Le monde de l’édition 6 – La promo (la fameuse)

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Tu croyais que c’était bon ?

Tu croyais que t’étais arrivé parce que t’étais publié, que tranquille t’allais juste regarder ton compte en banque se remplir de mille et de cent tout en te massant les doigts de pied (tu te prends pour Serge ou quoi ?) ?

 

Ben oui, mais non.

 

Déjà, t’es pas assez souple (premièrement), et ensuite, il va falloir se bouger mon p’tit bonhomme pour que les choses avancent.

 

Et si tu continues à te tourner les pouces comme ça, il va rien se passer DU TOUT (éventuellement, tu vas te faire une tendinite à la main droite, et encore).

 

Quand tu vas comprendre la difficulté à vendre un livre, crois-moi tu hésiteras à en vendre mille, hein ?!

 

Bon, c’est vraiment ce que tu veux ?

 

Alors, allons-y !

 

La promotion, c’est pas simple. Et tout le monde s’y colle, du petit écrivaillon jusqu’à Musso & Lévy (même BHL s’abaisse à ça, c’est dire) !

 

Avec plus ou moins de bonheur comme on dit, parce que quoique tu en penses, c’est du boulot ! Alors, sois tu le fais bien, et ce sera un plaisir (en plus d’être efficace), sois tu le fais mal, et autant arrêter d’écrire tout de suite (tu croyais quand même pas que t’allais écrire tes horreurs sans jamais être confronté aux conséquences de tes actes (des lecteurs mécontents par exemple) ? tu te crois où ? dans un jeu vidéo avec des cheat codes (moi, ce que j’aimais c’était les cheeta codes dans Donkey Kong) ?).

 

Allez, je reçois aujourd’hui un jeune auteur plein de talent (en tout cas, c’est ce qu’il dit) pour essayer d’y voir clair (en tout cas, moins sombre, ce qui serait déjà pas mal). Enfin, disons qu’il a pleins de questions, ça va nous aider. Il préfère rester anonyme cet abruti (il aurait pu se faire une pub d’enfer, il est vraiment trop con).

 

 

 

Salut JF, ça farte ?

Grave cher inconnu.

 

 

Il paraît que c’est chaud la promo… c’est quoi c’t’arnaque ?

Arnaque, arnaque, tout de suite les grands mots. La promo, c’est un passage obligé, parfois pas super funky je te l’accorde, mais c’est pas ingrat. Quand tu t’investis, au bout d’un moment, ça paye ! Un peu comme la drague.

 

 

Tout ça, c’est bien beau, mais on fait comment ?

Pour la drague ?… Ha non, pardon.

Dans une certaine mesure, il est vrai que c’est tout de même piloté par l’éditeur et son diffuseur, et que tu es là uniquement pour assurer quand il te le demande (ça, c’est ce qu’on appelle la théorie), à savoir répondre aux interviews, aller dans les salons, faire des dédicaces, etc.

Dans la pratique malheureusement (et comme souvent), c’est un tout petit peu plus compliqué (même carrément… on est entre nous, on se dit tout).

Alors évidemment, ça dépend de la taille de ton éditeur, sachant d’ailleurs qu’entre un petit éditeur et un gros éditeur où tu es perdu dans la masse, c’est blanc bonnet et bonnet blanc comme on dit au pôle Nord (je parle même pas des petits éditeurs où t’es noyé dans la masse, suivez mon regard). Tout dépend du nombre d’auteurs, des maisons d’éditions avec plus de cent auteurs et juste un ou deux comptables sans carnet de chèques, ça va pas le faire (qui a dit que je parlais de Kiro ?).

Par contre, y’a des invariants comme on dit.

 

 

Des invariants ? Ça me fait penser à un truc…

A la drague ?… Ha non, pardon.

Bon, ben commençons par le début. Ce qui compte, et c’est le principe de la promo, c’est d’aller à la rencontre de ton lecteur (si, si, t’en as un, j’ai lu un de tes livres). Et où il se trouve ton lecteur ? Il se trouve pas derrière son ordi à mater des sites pornos (quoique), ni au salon du livre (où l’on achète finalement pas tant de livres que ça, compte-tenu du nombre d’auteurs représentés), non non. Il se trouve chez lui, parfois il va faire des courses chez Carrefour et encore moins souvent il se perd dans une librairie (inutile de me mentir, je vois tout).

 

 

Et donc ?

Il est à peu près évident que sans promo, il va pas entendre parler de toi, ni tomber sur ton livre (il me semble pas t’avoir croisé à Carrefour, ou alors tu poussais un caddie). Or, pour faire une bonne promo, il n’y a que toi qui dispose d’un certain nombre d’éléments. Il est, par exemple, assez rare (sauf si t’es super connu, mais dans ce cas, je pense que je serais au courant) que quelqu’un d’autre que toi sache faire une bio complète de ta petite personne (allez, éventuellement ta maman et encore, il me semble qu’elle a arrêté de s’intéresser à toi après le CE1).

Donc, il va falloir que tu te creuses les méninges pour te « vendre ». Car, c’est d’abord toi le produit, quoiqu’on en dise. Le bouquin est presque un produit dérivé (j’exagère à peine).

 

 

 

Je vais pas dire que savoir que c’est moi le produit est fait pour me rassurer…

Heureusement, il reste le mensonge. Enfin, le mensonge… On va dire que tu vas embellir plutôt. Si t’as fait un 1er bouquin en auto-édition, on s’en fout qu’il se soit vendu à trois exemplaires. Ce qui compte c’est que maintenant, celui que tu sors, c’est ton 2ème bouquin (t’es plus un amateur quoi !).

N’oublie pas quand tu fais ta bio que les journalistes adorent raconter une histoire, tu vois ?

Plus facile de vendre un bouquin d’un rescapé d’une catastrophe quelconque que d’un écrivaillon pas drôle et mal coiffé qui pue le whisky (c’est un peu trop commun si tu vois ce que je veux dire).

Ils adorent ça raconter une histoire, c’est un peu leur boulot.

Donc, il faut que tu vendes ton produit en cohérence avec l’image que tu renvoies. Ils sont pas trop fans de schizophrénie ces abrutis de journaleux.

 

 

Ok bon… et à part la bio.

En fait, il faut te constituer un « dossier promo » à donner aux libraires pour qu’ils aient envie de commander ton bouquin. Et dedans, il te faudra pleins de trucs. Comme un dossier de presse, des citations de mecs qui parlent de ton bouquin (des mecs connus, pour donner une noisette aux libraires). Un truc à envoyer à droite à gauche. Tu crois pas que les libraires vont s’amuser à commander un truc pas connu.

Commençons par la presse. Tu me diras « c’est le serpent qui se mord la queue (aïe), comment je fais pour avoir quelque chose à dire alors que je l’ai envoyé à personne ? ». Et je te répondrais que c’est bien d’être cartésien, sauf pendant une promo. Tous les moyens sont bons quand tu n’es pas connu. Essaye de « cibler » les journalistes à qui envoyer ton bouquin. Tu verras qu’il est finalement assez simple de récupérer des noms, des contacts (ton éditeur en a aussi j’espère), juste en lisant l’ours des magazines (et hop, je récupère le nom du responsable de la rubrique « livres ») ou en posant la question tout simplement. Si, au final, tu n’arrives pas à avoir de chroniques significatives, n’hésite pas dans ton dossier promo, comme si c’était de la presse, à citer une lectrice qui a lu ton bouquin en mettant son nom en gras (comme si les journalistes étaient cultivés… ils vont sans doute croire que tu parles de quelqu’un de connu !), si tu connais un écrivain plus célèbre que toi, hésite pas à lui demander s’il veut lire ton bouquin (la plupart n’osera jamais dire que c’est une daube, et quand il te répond, *paf* tu le cites dans le dossier de presse). N’hésite pas à leur demander s’ils connaissent un ou deux journalistes à qui cela pourrait plaire, et la *pof* deuxième effet kisscool, tu envoies ton bouquin à ce journaliste en te recommandant de ton pote auteur (bon, ça marche qu’une ou deux fois, après l’écrivain célèbre comprend que tu es un boulet et là, ciao ! Mais c’est pas grave, t’as déjà réussi ton coup).

 

 

 

En fait, tu fais un peu la pute ?

Oui, c’est ça (à part que t’es pas payé, enfin… si peu).

L’idée est de te constituer une liste de journalistes que tu connais un peu pour faire ta promo (de toute manière, ils reçoivent tellement de bouquins qu’ils vont pas s’amuser à tout lire, ok ?). Des relations qu’il te faudra entretenir bien sûr. Bon évidemment, ne rêve pas trop quand même sur les journalistes. Il sort 75 000 bouquins par an, et les médias mainstream ne parlent que de 500 bouquins en gros dans l’année, donc fais le calcul. Tu peux essayer dans un premier temps de jouer sur la presse régionale, souvent avide d’histoire sur les auteurs locaux.

 

 

Ok, les journalistes j’ai compris.

Evidemment, c’est pas suffisant quand tu n’es pas connu. Dieu merci, on est au XXIème siècle, et les choses évoluent. Quand tu commences, le truc pas mal, ce sont les réseaux sociaux (Facebook bien sûr, mais aussi les forums de jeunes écrivains, les réseaux via les blogs, etc.). L’idée est de trouver un thème de communication et de relayer l’info de manière un peu virale régulièrement (un truc que les gens auront envie d’envoyer à d’autres gens, etc.). N’hésite pas à te constituer une liste de « fans » à qui tu envoies tes news et tes articles. Même s’ils ne te lisent pas systématiquement, tu entretiens le flux et l’actualité, c’est important de donner l’image de quelqu’un qui fait pleins de trucs.

 

 

T’as d’autres trucs en stock ?

Pour assurer la promo de ton bouquin, il faut être inventif je pense. Beaucoup de bouquins, pas tant de lecteurs que ça, ou plutôt beaucoup de lecteurs qui se ruent sur les mêmes bouquins, donc il faut sortir du lot d’une manière ou d’autre (non, non, c’est pas le p(e)ine de montrer ta bite). Dans un premier temps, je dirais qu’il faut draguer le libraire, c’est vraiment lui qui est au centre de tout. Fais le tour près de chez toi, je suis sûr qu’il y a des libraires qui seraient prêts à commander ton bouquin si tu te fends d’une petite dédicace et que tu leurs dis que tu les adores, que tu vas amener du monde, etc. Faut y aller au flan et être sympathique, leur filer trois marque-pages pourris, et le tour est joué ! Et surtout pour les dédicaces : sois différent (teint toi en blonde, fais des crêpes à la noix de coco (oublie pas d’enlever la noix), apprends des phrases d’accroche par cœur, c’est de la séduction coco !).

Les libraires adorent qu’on les chouchoute, et les gens aiment être conseillés par des libraires. Tout ça, c’est donc une grande histoire d’amour. Il faut les gâter, leur faire comprendre qu’on a besoin d’eux, qu’ils sont un élément essentiel de la chaîne (ce qui en plus est vrai, ça tombe bien non ?).

 

 

Tu parles d’une phrase d’accroche ?

Oui, juste dire « bonjour » ne sert à rien, car dans ce cas, la personne va te répondre « bonjour » aussi – sauf les malpolis (ou les malpoilus dans mon genre) – et t’auras l’air malin à regarder ton acheteur s’envoler. Récemment, j’ai essayé un truc un peu con (faut dire que je suis pas bien intelligent), c’est dire un truc du genre « c’est un roman » quand quelqu’un s’approche de ton stand. Cela paraît être la phrase la plus crétin du monde mais ça marche pas mal pour engager le dialogue. En la prononçant juste assez doucement pour que la personne s’approche en tendant l’oreille et dise « pardon ? », sous entendu « je vois bien que c’est un roman ». En général, tu rebondis sur le truc en expliquant en deux phrases de quoi ça parle et la personne est piégée, obligée d’écouter ton baratin (ou pour être plus soft : la discussion s’entame naturellement par la suite).

 

 

 

Bon Ok, je vois. Sinon, pour les libraires, je crois avoir compris.

C’est bien, tu m’as l’air plutôt malin, je sais pas si t’es un grand écrivain, mais t’es un beau fayot ! Bon reprenons… d’une manière générale, il faut être inventif et pas hésiter à mouiller la chemise. La promotion croisée marche bien aussi, j’ai vu des séances de dédicace d’un bouquin avant un concert de jazz, diablement efficace, cela surprend les gens (et ils adorent ça les bougres), ils ont même l’impression d’être à deux soirées ce qui les met dans un état d’esprit différent.  Ne pas hésiter à faire des cafés littéraires (https://jeanfabienauteur.wordpress.com/2012/12/15/comment-prenez-vous-votre-cafe-litteraire/ ), aller parler de ton bouquin, etc. Il faut aller chercher le client ! Je vais pas non plus prêcher pour ma paroisse, mais faire un blog c’est pas con non plus, ça ramène des gens et après, ils cliquent sur ta boutique pour acheter tes bouquins (en haut à gauche « Boutique – Mes livres »). Tu peux aussi publier des articles, des chroniques, des petits textes sur des sites un peu participatifs, histoire de te construire une « base » de fans (genre des sites comme http://www.welovewords.com ).

 

Pour conclure, la promo c’est chiant, mais c’est un bon moyen d’approcher le lecteur, et d’aller parler à des gens que tu n’aurais probablement jamais rencontrés. Oui, c’est vrai qu’il faut aimer ça, mais une fois que tu t’es fait un peu violence, tu prendras goût au fait d’alpaguer des inconnus pour leur parler de ton bouquin (surtout quand les inconnus sont des inconnues).

 

Bon et puis, pourquoi t’écris des bouquins ? C’est bien pour les vendre un jour ou l’autre, non ? Sinon, si l’idée c’est juste d’avoir l’objet dans ta bibliothèque, il suffit de l’imprimer sur Lulu et d’arrêter de faire chier ton monde.

 

Non ?

 

Halala les jeunes.

 

 

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