps, et expurger le texte des répétitions et autres mises en scène inutiles.

« Ma daronne a clamsé sa race », dit-il par exemple. C’est un bon début, une fois qu’on aura remis ça en bon français (sans majuscule, pas de discrimination).

 

Ensuite, il va falloir construire une homogénéité lexicale. Ici, la grammaire approximative côtoie le verlan mal digéré, puis une phrase plus classique du genre « ça devait pas être loin ». Il va donc assouplir le style et voir avec l’auteur ce qu’il voulait vraiment dire (s’il n’a pas faire une overdose d’ici là) et replacer tout cela dans un contexte, sur une échelle de temps compréhensible pour le lecteur (le lecteur est complètement con, tout éditeur sait cela). En général, il prendra le plus petit dénominateur commun de son champ lexical en miettes et partir sur cette base qui vole pas haut. Remplacer « Daronne » par mère ne semble pas une mauvaise idée en l’espèce.

 

Parfois, l’auteur n’a pas non plus les idées claires sur le style qu’il veut utiliser et donc le Directeur d’ouvrage va proposer un certain nombre d’ajustements (« utilisons plutôt le présent » ; « revenons à un langage brut et sans fioritures ni néologismes » ; etc.).

Malgré tout, il est important de noter que tout ceci n’est que suggestion et que l’auteur reste maître de son texte (aussi médiocre soit-il).

 

Une fois, ce travail terminé, le texte sera beaucoup plus clair et sa force tranquille éclatera aux yeux du lecteur ébahi.

 

« Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ».

 

C’est quand même mieux, non ?

 

Bref, éditeur c’est pas de la tarte.

 

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Une réponse à “Le travail de Direction d’ouvrage

  1. Pingback: Le monde de l’édition | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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