Y’a pas le feu au Sulak

sulak

Ah mon petit Jaenada – façon de parler, vu que je pourrais facile faire tenir 3 mecs comme moi dans une de tes chemises – tu m’as fait plaisir sur ce coup-là.

Faut que je vous dise (les autres), moi, j’attends toujours le nouveau Jaenada avec la même appréhension que quand j’avais 9 ans et qu’en ouvrant la pochette Panini, j’attendais de voir si j’allais enfin avoir Safet Susic (je l’ai d’ailleurs jamais eu ce con, où se cachait-il ? Safet, si tu m’entends).

Et puis, une fois sorti, je me rue dessus, je le lis (ton bouquin), et c’est toujours le même plaisir des mots qui s’entremêlent avec virtuosité, les fous rires étouffés (je lis souvent en public), bref une euphorie contenue, mais une euphorie tout de même.

A la limite – j’avoue tout – l’histoire je m’en fous un peu, ce qui compte c’est ta façon de la raconter (bien à toi), tes parenthèses à la con où on se perd (et qu’on s’amuse à compter comme un autiste, juste pour vérifier que t’as pas oublié d’en refermer une), la tendresse que tu mets dans tes personnages (espèce de gros nounours, va), ton humanisme (tu m’as fait tellement plaisir quand t’as dit je sais plus à quelle page que t’avais pas trop de sympathie pour les bijoutiers prêt à risquer des vies juste pour protéger leur came – dans mes bras Philippe (comme tu dis)).

 

Mais alors là. Quel plaisir de voir que tu as totalement changé de direction. Pas dans le style (non le tien est inimitable et il te colle à la plume), mais dans le « thème » – je sais pas comment dire, thème c’est moche, mais c’est toi l’artiste des mots, pas moi.

Tu nous racontes dans ce gros bouquin (mais qui paraît toujours trop court une fois fini) la vie de Sulak, Bruno de son prénom (en tout cas pour l’état civil, parce que dans le bouquin il en change plus de fois qu’Edgar Faure d’orientation politique). Alors Sulak, c’est un peu le gentleman cambrioleur, l’adepte de la non violence, le mec inadapté à notre société à la con et qu’a pas beaucoup d’autre choix que de déraper du mauvais côté. Le mec qui a des principes. Je dirais presque que ça pourrait nous arriver à tous (en excluant à peu près 99% de la population au doigt mouillé).

On comprend assez vite en suivant sa vie compliquée, mélange de chance et de malchance (j’ai essayé de compter les fois où il avait de la chatte et les fois où les nouilles tenaient pas bien autour de son cul, et je pense que c’est match nul – ou pas loin) que la vie tient à pas grand-chose finalement.

 

Le truc qui m’a un peu surpris c’est que je t’avais toujours imaginé comme une grosse feignasse, mais en fait là tu m’as tué. J’imagine même pas le nombre de gens que tu as dû interroger, le nombre de bouquins que tu as dû lire pour reconstituer la vie de ce braqueur au grand cœur non violent. Franchement, c’est flippant. En fait, t’es un bourreau de travail mon salaud. Franchement, tu caches bien ton jeu.

 

Qu’est-ce que j’ai aimé dans ton livre ?

J’ai aimé comment tu as pris ton temps (*) pour raconter tout ça, avec délectation – quand Bruno se joue des forces de l’ordre – et précision, même si parfois j’étais un peu perdu dans les noms serbes (en général, quand je vois un nom, je sais pas pourquoi je m’arrête à la 3ème syllabe – je crois que le seul nom que j’ai retenu d’ailleurs, c’est Sulak, ça tombe bien). J’ai aimé comment tu montres à quel point, il y a souvent plus d’humanité dans un hors-la-loi que dans la bêtise d’un maton ou d’un juge qui applique par dogmatisme absurde une loi de manière implacable, sans réfléchir aux conséquences et sans se demander s’il n’existait pas une voie plus mesurée, sans s’interroger sur les possibilités de remettre tout cette énergie dans le droit chemin. On en croise des gens bien dans ton bouquin, mais si peu.

Tu nous fais comprendre à quel point, une société est faite de tout un tas d’individus plus ou moins adaptés et que la force d’une société s’évalue aussi dans la façon dont elle traite ses « marginaux » (je hais ce mot, encore une fois il doit en exister des meilleurs).

Et qu’il ne faut pas oublier que l’on droit traiter avec équité victimes et coupables, que c’est ainsi qu’on s’assurera une société harmonieuse, ou du moins une société plus juste où il fait bon vivre.

Tu nous montres aussi à quel point les conditions inhumaines de détention ne font que renforcer la marginalisation et ne participent aucunement à la réhabilitation nécessaire (j’avoue qu’en lisant la description des prisons où il était enfermé ton Bruno, je me suis imaginé prisonnier et je ne voyais pas d’autre issue que l’évasion).

Que finalement les plus inadaptés sont parfois les plus idéalistes et que quelque part, c’est par eux aussi que passe la lueur d’espoir qui doit guider une civilisation tombée dans le noir.

 

Car dans ton livre transpire toute l’intelligence nécessaire pour comprendre combien la frontière entre le gendarme et le voleur est souvent mince.

 

La force de ton bouquin, c’est aussi de nous tenir en haleine jusqu’au bout, alors qu’on sait bien que ça va mal finir (c’est qu’on est pas con quand même).

 

Ton héros il est beau Philippe. Mais, finalement, il est double. Parce que ce bouquin, c’est pas seulement Sulak qu’il raconte. C’est aussi de toi dont il parle. Que ce soit au détour d’une parenthèse (encore une) où tu nous apprends comment tu as toi-même appris à ton fils à ne pas avoir peur (par exemple), ou dans la vision que tu nous offres de la société, le récit transpire du Jaenada entre toutes les lignes (espèce de gros cochon).

 

Et franchement, tu sais quoi ?

Ça fait plaisir d’avoir de tes nouvelles.

 

 

—-

 

(*) ça y est cher lecteur, tu as compris mon titre.

 

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8 réponses à “Y’a pas le feu au Sulak

  1. Pas encore lu mais le personnage (l’auteur … fermez la parenthèse) m’a beaucoup intéressé lors d’un de ses passages à la tele ( et oui il y a de bonnes choses quelquefois dans la petite lucarne).
    Et oui le titre … oui j’avais compris dés le depart … je m’etonne d’être aussi perspicace de temps en temps … rires ….).
    En ce moment je lis « Reparer les vivants ». Tres beau roman. Beaucoup d’empathie.
    Bonnes lectures en attendant le prochain Jaenada.

  2. Oh, je valide le titre de l’article ! J’arrive par ici par les méandres de WordPress, et je découvre tout juste Jaenada, grâce à son « Cosmonaute ». C’est un régal, et je crois bien que Sulak sera une de mes prochaines découvertes.

      • Non, je viens de commencer par « Le Cosmonaute », dont j’ai parlé hier sur mon blog, et je crois que j’aurais mieux fait de commencer pas « Le Chameau sauvage ». Tant pis !

  3. Pingback: Caché derrière Dubuisson | Jean-Fabien, auteur sans succès·

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