L’homme sandwich ou la cohabitation urbaine

sandwich

Le métro se met en branle, dans un bruit de casserole, rouillée efficacement par des années d’absence d’entretien et d’humidité incommode.

Le monsieur assis en face de moi – vautré serait probablement un terme plus approprié d’ailleurs – me sourit de toute sa mayonnaise en moustache. Je viens, en effet, de lui signaler qu’il venait de faire choir, par mégarde, son quotidien. Rendez service et voilà comment on vous remercie. Il fait apparemment parti de cette race masculine malheureusement très répandue qui se ne sait pas se goinfrer ET faire attention à ses affaires – malheureusement, de par la généralisation un peu facile que s’empressent d’en faire les femelles en manque de reproches à l’encontre de leur équivalent masculin. Lui ne sait apparemment se concentrer que sur l’action de manger salement. Il n’est pas à ce qu’il fait. Rien d’autre n’existe pour lui que la satisfaction de son estomac. Si j’étais pickpocket, ce monsieur serait déjà à poils.

Il ramasse donc son journal et par cette manœuvre maladroite répand quelques miettes inconvenantes sur mes genoux jusqu’alors immaculés.

Je les balaye négligemment ce qui le refait sourire – j’imagine qu’il se dit que nous sommes désormais des compagnons de miettes, ou alors ce sont des miettes rieuses. En observant sa bouche qu’il offre à ma sagacité visuelle, je note qu’un bout de salade s’est coincé entre ses dents. C’est élégant. A se demander s’il a cresson (ha ha) de s’obstiner à se montrer cordial de la bouche (et je « mâche » mes mots, ha ha (bis)). Voyant que je ne réponds pas à son sourire, il semble presque désolé (mouais… « laitue » vraiment ? (ha ha ter)).

 

Le voici qui s’attaque désormais à la tomate. Mauvais choix. Primo, les tomates d’aujourd’hui n’ont d’autre goût que celui du regret, deuxio, découper une tomate cachée dans un sandwich jambon crudités sans être ridicule et en foutre partout – et ce, avec ses dents pleines de salade – relève de l’acrobatie, pour ne pas dire de l’exploit buccal – expression que je préfère nettement réserver à d’autres types d’assaisonnement. Bref.
Comme attendu, c’est une catastrophe et il se sent obligé d’y mettre les doigts (nous nous rapprochons dangereusement de l’assaisonnement sus cité).
Son journal retombe. Ré-émiettage sur mes genoux qui n’ont toujours rien demandé – il les aura confondus avec un pigeon peut-être.

 

J’ai toujours trouvé qu’il y avait un côté légèrement grotesque à dévorer son sandwich dans les transports en commun. Il est déjà un fait établi que subir les mâchouillages de quelqu’un d’autre est à la limite du supportable en temps normal, même lorsqu’il s’agit de l’être supposément aimé, imaginez alors lorsque que cet être est un parfait inconnu. Inutile de dire que cela relève du supplice, de la torture urbaine.

Une autre chose qui me dérange, soyons francs, est le message subliminal véhiculé par ce pauvre hère mal éduqué. N’a-t-il donc pas le temps de se poser dans un parc pour se sustenter en toute tranquillité ? Doit-il nous infliger son stress de l’horloge ? Il me donnerait presque envie de me dépêcher cet abruti.

 

Dieu merci, le voici qui descends à la station Franklin Roosevelt.

 

Par un réflexe pavlovien, je me mets à consulter ma montre. Zut, je suis gravement en retard. Au-delà du ¼ d’heure parisien, même.

 

Le métro s’arrête subitement. Noir complet.

Eh merde.

Les minutes s’égrènent, me rapprochant dangereusement de la zone d’impolitesse irréparable. Je ne capte pas sous le tunnel où je me trouve. Et puis, j’ai faim.
Finalement libéré au bout de trente minutes, il est trop tard pour prévenir. Tant pis.

 

Je n’ai plus que le temps de repartir. Je crois que je vais aller me chopper un sandwich quelque part et puis je reprendrai le métro en sens inverse, j’ai trop la dalle.
Bon allez. Je me ferai discret.

 

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7 réponses à “L’homme sandwich ou la cohabitation urbaine

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