La solitude du dédicaceur, le retour

plume

Suite (si on veut) de l’article : https://jeanfabienauteur.wordpress.com/2013/03/26/de-la-solitude-du-dedicaceur/

 

 

Mon Dieu quelle plaie.

Bon pour situer le contexte cher ami internaute égaré, je parle des dédicaces. Des salons. Tout ça, tout ça.

 

Je parle pas du salon de Brive ou de Paris, non non. Je parle du petit salon de province ou de banlieue, le truc modeste, voire discret. Le truc où même quand tu sais qu’il existe (vu que tu y vas), tu mets une heure avant de trouver la salle qui l’héberge (les visiteurs ont intérêt à être motivés, ou à avoir un GPS de poche).

Bon revenons-en à nos salons. Les portes ont été ouvertes. Quelques vieux semblent s’être perdus, à la recherche d’on ne sait quoi (en tout cas, pas mes bouquins a priori, vu que quand ils tombent devant ils tournent la tête comme pour rejouer la scène finale d’Indiana Jones et l’arche perdue « ne pas regarder, ne pas regarder »).
En tout cas, je ne sais pas pour vous, mais moi, j’imaginais mes lecteurs autrement.

Bon, déjà plus nombreux, ça c’est sûr. Mais surtout, je sais pas… un peu plus fun. La plupart sont drôles comme des blagues de toto et vifs comme des figurants de Walking Dead. Non contents d’être sinistres, ils veulent absolument t’expliquer le passage du livre qu’ils ont préféré (non mais sérieusement, ils pensent vraiment qu’en me levant, je me suis dit « tiens, je suis curieux de savoir quel est le passage préféré de mes lecteurs du Chesnay », comme si je me souvenais des conneries que j’écris en plus), ou alors pire ils veulent savoir quelle est la part de vérité dans mes bouquins (ben oui, dès que je dis que le héros est un loser, les gens pensent systématiquement qu’il s’agit de moi). Franchement, la part de vérité dans mes bouquins… je me l’avoue déjà pas à moi-même, alors t’imagines à une vieille grognasse que j’avais jamais vue de ma vie il y a deux minutes.

Je vous passe celui qui m’a demandé si je l’avais lu en regardant mon livre. « Non, non, je l’ai juste écrit. Mais vous avez raison, un jour faudra que je le lise quand même » ; ou alors celui qui me demande si je les vends…
Ça dure des heures en plus. Tout ça pour toucher 1 euro par bouquin vendu, sérieux… je gagne plus en restant dans mon lit et en me privant de petit déj’.

En parlant de petit déj’, la dernière fois où je m’étais fait chier, je m’étais dit « bon, manifestement, tu fais quelque chose de travers Jean-Fab’. Ce qu’il faut, c’est être original, attirer le lecteur ». Et donc, cette fois, j’ai fait des crêpes. Oui, c’est ça le truc avec de la farine et des œufs. Pourquoi pas ? J’aurais pu amener des gâteaux secs, des carambars, des ballons à gonfler pour les enfants pendant que j’écoulais mon stock (de livres) auprès de la maman. Mais non, trop simple. Alors, j’ai fait des crêpes. Evidemment, au bout de quelques heures d’attente, ça tenait plus du nan durci de la veille qu’à un truc breton. Evidemment (bis repetita), le seul qui a compris que c’était une crêpe dans tous les cons qui ont défilé devant ma tronche m’a demandé du Nutella. Non mais oh ! Tu la veux pas flambée au grand Marnier aussi ?

Dire que l’ennui s’est alors emparé de ma journée pour ne plus la lâcher serait un euphémisme. Après avoir signé deux bouquins et avalé trois crêpes rances, j’avais déjà une crampe à la motivation, l’envie asphyxiée, des courbatures plein mon élan social – et un vague mal de bide.

 

Alors, en plus, faut que je vous raconte. Certains amènent leur bouquin déjà acheté (si, si, j’ai des lecteurs). Sans déconner. Y’a un mec en France qui a acheté le bouquin et faut en plus qu’il vienne me pomper l’air. Hors de question que je fasse un effort pour un mec qu’a déjà claqué sa thune. Moi je conquiers des nouveaux territoires. Je suis le Gengis Khan de la littérature !
En plus, je suis nul en petit mot sympa (c’est sans doute pas le petit mot le problème d’ailleurs… disons que je me sens aussi proche d’eux qu’un dictateur africain de son peuple – la taille du totem en moins).

Faut dire que ce week-end, et pour en rajouter une couche, l’organisation était pas au top niveau. A un moment, j’ai même été interrompu dans ma sieste par une voix au micro.

 

« Ecoutez-moi ».

Difficile de faire autrement vu que tu hurles.

 

« Je rappelle que le café est à 2 euros pour les auteurs ».

Sympa. Bon ben, il n’y a plus aucune raison de ne pas s’endormir. C’est ce qui s’appelle être bien reçu.

 

En sombrant dans une léthargie libératrice, je me suis alors dit qu’il serait temps de faire une liste des salons à éviter. Je la vendrais ½ café tiens.

 

Heureusement, j’avais tout oublié au réveil. C’est pas que je suis fainéant, mais bon…
Bref super journée. Donc, comment dire ? Chers lecteurs, faites-moi une faveur la prochaine fois, ne venez carrément pas (il me restera plus de crêpes en plus).

Remarquez, je dis ça, mais avec un peu de chance, j’ai tellement fait ma diva hier que plus personne ne voudra m’inviter.

 

On ne sait jamais vraiment à quoi on s’expose quand on demande un café et qu’on n’a pas une thune sur soi.

 

 

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8 réponses à “La solitude du dédicaceur, le retour

  1. Le café à 2 euros, bon Dieu mais c’est bien sûr le prix à payer pour être reçu froidement et snobé honteusement ?
    Me suis portée pâle même que j’ai réussi à me bronzer au soleil hivernal pendant que vous jouiez au morpion.
    Et puis c’est vrai il fallait bercer le bébé !

  2. Ah ! Les riches et belles journées de salon ! C’est marrant… dans tes bouquins je ne me retrouve pas forcément, mais ton salon sonne comme un air de déjà vu, à l’exception des crêpes. Faut tout de même pas pousser ! Tes trop bon JB avec les lecteurs.

  3. Et encore, Jean Fab, t’as pas vu le pire : le dimanche on a été au maximum 6 ou 7auteurs, stands désertés, et on dû voir en tout 10 visiteurs qui en général n’achetaient rien et ne s’approchaient pas des livres. On a fini à 4. J’ai tenu jusqu’à 17 heures, je suis un héros.

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