Cynique ta mère

cynique

Je crois me souvenir ce que je n’aime pas dans les fêtes de Noël.

 

Ça date de bien après le visionnage de Gremlins qui m’avait fait pourtant comprendre que Noël n’était pas forcément rose pour tout le monde. Si, si, rappelez-vous… Quand Kate explique à Billy que son père est mort coincé dans une cheminée déguisé en Père Noël (à quand les Darwin Awards pour les personnages de fiction ?), moi ça m’a foutu grave les boules (ce qui tombait bien, vu que c’était Noël, ah ah).

Sérieusement, ça m’avait fait un choc. Je m’étais dit « ouahou… tu peux avoir une vie de merde et une mort cool ».

 

Aujourd’hui, tout cela est loin pourtant.

 

Ce n’est pas tant l’inexistence du Père Noël qui me déroute. J’ai eu quelques années pour m’en remettre tout de même (et puis j’avais déjà découvert la signification du mot « déception » lors de mon premier vote pour un gouvernement de gauche, donc j’étais préparé comme on dit).

 

Ce n’est pas non plus ces faux sourires que tout le monde arbore pendant la trêve des confiseurs. Je travaille dans un siège social, je sais ce qu’hypocrisie veut dire (on peut même dire que je maîtrise, j’ai même répondu à ma chef « bien » quand elle m’a demandé si je la trouvais bonne manager – alors que la réponse qui aurait dû trouver la sortie de mon système respiratoire était probablement « c’est quand que tu te reproduis, histoire qu’on puisse avoir de vraies vacances ? »).

 

Ce n’est pas le fait d’être obligé de manger avec ma famille (faut ce qui faut pour avoir droit à des cadeaux, même s’il est vrai qu’à choisir, j’aurais pas forcément pris celle-là).

 

Ce n’est pas non plus d’entendre tous les enfants se plaindre du nombre ridiculement élevé de cadeaux dont ils bénéficient (en-dessous de 10 cadeaux par personne, c’est pas swag, peu importe si un des cadeaux est une réplique d’un porte-avion à l’échelle 1 :1).

 

Ce n’est pas forcément non plus du fait de se sentir obligé de poser quelques jours de congés (même si pour être honnête, je préfère glander au bureau… comme ça, j’ai l’impression de servir à quelque chose, d’être mobilisable… d’être sur le pont en somme – vous pouvez pas me rater, j’suis juste à côté de la machine à café).

 

Ce n’est pas à cause des journaux télévisés qui ne parlent que météo et marché de noël merdique (putain, mais qui est assez con pour acheter du fromage de merde à cinq fois le prix du premier Monoprix croisé ? Sans déconner vous voulez pas plutôt un cerveau pour Noël ?).

 

Ce n’est pas à cause de ma balance qui va me haïr pour les quinze prochains jours (sans parler de mon taux de cholestérol que je n’arriverai plus à regarder en face pendant 3 mois – c’est-à-dire jusqu’aux raclettes et autres tartiflettes de la semaine de vacances au ski).

 

Je ne pense pas non plus que ce soit le fait d’être obligé d’apprécier l’écharpe offerte par l’oncle Gerald (même si ça discute franchement).

 

Je suis aussi quasiment certain que ce n’est pas le fait de couper de magnifiques sapins pour les voir décorer tous les intérieurs foireux du beauf de banlieue (j’ai rien contre le beauf de banlieue en particulier, moi-même il m’arrive d’amener ma voiture chez Elephant Bleu).

 

Non. C’est à un autre niveau. Comme si j’avais une hypertrophie de la glande altruiste juste à ce moment-là. Le 24 décembre.

Et pourtant, je suis immunisé. Je les croise tous les jours, cela ne me fait plus rien.

La première fois, c’est rude, mais au bout de quinze, vingt, cent, mille, tu n’y fais même plus attention, tu marches sans les voir. Ils font partie du mobilier urbain. Ta tolérance à la pauvreté recule tous les jours, ce qui te permet de survivre, compte tenu du fait que la pauvreté, elle, a plutôt tendance à avancer. Ta conscience atrophiée de merde sort toujours victorieuse de ce combat permanent entre ton âme solidaire et l’état du monde.

 

Mais le 24, j’y arrive pas. Je sais pas, ce jour-là les barrières s’écroulent. Mon système immunitaire défaille.

Le 24, quand je croise un SDF avec ma bouteille de Ruinart et mes 10 kilos de merdes en plastique pour mes neveux qui y joueront cinq minutes, j’ai le sentiment qu’il y a un truc qui cloche.

 

Alors, je sers les fesses. Je m’accroche.

 

Je sais bien que demain, j’aurai oublié.

 

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16 réponses à “Cynique ta mère

  1. À mon manager qui m’a posé une question assez proche, j’ai répondu que depuis que j’étais sous anti-dépresseurs, je trouvais tout super…il m’a foutu une paix royale 🙂 Article terriblement vrai, mais quand même, essaye de passer de bonnes fêtes!

  2. et bien tu as réussi car pour moi Noël n’est plus une fête mais une mascarade ! donc vivement que tout soit passer et que l’on arrête de dire « joyeux Noël » et après « Bonne année » à tout le monde. Période néfaste pour moi, désolée ! et pourtant dieu sait si je l’ai aimée dans mon enfance ! gros bisous !

  3. La base serait de renoncer aux dix kilos de merdes en plastique. Moi j’y ai totalement renoncé et j’ai expliqué pourquoi à tous mes proches. Miracle : mes neveux m’aiment toujours et les autres membres de ma famille hésitent à acquérir des M en P.
    Certes, cela ne remet pas dedans celui qui dort dehors, mais le papillon a battu des ailes.
    Bonne semaine, oui, bonne semaine 🙂
    s.h.

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