Le phubbing ou la destruction de la vie en société

phone-stacking

J’avais over-kiffé ce film d’animation (Wall-E) où des américains ( ?), gras et immobiles dans leur siège en sustentation, vivaient à travers un écran leur servant d’interface avec le monde. Ils passaient leur temps à la piscine mais sans aller dans l’eau, ne faisaient rien de la journée, tout étant pris en charge par des robots, vivaient dans un environnement entièrement artificiel, en attente que la terre puisse redevenir habitable.

L’on y voyait l’évolution probable d’un monde dirigé par le plaisir, sauvé de la décadence par un petit robot amoureux, parfaite vision dystopique de la victoire du virtuel sur le réel.

 

 

What the fuck le phubbing ?

Contraction de “phone” et “snubbing” (acte de snobber), c’est le comportement antisocial par excellence qui consiste à ignorer un être humain qui vous parle – ou interagit avec vous d’une manière ou d’une autre (qui a parlé de sexe ?) – pour vous concentrer sur votre mobile.

Inutile de nier que nous avons tous un jour ou l’autre été acteur ou victime de ce comportement. Que celui qui n’a jamais dit à son enfant en plein exercice de remplissage de couche « attends, je suis sur un truc super important » me jette la 1ère coque d’iPhone 5.

 

 

L’étendue des dégâts

Une étude britannique a montré que 36% des hommes seraient prêts à répondre à leur smartphone pendant l’acte sexuel (ouch pour la compétence des rosbifs femelles au lit). Si on ajoute à cela que 87% des adolescents préfèrent communiquer par SMS qu’en face-à-face d’après une autre statistique (et même si on ne sait pas précisément s’il s’agit de la communication avec leurs parents ou avec leurs homologues), on comprend mieux l’étendue du problème.

 

Il est vrai qu’avec le recul, je ne suis moi-même pas un très bon exemple. D’ailleurs, pas besoin de reculer pour ça, je passe ma vie à me demander si bidule m’a répondu et quelle connerie a foutu machine sur sa page FB. Autant dire que la vie normale est peu passionnante dans sa lenteur permanente, alors discrètos je mate mon portable. Le problème est que je suis pas vraiment multitâche, je suis un peu l’équivalent humain d’un ordinateur sous Windows 98. Un truc à la fois, sinon ça part en cacahuètes. Donc forcément, si on me parle, ben il se passe pas grand-chose. Pas que ça me dérange, ça fait un peu comme une musique d’ascenseur pendant que je consulte mes mails, mais en général l’autre personne est pas aux anges. Plutôt vénère même je dirais à vue de nez.

 

 

Comment savoir ?

Voici quelques astuces pour repérer si vous êtes atteint de phubbisme aigu. Comptez « un » pour chaque point qui vous concerne ci-dessous (génial, j’ai l’impression d’être pigiste pour GQ) et faites une jolie addition après.

 

1 – Vous savez toujours où se trouve votre portable

2 – La 1ère chose que vous faites en vous levant est de regarder si les gens ont liké votre statut FB d’hier soir

3 – Vous ne mettez pas votre téléphone sur vibreur pendant l’acte sexuel

4 – Au restaurant, vous posez votre téléphone à côté de votre assiette, juste à côté des couverts en inox.

5 – Vous avez déjà réussi à décharger votre iPhone en moins d’une journée

6 – Si votre téléphone vibre / sonne / clignote, vous vous demandez instantanément de qui il s’agit (et si c’est juste une indication d’un niveau de charge trop bas, vous êtes déçu)

7 – Lorsqu’un flic vous arrête pour utilisation du mobile au volant, vous lui dites de patienter afin de finir votre conversation.

8 – Vous savez décrypter un SMS d’adolescent (XPDTR)

9 – Le soir en vous couchant, vous mettez votre portable à charger

10 – On vous a déjà reproché d’être trop scotché à votre portable

 

Si vous avez plus de 5 points, vous êtes déjà mal barré, mais au-dessus de 8 points, je subodore que votre femme s’est barré avec les gosses et que vous avez plus de 1 000 amis Facebook.

 

 

Comment faire ?

Se désintoxiquer de son smartphone, c’est un peu comme respecter un régime Weight Watchers, il ne faut rien laisser au hasard. On peut pas improviser comme ça, il faut un plan.

Un plan dont le maître mot est : résistance. La prise de conscience qu’on est un sacré nomophobe (WTF ?) est un bon point de départ.

On notera que des mouvements de résistance s’opèrent un peu partout (il est rassurant de voir que nous ne sommes pas les seuls malades à être « aware » de cette pathologie sociale). Il est assez fascinant d’ailleurs de voir que ce mouvement prend une certaine ampleur, voire même recueille un écho médiatique inattendu, à l’instar de cette pub pour la pizza où l’on voit clairement un groupe d’amis faire du « phone stacking » (consistant à mettre tous les portables à un endroit précis et allant même jusqu’à punir celui qui ne résiste pas à la tentation de consulter le sien) avant de déguster celle-ci.

Certains restaurants proposent même 5% de ristourne si on laisse le portable à l’entrée.

 

Evidemment, la meilleure forme de résistance reste de parler à ses amis autrement qu’au bout d’un appareil en plastique (voire plus si affinités), de déplanifier sa vie en allant voir des amis sans que cela soit dans un agenda électronique ou alors en se fixant des rendez-vous à heure et lieu précis sans emmener son compagnon à puce (je parle pas du chien).

 

 

La désintox

Un peu comme lorsque vous arrêtez de cloper, il faut procéder par étape. Je vous en propose 5, histoire de sauver l’humanité (devenez Wall-E pour pas un rond).

 

1 – Changer les piles de votre téléphone fixe et rebranchez votre répondeur

2 – Ne mélangez pas tél pro et tél perso

3 – Enlevez Facebook de votre smartphone, vous savez que cela ne sert à rien et vous avez lu cette statistique qui dit que plus on a d’amis sur FB, moins on en a dans la vie.

4 – Eteignez votre portable la nuit, laissez le en mode avion et dans votre poche au restaurant, mettez le loin de vous d’une manière générale (vous vous épargnerez en plus un cancer du cerveau (de rien, c’est gratos))

5 – Si vous ne savez pas ce qu’est 2048, ne demandez pas.

 

A l’issue de ces 5 étapes, vous sourirez de nouveau aux gens dans le métro (qui s’en foutront), vous retrouverez le plaisir d’aller dans un restaurant sous voûte de pierre, vous ne saurez plus où se trouve votre chargeur mais ça vous passera tellement au-dessus que ça sera pas bien grave.

 

Bref, vous serez de nouveau heureux. Au pire, vous récupérerez votre vie de merde d’avant, mais au moins ce sera la votre, pas celle des autres.

 

Finalement, le phubbing consiste à snobber sa propre vie en s’extrayant petit à petit du monde des vivants.

A trop vivre dans l’immédiateté, on se désynchronise du présent, stressant un peu plus notre organisme peu désigné pour cette vie connectée.

 

Alors réagissons : Matrix n’est pas si loin.

 

 

 

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6 réponses à “Le phubbing ou la destruction de la vie en société

  1. J’ai adoré Wall E aussi……. et j’over-kiffe ce que tu en dis ici… Ca me rappelle une des nouvelles de « J’aimerais que quelqu’un m’attende quelque part » de Gavalda.. Je partage mais je reste aussi sur la même question qu’Isa.. WTF 2048 ???? 😉

  2. Pingback: Devenons tous adeptes du phone stacking (mais pas n’importe comment) | Jean-Fabien, auteur sans succès·

  3. Pingback: Société | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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