L’anecdote de bureau

Woman stroking businessmans leg with her foot

Je suis feignant aujourd’hui. J’ai pas envie de travailler, j’ai pas envie de m’amuser, j’ai pas envie d’être grognon, j’ai pas envie de pas avoir envie. Bref, c’est pas la joie.

A la machine à café ce matin, j’écoutai mollement mes collègues – assez mous eux aussi au demeurant (même si « au demeuré » leur siérait plus) – et une chose m’a frappé (ouille) : ceux qui sont les plus populaires ont toujours une anecdote pourrie à raconter (j’avoue : je hais les gens populaires).
« Ciment social pour les uns, passage obligé pour les autres, l’anecdote de bureau ne laisse pas indifférent dans tous les cas ».

Oh, le joli poncif… Cette phrase d’accroche est parfaite n’empêche. Vous avez vu comme elle s’applique à tout ? Remplacez « anecdote de bureau » par « savonnette » et ça marche aussi. Bon ok, ça marche moins avec vasectomie, mais il serait peut-être temps d’arrêter de chercher la petite bête non ?
Bref, revenons à ce savon mélange (ha ha) qui fait la substantifique moelle d’une bonne anecdote de bureau. Et surtout : à quoi sert-elle ?

Certains diront qu’elle rend l’inutile utile, qu’elle désacralise le sacré, en un mot elle réconcilie l’être et le néant (rien que ça).

Dans notre société de jobs à la con peuplés de cadres à la dérive, manier l’anecdote devient quasiment plus important que de savoir faire du Powerpoint (alors si tu sais faire les deux, t’es le roi du 24ème).

 

Bon Ok, on est tous d’accord pour dire qu’elle est nécessaire, mais quelles sont les caractéristiques d’une bonne anecdote de bureau ?

Essayons de faire une liste (tiens, ça me rappelle qu’il faut que j’aille faire des courses tout ça) :

+ Une bonne anecdote doit rester courte (ce qui compte c’est la façon dont on s’en sert, toutes les filles vous le diront)

+ Elle doit être universelle (la même anecdote peut arriver au Kosovo ou en Indonésie) et même pouvoir se raconter en dehors du bureau

+ Elle doit inclure une personne parfaitement identifiée (la grosse Brigitte de la compta, la salope de la rh – même s’il est alors nécessaire d’être un peu plus spécifique car quelle rh n’est pas un peu salope ?), si cette personne est le boulet du service, c’est mieux

+ Elle doit être drôle (un tout petit peu plus qu’une blague carambar, inutile d’en faire trop).

 

Bonus :

+ s’il y a des rebondissements (quand on peut dire « non mais attends, écoute la suite », on est clairement le roi du monde)

+ si elle inclut une personne « mystère » (ça fait mec qui connaît tout le monde)

+ si elle inclut une rumeur inconnue des autres (ça fait sachant, genre le mec incontournable à la machine à café)

 

A noter que sur le dernier point, rien ne vaut l’invention pure et simple, personne n’ira vérifier cette rumeur et avec un peu de chance, en en prenant une suffisamment crédible, elle a des chances de se réaliser (le mieux étant les rumeurs de cul entre personnes qui sont souvent autoréalisatrices (« ppfff, tout le monde pense qu’on baise ensemble, autant le faire, non ? »), c’est d’ailleurs pourquoi je lance souvent des rumeurs de cul me concernant.

 

Voici quelques exemples d’anecdotes de bureau acceptables :

– Purée, Yannick a envoyé en « répondre à tous » sa demande de congés, t’as vu où il va ce plouc ?

. Boulet de service : [x]

. Courte : [x]

. Drôle : ça se discute

 

Par contre, elle n’est pas universelle, c’est un tort. Personne ne connaît son village de plouc en dehors de la France (Dieu merci), et cela fait surtout rire parce qu’on se moque de quelqu’un d’identifié.

Peut mieux faire donc. Dans le genre « peut mieux faire », je suis assez allergique à toutes les anecdotes purement « environnementales », genre « machin siffle toute la journée, faux en plus », « je suis le seul mec de l’étage, je sais pas avec qui parler de football à midi », etc. Tout cela manque un peu de scénario.

 

Allez, un autre exemple de bonne anecdote (finalement, je suis pas si paresseux aujourd’hui) :

– Stéphane a insisté pour faire la prés’ du film projet et quand il a pris la main en visio et ouvert media player, la dernière vidéo visualisée s’appelait « le premier film de rocco Siffredi.avi »
Celle-ci est parfaite : du cul, un collègue à la réputation définitivement sali, et universelle (on connaît Rocco de New-York à Singapour).
Une autre caractéristique d’une très bonne anecdote : elle revient à vos oreilles quelques jours après l’avoir racontée, mais avec d’autres protagonistes (ce qui vous permet de constater que le réseau fonctionne bien et d’étudier scientifiquement le circuit exact de l’information – cela vous donne en supplément une information capitale sur le niveau de célébrité de vos collègues).

Evidemment, cela peut se retourner contre vous, lorsque vous constatez que des anecdotes fleurissent sur votre compte (même si pour certains, on peut considérer que c’est le début de la gloire. En effet, soyons clairs : certaines personnes ne peuvent faire carrière que dans les anecdotes de bureau).

 

Bon je crois que j’ai fait le tour de la question (ajouté au fait que je suis crevé), et puis il faut que je vous laisse, je dois aller à la machine à café (manquerait plus que je rate une info).

Ajout de dernière minute :

En revenant de la machine à café, je vois mon directeur très concentré sur mon ordinateur (il m’aura sans doute attendu ce con). Il a manifestement beaucoup aimé mon article. Bon, outre le fait que je vais avoir du mal à lui faire croire que je trime grave en ce moment, il s’appelle Stéphane. C’est pas ma journée bordel.

 

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