Un peu d’ailleurs

ailleurs

J’ai rêvé d’un monde où ce serait tous les jours Halloween, un monde plein de citrouilles et d’enfants en manque de sucre, rackettant sans vergogne des vieillards effrayés.
Où des brunes décérébrées et à la poitrine à la démesure de leur arrogance seraient les reines d’un soir, invitées sur tous les plateaux à déblatérer les choses les plus connes qui leur passeraient par leur cerveau aux abonnés absents (à ne pas confondre avec leurs bonnets, bien présents, eux).
J’ai rêvé d’un monde où le moindre fait divers deviendrait fait de société, où les gens ne s’intéresseraient aux droits des étrangers que pour le leur retirer, où les monstres seraient partout, y compris chez des groniqueurs, pardon chroniqueurs, célèbres qui défendraient leur droit à user du corps de femmes – parce qu’elles le veulent bien, disent-ils.
J’ai rêvé d’un monde où un président élu ne servirait que ses intérêts propres, tenant ainsi une promesse de déception inlassablement répétée par ses prédécesseurs eux aussi décriés en des temps pas si anciens.

 

J’ai rêvé de ce monde où les enfants se déguisent en zombies pour mériter quelques caries pendant une soirée au folklore douteux.

 
J’ai rêvé de ce monde, et après je me suis réveillé.
La réalité m’a alors rattrapé.
Ce n’était ni un rêve, ni même un cauchemar.
Maintenant j’étouffe de prise de conscience, je vomis une lucidité qui m’angoisse, et j’aimerais bien me rendormir.

Pour rêver cette fois-ci d’un monde où les hommes ne voudraient pas se faire justice eux-mêmes, un monde où l’on a conscience qu’aider son prochain, c’est un peu s’aider soi-même, un monde où l’on se fiche de la taille d’une barbe.
Pour rêver d’un monde où l’on ne considère pas qu’être pauvre est la récompense du fainéant, un monde où l’on est capable de ne rien faire, capable de comprendre que tout ce qui a un  prix n’a finalement aucune valeur.

Maintenant, je dois vous laisser.

Je veux fermer les yeux, clore mes écoutilles, renoncer à tous ces stimulis qui m’assaillent et imaginer un ailleurs.
Juste un peu. Une ou deux molécules d’oxygène neuronal pour mon âme endolorie.

Est ce trop demander ?

 

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8 réponses à “Un peu d’ailleurs

  1. Allez JF, restons encore un petit moment poétique. Ne te réveille pas tout de suite … il ne fait pas beau.
    Rêve, rêve …

    ………………………………………………….
    J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
    Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
    Et de baiser sur cette bouche la naissance
    De la voix qui m’est chère?

    J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
    En étreignant ton ombre
    A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
    Au contour de ton corps, peut-être.
    Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
    Et me gouverne depuis des jours et des années,
    Je deviendrais une ombre sans doute.
    O balances sentimentales.

    J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
    Sans doute que je m’éveille.
    Je dors debout, le corps exposé
    A toutes les apparences de la vie
    Et de l’amour et toi, la seule
    qui compte aujourd’hui pour moi,
    Je pourrais moins toucher ton front
    Et tes lèvres que les premières lèvres
    et le premier front venu.

    J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
    Couché avec ton fantôme
    Qu’il ne me reste plus peut-être,
    Et pourtant, qu’a être fantôme
    Parmi les fantômes et plus ombre
    Cent fois que l’ombre qui se promène
    Et se promènera allègrement
    Sur le cadran solaire de ta vie.

    Robert Desnos, « Corps et biens ».

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