Vous reprendrez bien un peu de misère avec votre saumon ?

augustins

Tiens, ça faisait un bail que j’avais pas fait une chronique de bouquin ici, et puis comme l’actualité est assez molle ces jours-ci (un seul crash d’avion depuis 15 jours et c’était même pas un attentat ; une bonne fessée électorale pour la gauche – je croyais que c’était interdit par l’Europe, j’ai raté un épisode ?), je me suis dit : allons-y !

Oui, souvent je me parle à l’impératif et à la 1ère personne du pluriel, c’est qu’on est pas tout seul là-haut.

 

Le livre du jour s’appelle « Les Augustins » et il est l’œuvre d’une jeune demoiselle que j’ai eu la chance de croiser en salon – la chance fut réciproque on va dire (aheum). J’aurais pu dire que c’était aux Pieux mais vu ma maîtrise de l’orthographe, certains se seraient demandé ce que je faisais en telle posture avec une inconnue, drapé d’un voile de mystère de surcroît.

Alors, en fait, c’était même pas aux Pieux, c’était à Les Pieux (le salon) et ensuite, je me drape avec ce que je veux. Et sinon, non, je sais pas pourquoi on dit « à Les Pieux », mais je demanderai au prochain mort-vivant que je croiserai, promis juré (et pas craché parce que c’est sale – ajouté au fait que j’ai une haleine de phoque ce matin).

 

De qui qu’on parle

Mélisa (qui n’a pas les seins tout pointus (*), c’est l’autre, celle qui a deux « s ») est lauréate du Prix Nouveau Talent 2014 avec son 1er roman « Les Augustins ». Pour ceux qui souhaitent se lancer dans l’écriture (pas trop fort, le mur est proche), je signale que c’est un concours organisé par la fondation Bouygues Telecom et que le vainqueur est édité chez JC Lattès, ce qui claque pas mal sur l’échelle de la considération germanopratine.

 

De quoi que ça parle

C’est un livre sur sujet qui pourrait en rebuter certains (mais faut pas) : le squat. Non, non, pas le jeu vidéo, je parle du lieu de vie que des gens sans domicile occupent sans qu’on les y invite.

C’est donc l’histoire de la folle immersion de Malika, jeune journaliste à l’histoire personnelle compliquée – sinon, c’est moins drôle – qui se retrouve à faire un reportage sur la vie d’un squat, tout en investiguant sur son passé. On sent que l’auteure s’est documentée, car le récit est détaillé et le tout extrêmement crédible (on est donc à l’exact opposé d’un film de Luc Besson).

 

Comment que ça parle

C’est très tendre envers les personnages, ce qui fait du bien – surtout pour eux –, et d’une profonde humanité (non, cher lecteur, n’essaye pas de visualiser… sauf si tu as gardé tes lunettes pour l’éclipse). Le style est direct et sans fioritures, mais l’intrigue parfaitement menée ce qui fait que l’on suit de concert la vie du squat, la voix des différents personnages et la vie familiale du personnage principal qui sert de fil rouge (je parle de la vie, pas du personnage, parce que quand même, elle est pas en laine la pauvre).

Petite originalité du livre, c’est un roman multi-voix où chaque personnage joue, à son tour, le rôle de narrateur. Peut-être Mélisa ne sait-elle pas conjuguer au-delà de la 1ère personne du singulier, en tout cas c’est plutôt efficace et « frais » comme disent les jeunes (ils disent aussi « gros » ou « swagg de poule » mais faut avouer que là, c’est pas adapté).

 

Pourquoi que tu parles

Le squat et la pauvreté en général sont des sujets assez peu abordés dans la littérature (en tout cas, celle que je lis) et ailleurs que dans le Monde Diplomatique. Non pas qu’elle soit tabou, disons que ce ne sont pas des sujets super sexy – on est ici plus près de « 50 nuances de précarité » que d’ « After ». A croire que les gens préfèrent ne pas savoir que des gens sont pauvres, ce qui fait – entre nous – tout de même 8 millions de français à ignorer, parce que bon, ça se cache pas sous le sabot d’un cheval dis-donc (même quand il vient de Troie).

Or, la force du livre de Mélisa est d’aborder le sujet sous son angle humain et de nous rendre chacun de ses personnages « appréhendables ». Chaque squatteur pourrait être quelqu’un que l’on connaît – voire nous-mêmes après quelques baffes de la vie dans la tronche – ce qui fait de son livre plus qu’un roman, ça en fait une œuvre sociale utile (voilà que je me mets à parler comme un conseiller culturel, même si lui aurait dit « indispensable »).

J’avoue m’être plongé dans cette lecture avec plaisir et n’avoir jamais éprouvé de lassitude jusqu’à la dernière page (à part quand j’avais bu la veille, ce qui fait un paquet de jours tout de même, mais je m’égare).

 

Bref, si vous voulez changer un peu de vos lectures habituelles, je ne saurais que trop vous conseiller d’aller voir du côté de chez cette jeune demoiselle, fort sympathique au demeurant – ce qui ne gâche rien.

[Musique de Julien Clerc]

[Fondu noir]

 

—–

 

(*) en tout cas, on a pas pu vérifier.

 

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8 réponses à “Vous reprendrez bien un peu de misère avec votre saumon ?

  1. Aaaah, Mélissa, métisse d’Ibiza…

    En effet, le squat et la vie dans la rue, ça fait mauvais genre, pas glamour du tout et ça choque les gens d’en découvrir, dormant dans les stations de métros. Quant au squat, ça fait chier les proprios à qui ça arrive.

    Je note le titre, on ne sait jamais que je devrais me pencher sur les 50 nuances de précarité (mdr pour le titre).

  2. Ah ba tiens, si j’avais su j’aurais peut être acheté son livre au lieu du votre à ce fameux salon! (Oui je me rabâche encore pour la dédicace mais bon je vous en veux!) en tout cas, je pensais déjà a me l’acheter mais la chronique m’a convaincu! 🙂

  3. Pingback: Société | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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