Si nous pouvions

oeil

Ça vous prend comme ça un matin, comme une envie de ne pas se lever (envie à peu près aussi fréquente que celle de passer aux toilettes).

Vous regardez le plafond, blanc et fissuré, et vous vous dites « et si, je pouvais lire l’avenir ? ». Evidemment, je ne parle pas de lire l’avenir dans les fissures de mon plafond comme d’autres le font dans le marc de café, mais d’une espèce de capacité extra-sensorielle, style rêve prémonitoire éveillé, permettant de manière fugace de distinguer ce qui sera demain votre actualité.

 

 

La première chose qui vient à l’esprit est de se dire « cool, ça m’éviterait de traverser devant ce chauffeur ivre », et là *paf* – ou plutôt pas paf –, on évite de crever (même si ça fait un peu mauvais remake de « destination finale 14 »), ce qui est plutôt pratique. C’est vrai que serait quand même dommage de rater sa mort – on ne meurt qu’une fois tout de même – avec un bus RATP.

 

Mais je ne pensais pas forcément à ça. Je pensais à des choses un peu plus fondamentales que de lire les résultats du loto dans le journal du lendemain. Des choses comme ce que nous allons devenir, avec qui nous partagerons notre vie, la gueule de nos mômes (ou si on en aura), la côte de popularité de François Hollande dans 18 mois, est-ce qu’on va retrouver les boîtes noires, etc.

 

Parce qu’en fait : si nous pouvions lire l’avenir, pourrions-nous vraiment le vivre in fine ? Ne serait-ce pas plutôt comme des routes possibles, et le fait d’en voir une nous en détournerait à jamais (effrayé que nous serions par cette réalité à venir) ?

 

Prenons quelques exemples, car je vous sens perdu.

 

Si j’avais su petit – … euh disons plutôt jeune –, si j’avais su jeune, disais-je, que, plus tard, je ne ferais qu’1m70, est-ce que je me serais fatigué à pousser ? Non, j’aurais jeté l’éponge et postulé pour Fort Boyard. Et pourtant, je suis pas malheureux comme ça, c’est même parfois utile (pour passer sous les radars et faire de la drague furtive).

De même, si je m’étais vu écrivain (ou plutôt tentative d’écrivain), ça m’aurait foutu les boules aussi, moi qui à l’époque rêvait plutôt d’envahir la Macédoine.

 

Dans votre cas, imaginons qu’il y a 5 ans, vous vous étiez vu avec la fille magnifique avec qui vous partagez votre vie aujourd’hui (ne niez pas, je vois tout), il est fort probable qu’au moment de la rencontrer, vous vous seriez décomposé en imaginant sa paire de nichons.

Bon ok, ceci est hautement hypothétique, il est plus probable que vous auriez fait comme tout le monde, à savoir la fuir pour éviter qu’elle ne vous casse les couilles pour le restant de vos jours. Ok, ok, vous marquez un point.

 

Mais continuons à nous interroger chers amis lecteurs.

Si lorsqu’un apprenti écrivain commençait à écrire 3 lignes, au lieu d’aller les faire lire tout fier à sa maman, il voyait déjà le livre fini avec la jolie couverture gaufrée en tête de gondole à la Fnac, n’est-il pas probable qu’il se dirait « mon Dieu, encore 300 000 signes à pondre (espaces compris), je peux pas infliger ça à ma vie sexuelle » ?

 

En fait, la vérité c’est que si on pouvait voir l’avenir, on se verrait mort, alors qu’aujourd’hui, on est comme la grenouille qui ne voit pas l’eau bouillir.

Ok, certes, il nous arrive de noter une petite ride qui n’était pas là hier, semble-t-il, mais deux jours après, c’est comme si elle avait toujours côtoyé le coin de notre œil gauche.

De même que la grenouille note bien quelques bouillonnements, mais elle met ça sur le compte du Chili con carne de la veille.
Mais si on pouvait lire dans les lignes de sa main droite, on préférerait toujours la gauche.

On refuserait de se voir périr de médiocrité, on ne pourrait accepter notre lente décrépitude bercée par la mélodie lancinante de l’habitude, on se secouerait, on se bafferait la joue et on tendrait encore l’autre, avec la conviction du fou.
Notre salut en dépendrait.
On chierait à la gueule de la zone de confort. On oublierait ce qui nous plaît pour mieux le redécouvrir.

On suivrait cet instinct qui nous a souvent trahis, parce que c’est l’oxygène de l’âme.

On se perdrait un peu pour être sur de se trouver un jour. Un jour lointain. Un de ceux qu’on ne pourra jamais voir dans une boule de cristal.

Un de ceux qui n’existera peut-être jamais.

 

Enfin, j’imagine.

 

Mais bon, pourquoi je vous parle de tout ça ?

Ben, en fait, j’ai inventé cette machine. Cette machine à voir l’avenir. Elle est là devant moi. Je sais que je vais lui exploser la gueule d’ailleurs, c’est elle qui me l’a dit. Il me reste donc à peu près 3 minutes pour voir l’avenir, après il faudra que j’en finisse, je le sais.

Or, je sais que, vous aussi, vous voulez connaître l’avenir (c’est super tentant de savoir si vous allez être augmenté – c’est « non » en fait, pas besoin de machine pour ça les gars) mais c’est inutile, j’ai vu votre avenir : vous allez vous contenter de liker cet article comme des nazes. Vous avez vraiment aucune ambition. Vous auriez pu mettre un commentaire, m’écrire une lettre d’amour, fédérer les cinq mécontents de votre quartier et aller renverser le gouvernement de Manuel Valls, aller envahir la Macédoine (surtout que je l’ai pas fait finalement).

Mais non, vous restez là comme des pauvres taches derrière votre écran.

 

Vous savez quoi ? Vous me faites de la peine.

 

Le pire c’est que je le savais.

 

Il est vraiment temps que je pète cette machine à la con.
Ah oui, et dernier truc : la Macédoine, c’est pas une salade abruti.

 

*Boum*

 

Publicités

9 réponses à “Si nous pouvions

  1. « Mais si on pouvait lire dans les lignes de sa main droite, on préférerait toujours la gauche………….. »
    Tout est dit là, non ??
    Si nous pouvions………….. écrire notre histoire, par exemple ?? Ben c’est ce qu’on fait……….. Tous.

    La pauvre tâche devant son écran embrasse bien fort la petite tâche que t’es devant le tien…….. et qui nous fait sourire bien souvent….. Pis réfléchir aussi. Des fois 😉

  2. Si cela peut te réconforter, dis-toi que tous les futurs que tu ne pourras jamais envisager sont probables… mais il a davantage de probabilités que tu meures avant de voir la plupart d’entre eux se réaliser.
    Par exemple, en thermodynamique, on sait qu’un chambre à air crevée peut se réparer toute seule…. mais il faut attendre un temps supérieur à l’âge de l’Univers pour que cela se réalise 😉
    Tu sais d’ailleurs qu’en jouant au loto à chaque tirage, il est probable que tu gagnes un jour…. à condition encore une fois que tu vives suffisamment longtemps pour que tes numéros soient gagnants.
    Tout cela pour dire que, dans le laps de temps dont nous disposons pour vivre (c’est à dire naître, nous reproduire, et mourir peu après), il nous est beaucoup plus facile de construire notre avenir que de le prévoir….et ce même si on est déjà près de 8 milliards à vouloir faire cela tous en même temps.
    On rêve souvent d’une machine à voir le futur, mais on oublie encore davantage que nous sommes nous-même la seule machine qui permet de l’envisager.

    • Patrick, tu es trop philosophe pour moi à 9h14 du matin… je vais reprendre du café en me demandant ce que j’aimerais bien faire plus tard (si j’en avais le courage)
      🙂

  3. Il reste la Deloréane de Doc !! Et le carnet des résultat sportifs de Marty MacFly. 😉

    Heu, je n’avais pas imaginé la paire de nichons de mon homme, puisqu’il n’en a pas… et je n’aurais pas eu la jolie surprise devant son gentleman, celui qui se lève devant les dames.

    Tu m’avais donné faim, avec ta macédoine de fruits et v’la que je suis toute triste que ce soit pas un dessert. t’es pas gentil 😦

      • Figure-toi que je suis assez satisfaite de l’absence de nichons chez mon mec… ma foi, il compense ailleurs.

        Sinon, demande à Philippe Bouvard de te présenter madame Bellepaire, de Loches… 😆

        Allez, je te laisse, la Deloréan m’attend ! Un délicieux putain de film que j’aime regarder quand il passe à la télé 😉

  4. Bon, moi le lecteur furtif qui ne laisse jamais de message je vais en laisser un, rien que pour faire mentir ta machine … par contre tu as raison ce ne sera pas un déclaration d’amour (je doute que « tes nichons » ne puissent me convaincre de la faire).
    Pour la Macédoine, je me dresserai bien face à toi, monté sur Bucéphale, mes fiers hoplites à mes cotés, maniant avec dextérité sarisses et romphaïa….

    L’avenir … ça finit toujours mal, alors autant se faire une bonne raison une fois pour toute, accepter notre médiocrité et espérer un avenir radieux qui ne viendra jamais ….

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s