Merci pour ce moment un peu raide

team

Parfois dans la vie, on se fixe des challenges. Comme ça. Par goût du risque, de la remise en question, ou pour se prouver qu’à 40 ans (eh ouais, déjà, j’ai pas vu le temps passer bordel), on peut encore courir, rouler, pagayer pendant 100 kms en altitude, tout ça en bouffant de la merde et en absorbant des gels aux couleurs exotiques. Ça fait pas de mal de prendre de la hauteur parfois (si en plus ça oxygène les globules rouges alors c’est tout bénef’).
Suis donc parti 4 jours avec 5 collègues (trois femmes et deux hommes pour respecter la parité parfaite d’une équipe mixte et être sûr de se faire masser les cuisses) faire le con sur les pistes boueuses d’Avoriaz (célèbre jadis pour son festival du film fantastique). Je dis « boueuses » car on a été accueilli par des trombes d’eau et le soleil qui a brillé tout le week-end n’est pas venu à bout des dernières poches d’humidité.

A noter que cette année, nous étions les seuls représentants de notre belle entreprise française (réduction des coûts), toutes les autres équipes étant internationales ou alors d’autres entreprises de notre très grand groupe. Comme disaient Les Nuls : les temps sont durs, les bites sont molles, les femmes se plaignent. Ou un truc du genre.

Bref, on représentait la BU (Business Unit, jargon interne) du fromage qui pue.

Jours 0 et 1

Toujours très étrange de monter en haut des pistes en dehors de l’hiver. Pas de tartiflettes à l’arrivée, aucun flocon ne vient égayer les lacets, mais des paysages splendides et pas mal de cloques aux pieds.

Après une bouffe d’accueil où une fille de l’organisation n’a rien trouvé de mieux à faire que de se manger une porte trop bien lavée dans la truffe (cassée, la truffe), on est parti se reposer un poil, car c’est le genre d’évènement où ne dort pas des masses.

Accueilli par un froid glacial, c’était parti pour quelques contrôles techniques nécessaires (pour vérifier qu’on a pas grugé notre certificat médical, qu’on a bien une boussole dont l’aiguille tourne, que nos slips sont bien autoreverse). Après, on nous a donné un dossard avec des chiffres dessus (nous, c’est 94, à 1 près on représentait la banlieue défavorisée), un vélo avec deux roues, un casque plus solide que celui de Schumi, puis on nous a pris en photo pour envoyer à notre belle-mère, bref c’était la fête. Cette année, on avait décidé de venir tôt en grugeant notre ordre de passage – on représentait la France tout de même – et on a bien eu raison. A 10h, on était déjà dans le canapé en train de mater la télé pendant que nos éclaireurs allaient acheter du PQ. La belle vie.

 

En parlant de canapé, tout le monde sait qu’un bon raid passe souvent pas une bonne préparation (c’est sûr), mais aussi par une bonne récupération sur place. Etre bien logé est donc très important. Avoir une chambre chacun, par exemple, est vital lorsque l’on connaît la puissance vibratoire de mes compagnons de galère au repos. C’est pourquoi je tiens à remercier personnellement Pierre & Vacances pour l’épaisseur de leur mur et Quiès pour ses fameuses boules (quand les miennes seront aussi célèbres…).

 

Sinon, et histoire de parler sport, ça a commencé tranquillou le 1er jour d’épreuve avec 15 kms de trail dont 3,5 kms tous en équipe (le prologue). Bon ça c’est pour la légende, parce qu’en fait on s’est bouffé des torrents de boue, on en a chié. On a même bien cru qu’on perdrait une de nos raideuses sous la boue (vue sa taille, elle a sans doute trouvé plus simple d’essayer de passer en-dessous, mauvais choix). Sinon, les filles ont trouvé que Morzine c’était un peu plus pentu que le champ de Mars, elles ont pas trop compris.

Bilan 1ère journée : toujours pas éliminé, on s’est tapé 700 mètres de dénivelé positif, on a bouffé 5 kilos de boue, 15 barres de céréales, 10 pates de fruit et 500 grammes d’amandes.

Estimation de prise de poids : 750 grammes par sportif environ (inéquitablement répartis).

 

 

Jour 2

Le jour 2, tu découvres que le raid est une école du domptage. Tu dois apprendre à dompter ton corps : apprendre à te lever avant 6h (hein les filles ?) et être opé, manger quand t’as pas faim (c’est bon l’œuf à 6h du mat’, non ?), aller aux toilettes quand t’as une fenêtre d’opportunité parce que tu sais que tu ne vas pas recroiser des toilettes exploitables de sitôt. C’est aussi une école de la vie où tu apprends à faire des choses motivantes alors qu’elles semblent pourtant relativement basiques.

Il existe une théorie qui dit, à peu de choses près, la chose suivante. Pour qu’un individu soit motivé, il faut que la tâche qu’il ait à effectuer possède trois caractéristiques. Elle doit être : tangible, sensée et rétribuée (ie. l’individu qui la réalise doit recevoir une forme de feedback de son environnement lorsqu’elle est réalisée). Je peux donc vous affirmer que pousser le vélo d’un coéquipier (qui a eu la bonne idée de le casser), c’est très motivant. C’est effectivement tangible : quand tu pousses le vélo, il avance. C’est sensé : tu vas pas rester là à brouter l’herbe, hein ? Et il y a même une forme de feedback sous formes de tapes sur l’épaule régulière.

 

Bon, et les épreuves me direz-vous ?

Ben 27 km de vélo en côte et en descente pour la première (officiellement, parce que nous, comme on aimait bien le parcours, on est passé plusieurs fois à la 2ème balise, juste pour voir si elle avait pas bougé (elle avait pas bougé)). Après, on a donc cassé un vélo pour rigoler et on s’est amusé à le pousser 5 kilomètres, même si on aurait préféré le jeter dans la rivière.

Ensuite 11 km de courses où les 5 derniers kilomètres n’étaient qu’une immense montée (j’avoue que ça m’a un peu gavé vu qu’on m’avait préalablement remplacé mes cuisses par des bouts de bois). Après, petite séance de marche et du tir à la carabine. Le tir était debout et on a tous compris qu’on avait Parkinson.

Evidemment, c’était pas fini et on a pu remonter sur nos vélos pour 12 km dans la nature. Toujours pas de bobos.

En tout cas, tout ça c’est parfait, ça me permet d’apprendre des nouveaux mots.

 

Ce jour 2, j’ai donc ajouté deux mots au Larousse :

 

  • Orientation :

Epreuve qui consiste à ne pas suivre bêtement les autres équipes.

  • Matériel :

Truc qui n’est pas censé casser.

 

 

Jour 3

En course d’orientation, il existe toujours deux façons d’arriver vite à l’arrivée : être très fort ou oublier des balises. Bon clairement, dans notre cas, il n’y a en fait qu’une seule option. La conséquence fut deux heures de pénalité (le pire temps + 1 heure) et nous voici déclarés avant-dernier. Encore un effort et on se souviendra vraiment de nous…

Question épreuves, un peu de vélo (et surtout beaucoup de poussée de vélo) et de la course à pied, puis une petite épreuve de canoë sur le lac en relais pour finir dans un paysage magnifique. What Else ?

 

A noter que ce type de raid que l’on imagine souvent comme une épreuve inhumaine, à base de sueur et de rythmes cardiaques surélevés, n’est pas nécessairement dénuée d’humour. Ainsi, le matin du 3ème jour, par exemple, lorsque j’ai essayé de me tuer sur une étape de liaison en faisant un soleil dans une descente pour atterrir sur un tas d’herbe astucieusement placé là, j’ai pu noter en me relevant que les gens étaient hilares. L’humour naît souvent de la violence, c’est indéniable (mon vélo va bien, merci pour lui).

 

Bref, après toutes ces épreuves, ces kilos de boue, ces vélos cassés, ces grands moments de solidarité, et quand on est tout en haut de la montagne – à bout de souffle et à court d’eau – on en vient à relativiser. J’ai même l’impression que la vie en France est douce, c’est dire l’était de zenitude où je me trouve.

 

Il y a finalement deux bons moments dans un raid : quand t’arrives (plein d’espoir) et quand tu retrouves ton canapé.

 

Enfin, je préfère quand même mon canapé.

Inutile de dire que c’est pas demain que je vais essayer de me reprouver quelque chose.

 

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8 réponses à “Merci pour ce moment un peu raide

  1. Dur, dur de défendre sa boite !
    Mais je vois grâce à la photo que vous avez l’air ravi, ce qui est le principal non?
    Tu n’as pas parlé du après … après les epreuves. Cela a du etre festif et l’eau (normal pour ta boite) devait couler à flots.

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