Central Park

Central Park foliage photo-walk, Nov 2009 - 10

Central Park, cet endroit étrange où les gens ont l’air de vivre dans leur bulle. Tout s’y mélange, rien ne s’y côtoie vraiment : lanceurs de frisbee (et même récupérateurs d’ailleurs), adeptes de bodybuilding en plein exercice de musculation ostensible, filles bronzant en maillot de bain, amis des chiens trimballant leurs amis à poils, musiciens offrant de petits spectacles gratuits (et inégaux), joggeurs ahanant, classes bruyantes en balade, écureuils pickpockets à la recherche d’une noisette à grignoter, lucioles à la tombée de la nuit, joueurs de baseball, etc.

Seuls quelques enfants bravent l’interdit qui consiste à ne rien trouver curieux et te questionnent en espagnol sur des mystères insondables et mal traduits.

Alors toi, tu essayes vaguement de communiquer entre deux bouchées de bagel, mais assez vite tu abandonnes pour t’absorber dans l’ambiance du lieu, entre poésie urbaine et magie éphémère.

 

Enfin « urbaine », j’exagère. Car, c’est ça la force de Central Park, ce côté jungle dans la ville, ce côté melting pot ultime.

 

J’avoue être capable là-bas de regarder un match d’ultimate pendant de longues minutes en consultant un manuscrit avec la conviction molle du procrastinateur de l’extrême alors que je ne tiens pas deux minutes devant une étape du Tour de France. Bon, il est vrai que les commentateurs de France 2 n’ont pas le talent du léger brouhaha qui règne à Central Park, mélange de klaxons lointains et de bruits d’oiseaux divers, mais tout de même je m’interroge sur ma capacité à me concentrer sur l’autre en ces lieux.

 

Cet amour du parc remonte à loin en fait.

 

A cette année 2002 que j’ai passée chez nos amis ricains, à peine remis du traumatisme du 11 septembre et arborant fièrement leur patriotisme qui nous semble à nous autres français si exotique.

 

J’y passais alors de nombreux après-midis du week-end, entre cuvage du mauvais vin de la veille au soir et parties de soccer endiablées.

 

C’était ma parenthèse nécessaire et hebdomadaire pour échapper à la fureur de la ville qui ne dort jamais. J’ai pu à loisir à cette époque le parcourir en long, en large, en travers, en diagonale, debout ou à quatre pattes, et je suis tombé amoureux de cet immense espace, véritable poumon de New York. Evidemment, un tel parc fait rêver un parisien, car même si une ville n’a pas plus besoin d’un poumon qu’un sachet de gruyère ne nécessite une ouverture facile, une fois qu’il (ou elle) est là, comment ne pas en profiter et se délecter de cet instantané de nature offert aux citadins ?

 

J’aimais bruncher au boathouse et apprécier un digestif sous forme d’un vieil asiatique qui jouait l’Ave Marie de Gounod à la viole.

J’aimais ce minuscule zoo perdu au sud-est du parc, ces musées qui l’encerclaient (Guggenheim, AMNH, Met), ces vendeurs de photos, de sacs, de parapluies, de conneries pour touristes.

 

Je me souviens que ce qui me fascinait à l’époque, c’était notamment les écureuils. Ces petits rongeurs, considérés comme nuisibles outre Atlantique et que l’on voit rarement par chez nous, j’aurais pu les observer pendant des jours entiers. Leur cinétique étrange m’émerveillait, de même que leur petit air de rien.

J’adorais aussi cet immense réservoir où l’on doit tous tourner dans le même sens, que ce soit en courant ou en marchant. J’adorais l’idée d’un parc où la fumée de cigarette était proscrite et la merde de chien systématiquement ramassée.

C’était so un-french.

 

Le fait qu’il s’y trouve à peu près autant de toilettes publiques que dans toute l’Ile-de-France parachevait pour moi ce tableau idyllique.

 

Je crois que c’est le seul endroit où je ne me sentais pas totalement étranger. C’était un peu comme ma maison.

 

Evidemment, tout cela n’a pas beaucoup changé.

 

Alors oui, j’avoue tout : j’aime Central Park.

 

 

 

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6 réponses à “Central Park

  1. Je ne suis jamais allé à Central Park, en fait, je ne suis jamais allé aux Etats-Unis, mais vous racontez cela si bien, que j’avais l’impression d’y être.

    Merci pour la ballade. 🙂

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