J’aurais pu…

noel

J’aurais pu vous parler du salon de Somain ou je me rendis ce ouikende, traversant quelques rideaux de pluie inopinés et autre flaques aveuglantes. Son atmosphère d’une chaleureuse sincérité, son équipe culturelle sympathique et disponible, son maire bonhomme et accueillant, ses auteurs.

Ha ses auteurs. Je n’ai rien contre le fait d’être quasi bredouille (j’allais à la pêche à la truite avec mon père quand j’étais petit, je sais ce que c’est) – ça arrive même aux meilleurs, inutile de dire donc que pour les plus nuls, c’est monnaie courante –, mais disons que j’aime bien être responsable de mon propre échec. Quand il est le fait – attention, mauvaise foi inside – d’une barrière d’auteurs en mal de ventes et qui font fuir le promeneur par leur discours marketé au ras des pâquerettes, c’est plus dur à avaler. J’avais presque envie de donner mes livres aux promeneurs qui n’avaient pas reculé devant l’obstacle afin de leur faire comprendre que certains auteurs étaient aussi là pour échanger, discuter, sans but économique avéré (ou alors, c’était vraiment inconscient).

A l’instar de l’amoureux qui trouve la perle rare au moment même où il arrête de la chercher, je trouve que les plus belles ventes sont souvent les plus inattendues : une fillette avec qui l’on discute et qui va chercher sa maman pour acheter un livre, un vieil homme à l’air sérieux et qui sourit en lisant votre 4ème de couverture(« Haaa, Clara Morgane, toute ma jeunesse »), un maître traîné par son chien et qui n’en peut plus de renifler le papier de vos livres de sa truffe dégoulinante.

Las. L’auteur à compte d’auteur – se faire entuber quelques milliers d’euros donne férocement envie de les récupérer – envoie autant d’ondes négatives qu’un célibataire à une soirée spéciale années 80. Un vrai repoussoir à gonzesse client. Essayer de vendre à côté de lui est aussi aisé que de refourguer des livres neufs à une foire aux livres où l’on achète le produit au poids : mettez-moi une livre de Musso s’il vous plaît, il vous reste du Pancol ?

J’aurais donc pu vous parler de ça. Mais non (et puis, c’est pas bien beau de rejeter la responsabilité du désastre sur les autres).

J’aurais pu commenter l’actualité merdiatique du moment : la mode du bonnet rouge, l’hégémonie du PSG, Kanye West, la révolution fiscale (halte au fisc fucking), et tout ça.

Mais non plus.

J’aurais pu vous parler de mes ennuis gastriques (quitte à parler de moi, autant aller au fond des choses), mais je n’en ai pas (je ne parle pas du fond – quoi que – mais des problèmes digestifs, faut dire que j’ai décliné le welsh ce samedi).

J’aurais pu vous parler de la pénalisation des clients de prostitués… Putain, 1500 €,  ça va devenir bientôt moins cher de payer un bon restau à la 1ère pouffe croisée. Vous allez voir que les gens vont se remettre à baiser leur femme, ça fait pas un pli.

J’aurais pu vous parler du dernier film que j’ai vu (celui des frères Cohen, décevant, et pourtant je les aime ces deux cons – peut-être est-ce d’ailleurs la source du problème). J’aurais pu vous parler de « L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » (ou comment un titre rigolo ne fait pas nécessairement un bon bouquin, quelle découverte).

J’aurais pu vous parler de mon envie d’évasion, des vacances que je planifierai quand j’aurai le temps d’y penser.

Mais non.

 

Je vais plutôt vous faire ma liste au Père Noël.

Voilà. Pourquoi pas ?

« Cher Papa Noël,

Je ne crois plus en toi depuis quelques années, et j’ai tort.

J’entends tous mes amis cartésiens m’expliquer que tout n’est que cause et conséquence, mais j’ai comme un doute. En effet, rien de ce que j’avais planifié pour cette année ne s’est réalisé, et voilà que pleins de choses sympas auxquelles je n’étais pas préparées me sont tombées sur le coin de la tronche. Si c’est pas une preuve de ton existence ça.

Je te propose donc de t’appeler hasard de la vie – par exemple – et de t’affubler d’une jolie barbe blanche, et comme ça on est raccord.

Je ne te demanderai pas l’arrêt des guerres dans le monde, ça serait un peu en dehors de ta juridiction, ou même de me faire signer chez Gallimard (même si t’es balaise, faut pas non plus déconner avec les trucs mystiques, sinon ça risquerait de me revenir dans la gueule) mais j’aimerais bien quand même les choses suivantes :

  • Que ma fille continue à voir le monde de ses yeux innocents et qu’elle n’arrête jamais d’enchanter ma vie un peu plus tous les jours
  • Que je trouve toujours l’envie et le plaisir d’écrire, un peu, beaucoup, mais toujours passionnément
  • Qu’une apple a day keeps up the good work and the fucking doctor away
  • Que les gens – en général – prennent un peu de recul par rapport aux choses et cessent de réagir dans l’émotion (astuce : garder l’émotion pour un bon film ou un super bouquin, c’est tellement mieux)
  • Que ma télé continue à être éteinte comme toute l’année 2013, c’était parfait comme ça

Ha oui, et aussi :

  • Que ses bras restent toujours aussi accueillants (ma petite place de parking à moi)

Tu peux aussi distribuer, cher hasard, un peu de bonheur autour de moi, en ce qui me concerne j’ai ma dose, touche plus à rien.

Tu devrais y arriver, cher hasard père noël, tu t’es quand même super bien débrouillé cette année (à part pour les autres gens, y’en a quand même pas mal qui galèrent, si tu pouvais, je sais pas moi, faire un petit quelque chose… ou mieux, donner envie à tout le monde d’être un peu plus solidaire et un peu moins con et égoïste, ce serait cool. Oui, je sais je rêve, mais d’un autre côté je suis un peu en train de m’adresser au père noël).

Bon ben voilà, ça me paraît pas mal. Fais pas gaffe aux fautes de grammaire, mon correcteur est en vacances.

Et si tu reçois une lettre de ma fille, balance.

Cette année c’est pour moi. »

———

NDLR : L’auteur de cet article sera indisponible la semaine prochaine, apparemment victime d’une overdose de guimauve. Veuillez nous excuser pour l’interruption momentanée du programme.

 

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18 réponses à “J’aurais pu…

  1. Bien que je te connaisse que très peu, tu m’es de plus en plus sympa ! J’adore ton humour et ton optimisme. Compte-tenu de tes qualités littéraires peut-être devrais-tu te lancer vraiment dans l’écriture et chercher des sujets accrocheurs et Gallimard s’intéressera certainement à toi. Mais comme disait Coluche « ce sera dur » ! Comment veux-tu intéresser le chaland avec un seul bouquin si bien soit-il ! Courage ! Mets-toi au boulot et peut-être auras-tu le plaisir de passer à cette télé que tu ne regardes pas.

    Bonnes fêtes à toi et à ta fille que tu adores.

    Serge – Ecrivain à succès

    PS : je viens de faire deux salons Croissy Beaubourg et Villevaudé, j’ai vendu une quarantaines de bouquins, une vingtaine par prestation, c’est pas mal. Je fais le Marché de Noël de Noisy le Grand, ma ville, du 11 au 15 décembre. J’ai vendu l’année passée 130 romans. Cette année, je présente six bouquins. Je suis un énorme producteur et je suis un super vendeur. Merci de ne pas me contredire dans ta cervelle d’écrivain. A bientôt se voir.

    • salut Serge !!
      t’es dans les bons plans toi !! 40 bouquins en deux salons… arggghhhh… Pour les bouquins, j’en ai un 2ème qui sort dans 15 jours 🙂
      (plus de news bientôt dans ces pages)

      merci et à bientôt chez Gallimard (qui sait ?) 🙂

  2. Allez, quand on aime on ne compte pas ! On est souvent frustré par le choix de certains visiteurs mais c’est comme ça.
    Le principal c’est que ta prose te plaise et que tu y trouves un plaisir; Si c’est pour devenir morose, alors il faut arrêter (ce qui serait bien dommage à mon humble avis). Et puis ne faut-il pas mieux quelques lecteurs aimants qu’une multitude de lecteurs « tout venant » ? (sinon pour payer tes impôts bien entendu …).
    Je connais bien dans mon entourage quelqu’un qui n’est pas venu voir mes photos parce qu’il trouvait que le format 24×30 était trop petit.
    C’est comme si des lecteurs ne lisaient pas ton livre parce que la couverture est blanche, ou verte, ou violette et qu’ils préfèrent le rouge.
    Bon je m’égare … Allez, encore un livre à sortir ce qui est quand même très très bien de se voir édité (j’ai ma petite idée et je dois dire qu’il a ma préférence) et quand même je te souhaite pour Noël plein, plein de lecteurs pour gâter ton adorable fille, enfin pour que le Père Noël puisse gâter ta fille (oups un peu plus je faisais une boulette …).

  3. Surtout ne cherche pas de « sujet accrocheur », comme dit plus haut. Pffff….en plus c’est petit d’en profiter pour faire sa pub! je fais partie des accro-chés du coeur à tes chroniques authentiques et humaines. Keep writing!

  4. Je partage avec toi, Jean-Fabien-auteur,
    une pensée de Gustave Courbet, sa plus célèbre toile : L’origine du monde, hyper-censurée par FB !
    «Quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n’est le régime de la liberté.»

  5. Tiens je connaissais pas cette citation ! 🙂
    Aprés c’est un peu utopique à mon avis
    Je pense que c’est notre education (famille mais aussi institutions) , notre « vécu » , nos rencontres , nos « victoires » , nos echecs….qui déterminent nos réactions , nos opinons…
    Bref , la liberté de penser et « d’être » n’est que relative selon moi

    Mais on s’écarte un peu du sujet du post là ^^

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