Le passé, c’était pas pareil quand même

badaboum

Mon titre est nul, je sais.

 

Je suis sûr qu’il y a quelques années, j’aurais pu faire mieux. Je n’aurais pas réfléchi « impact sur le lecteur », « marketing », « indice de bruit médiatique », je n’aurais pas été cherché sur Google s’il existait déjà un titre aussi pourrave. Je me serais pas fait chier (bordel). J’aurais écrit un truc et roule ma poule, comme ça, sans réfléchir (genre maintenant, je réfléchis). Ç’aurait pas volé beaucoup plus haut – on ne s’invente pas voltigeur comme ça – mais au moins je n’en aurais pas eu honte, honte de ployer sous les règles du comme-il-faut.

 

Je sais pas… ça me fait penser à tous ces trucs débiles qu’on est censé faire aujourd’hui, voire pire qu’on nous oblige à faire. Comme ces putains de mots de passe qu’on nous demande partout, pour la moindre connexion. Le truc devient tellement complexe (une majuscule, un chiffre, au moins 6 caractères, pas ton prénom ni celui de ton poisson rouge, pas ta date de naissance, etc.) que cela te contraint à l’écrire sur un post-it à côté de l’écran. La boucle est bouclée, on a été tellement loin dans la protection qu’on la rend inutile. Il est assez probable que tout notre progrès et notre pseudo modernité suivront le même cycle d’autodestruction de leur essence même, vaincues par leur propre superficialité – et ça fera sûrement badaboum à la fin –, mais je m’écarte du sujet.

 

 

Avant, maintenant, pendant, après.

Il faut se rendre à l’évidence. Aujourd’hui, c’est différent (c’est marrant, ça ressemble à mon titre moisi ça). Tout est aseptisé, on réfléchit très fort à ce qu’on écrit pour ne pas être accusé de plagiat – ou d’intertextualité – ou de diffamation, que sais-je encore. Alors, on fait comme tout le monde, on regarde ce qui se fait, on ne réfléchit plus à ce qu’on voulait produire mais à éviter de sombrer dans le mimétisme, et on perpétue la machine à abrutir, on se coupe les burnes créatives, on se castre mentalement (là je vous entends déjà dire « on t’a toujours dit que t’avais une b*te à la place du cerveau », bravo c’est malin).

 

Non mais sérieusement les gars et les filles. Regardez cette superbe photo venue tout droit des années 70. Regardez-le ce moustachu, croisement improbable entre Michel Blanc et un truc pas clair. Il est beau, parce que malgré son air abruti et ses deux mioches au rabais, il fait vrai (enfin, disons qu’il faisait vrai à l’époque, là il fait juste chauve). On se demande d’ailleurs où ils l’ont trouvé, il devait être accoudé à un comptoir de bar quelconque et aura été trouvé là par hasard.

J’imagine bien la scène. On est dans le bureau du PDG de Badaboum. Le jeu est sur le point de sortir (c’est bientôt les fêtes de fin d’année – dans une semaine donc, parce qu’on nous faisait pas chier 6 mois avant avec les cadeaux de noël à l’époque, c’était un train pour le petit et une poupée pour la blondasse, et venez pas nous casser les couilles), donc les mecs de chez badaboum sont autour de la table, ils sont tout fier. Sans déc, ce jeu va tout péter (ha ha). Le PDG joue machinalement avec les « 21 morceaux de bois » (ce qui est quand même plus sympathique que « garanti sans bisphénol » ou « fabriqué par des adultes consentants ») et là il dit « c’est génial, mais, quand même, il faudrait plutôt une photo d’une famille heureuse sur la boîte, parce que là, votre espèce de dessin, c’est un peu la honte » (ils avaient déjà des connards en cravate à l’époque qui devaient justifier leur poste, ça c’est éternel depuis l’invention de l’ENA). Le directeur marketing qui avait fait pondre le dessin par sa fille est sous la table, la honte le submerge. Les deux autres aussi d’ailleurs – je rappelle que c’est la 1ère crise du pétrole, personne n’a envie de perdre son job – , y’a que le PDG qui joue encore à badaboum (il essaye d’empiler toutes les pièces en se demandant si c’est possible sans les coller avec un bâton de colle Uhu). Les trois minables continuent la réunion sous la table et brainstorment à fond. « Allons chercher quelqu’un dans la rue » dit l’un d’eux (le génie de la bande sans doute). Ils descendent alors encore à fond – et aussi en sueur (à l’époque le déo, c’était pas la technologie 48h sans douche) – à la recherche de la première famille modèle disponible. Ils rentrent dans le premier bar venu (à l’époque, on fumait dans les bars, on amenait les enfants pour leur faire goûter la bière, on mettait pas sa ceinture de sécurité, on s’en branlait merde, mai 68’ était à peine froid, on baisait encore dans les jardins publics). Là, y’a ce mec. Bourré. Au bar. Quand il se fracasse la tête par terre dans un grand bruit de pinte brisée, vaincu par l’alcool qu’il était, nos trois pleutres se disent *badaboum* – c’est un signe – et en voiture Simone.

 

 

Le règne de Photoshop

Désormais, c’est fini tout ça, on aurait enlevé la moustache sous Photoshop de Michel Blanc, ou alors on lui aurait mis sur le devant du crâne pour masquer sa calvitie adolescente. On aurait fait plancher le service juridique pendant 3 mois sur l’utilisation de photos d’enfants pour un jeu de destruction, on aurait fait bouffer les morceaux de bois à des chèvres pour savoir si la peinture n’allait pas refiler Kreuftzel-Jacob ou un Desperado virus quelconque (ha non, on me dit que c’est Corona-virus pardon).

Y’a pas moins de chauve aujourd’hui qu’avant, ni plus de blondes aux gros seins (même si la chirurgie esthétique fait désormais des miracles, regardez Nicole Kidman), c’est juste que les premiers sont cachés et les deuxièmes mises en avant (vous me direz que c’est dur de mettre des gros nichons en arrière, et vous aurez raison bande de petits cartésiens merdeux).

 

Dieu que j’en ai marre.

Dieu que j’ai envie de voir des grosses dans les magazines, des vieux dans les reportages télés qui disent des trucs intelligents – ils en sont capables je vous assure, j’en ai croisés et pas que dans Groland –, des minorités invisibles, des manchots, des handicapés, des noirs dans les séries télés et qui soient pas juste derrière des camions poubelles, des bègues qui gagnent The Voice (ha on me dit que c’est déjà le cas), des mous gros et dégarnis qui président des pays (ha on me dit que c’est le cas aussi), et puis tiens pourquoi pas une femme comme Directrice de mon service… euh, ouais non peut-être pas quand même.

 

Putain, je crois que je vais me mettre à aimer les chauves.

 

Mais vraiment juste pour faire chier le monde.

 

 

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8 réponses à “Le passé, c’était pas pareil quand même

  1. Reblogueur et commentateur !

    Le professeur Choron était un grand homme et savait titiller là où il fallait pour réveiller un peu tout ce petit monde sagement endormi. Les 70’s, c’est un peu hara-kiri pour ma part. Bigre ! Ce qu’il y avait de moustachus et de barbues en ce temps-là. (oui, enfin… il faut voir pour comprendre).

    Nous voici à présent dans l’ère des imberbes et épilées au laser high-tech, fini les poils sous les bras et les rouflaquettes, les hommes de Cro-Magnon deviennent mignons ! Les coquettes brandissent seins nus leurs panneaux « Femen ». Il faut absolument entrer dans une taille 38 et bouffer du « diététique » « bio » « anti-calorique » au bifidus actif à longueur de journée pour être femme aujourd’hui. (et pour les hommes désirant devenir femme)
    Il faut ressembler à ces héros télé, avoir du chocolat en tablette et la chevelue gominée (oui, mais pas trop) et les yeux bleus (si profond que l’on s’y perd) faire du sport et être compétitif pour devenir un homme. (et pour les femmes désirant devenir homme)
    Il y a de quoi remplir plusieurs bibliothèques avec notre début du 21ième siècle.

    C’est peut-être là où se trouve l’ultime évolution de l’espèce humaine, des humanoïdes imberbes et squelettique à la peau visqueuse…
    Un peu comme : http://fargin.files.wordpress.com/2012/10/extraterrestre.jpg

    Ce que j’aime ma calvitie ! ;o)
    Belle journée à vous et merci pour cet article.

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