Le sale boulot

 

 
requin

« Pourquoi ? » est la seule question qui me taraude à l’instant où je vous parle, ici à Avila Beach, CA. 75 degrés Farhenheit fin janvier, à l’endroit même où une baigneuse téméraire s’est faite bouffer par un squale affamé il y a quelques années.

Avait-elle la peau sucrée ? Mangeait-elle chez Fat Burger ? S’était-elle fait tatouer une otarie sur la cuisse ? Le requin était-il myope ? Avait-il envie de diversifier son alimentation ? Existe-t-il le même genre de campagne chez les requins que chez nous, à part que les 5 fruits et légumes par jour sont habilement remplacés par des blondes et des poissons plats ?

 

Ecrire sur tout, écrire sur rien. Se dire que parfois on aimerait mieux être boulanger (est-ce le genre d’interrogation qui voyage dans l’esprit d’un écrivain et qui se répercute aux quatre coins de sa boîte crânienne qui n’est pourtant pas carrée ?).

 

S’aérer, marcher… non plutôt rouler (ici on roule). Faire des dizaines de miles sans apercevoir une seule station service. Croiser plus de cowboys que dans une pub Philipp Morris. Et puis des vaches.

 

Ne pas voir d’indiens.

 

Wondering why.

 

Aujourd’hui l’article de votre blog commencera par les mots suivants :

« Il existe quasiment autant de types de nourriture indienne que de provinces en Inde »

 

Mission acceptée [X]

 

Il existe quasiment autant de types de nourriture indienne que de provinces en Inde, cependant que la vision de la cuisine indienne dans le monde est assez universelle : lasi mangue, nan à la vache sacrée qui rit pas des masses et poulet tandoori.

L’exotisme n’ose pas traverser la frontière de peur d’effrayer les papilles de l’autochtone facilement impressionnable, car l’authenticité voyage à peu près aussi bien que du fromage de chèvre, là où le cliché est éternel et sans frontière.

Le poncif culinaire est aussi rassurant que le PQ triple feuille. Quand notre fion est à l’aise, tout en nous sourit de ses lèvres délicatement essuyées, au même titre que l’ignorant passe aisément pour un sachant s’il partage un savoir fabriqué de toutes pièces concernant la fabrication du pain traditionnel ou la bonne dimension d’un four tandoori. Il n’a jamais côtoyé ces informations ailleurs que sur un écran d’ordinateur connecté à wikipedia, mais il arbore déjà la mine arrogante du voyageur de l’extrême, ayant mangé dans les moindres recoins d’une planète qui n’a pas plus de secrets pour lui que le dos de sa main, lui le man vs wild saveur tourista.

Ah qu’il est plaisant de savoir que la plus petite taille du coca light ici équivaut à une bouteille chez nous quand on est parfaitement incapable de lire le moindre panneau routier obligeant à la location honteuse d’un gps parametré dans la langue de Bigard.

Le touriste ne voyage plus, il consomme et ramène chez lui des miettes de savoir, des poussières d’exotisme que son esprit embrumé a tôt fait de balayer à la première tentative de mémoire socialisée.

« L’inde… Euh… Putain ils ont des pizzas hut, quoi ! »

A l’âge du savoir a succédé l’âge de l’accès où ne pas pouvoir profiter d’un loisir dont on nous a vanté les mérites apparaît comme la dernière des injustices. « Comment ça vous avez supprimé les vols pour Kiev ? »

 

Se dire que cet exercice est con. Très con.

 

Ne plus bien se rappeler pourquoi on a atterri là, se remémorer pourquoi on veut rentrer.

 

Vouloir toucher une dent de requin. De loin.

 

Se reconnecter avec son sas d’entrée.

Sentir la colère des gens, cette colère qui tourne en rond, grandit, s’auto-alimente, se trompe de cible mais se sent légitime.

Parler de cette colère peut-être, elle qui s’exprime sans retenue ni recul. Tenter de dompter ses émotions. Abandonner. L’émotion n’a jamais fait de discussion sereine. Se le noter dans un coin de son cerveau, à côté du post-it pour payer la note du gaz et les boîtes de Whiskas à acheter.

 

Tout mettre par écrit. Aller mieux.

 

Se dire qu’en le couchant sur papier, on s’inscrit dans la durée, on fige un instantané d’un monde en mouvement perpétuel, on garde un peu de ce qui faisait nous à cet instant précis.

 

Relire. Déchirer le papier et le jeter dans la poubelle jaune.

 

Etre apaisé. Ca y est je me souviens.

 

 

Writing is a dirty job, but somebody has to do it.

 

 

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3 réponses à “Le sale boulot

  1. … ça me fait penser à un truc qui disait qu’il y avait ceux qui écrivent pour vivre et ceux qui vivent pour écrire….. (mais ne me demande de penser plus loin, ok ?? ) Je crois que je vais le mettre sur ma page ton truc là… C’est pas mal du tout 😉

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