Pris la main dans les yeux

cahuzac

Une image du Canard Enchaîné résume bien mieux que les mots l’actualité politique de cette semaine passée. Cela s’intitule « les anciens patients de J. Cahuzac s’inquiètent », et on y voit un personnage déclarer « Il m’a dit les yeux dans les yeux que mes implants tiendraient ».

 

Jusqu’à quel point notre société va-t-elle sombrer, combien de valeurs verrons-nous encore être piétinées par nos « représentants » avant que tout le système craque ?

 

Après le soutien indéfectible (je te tiens, tu me tiens par la barbichette) de ses compères de tous bords – y compris la clique médiocratique – le voilà lâché comme le dernier des voleurs, non pour avoir caché 600 000 ou 15 millions d’euros – à quoi bon compter à ce niveau-là ? – mais pour avoir menti, à l’instar d’un Bill Clinton tout pardonné d’avoir un peu trop profité des avantages de son statut hiérarchique mais pas de s’être parjuré (cachez ce mensonge que je ne saurais voir… pour la robe par contre, vous pouvez la laisser en l’état).

 

Il raconte même – à qui d’ailleurs, on se le demande, ses « amis » décrochant leur téléphone pour lui répondre doivent désormais se compter sur les dents d’une fourchette – que  la nuit avant de tout avouer au juge, il a cherché à aller acheter des calmants à la pharmacie et que le pharmacien a refusé de le servir. Il a donc passé la nuit tout seul dans sa voiture qui, elle, est compréhensive (ndlr : le constructeur a refusé que je cite la marque).

 

J’apprends aussi qu’il y a quelques jours, il a déclaré vouloir récupérer son siège de député (là je me dis dans ma Ford intérieure cuir : il est un peu gonflé tout de même), et qu’aujourd’hui il compare ses dénégations à la promesse d’atteindre 3% de déficit fin 2013 faite par François Hollande. Je le cite : «on me dit que j’ai menti sur ma situation personnelle. Cela veut dire quoi? Qu’il y aurait des mensonges indignes et d’autres qui seraient dignes? Quand on ment sur ordre, et pour des raisons politiques, à l’Assemblée, est-ce digne? A ce compte-là, j’ai menti devant l’Assemblée sur la possibilité de réaliser 3% de déficit en 2013».

 

C’est amusant mais pour le coup, je trouve qu’il n’a pas tort. A partir du moment où tout le monde est complice d’un message d’état répété mois après mois et aux conséquences budgétaires non négligeables, on accepte de facto d’utiliser le mensonge comme moyen acceptable d’arriver à ses fins (en l’occurrence, il s’agirait sans doute de rassurer le peuple et ses partenaires européens pas mieux en point).

 

Evidemment, on va désormais avoir le droit au bal des faux culs qui prétendent qu’il faut LE-GI-FE-RER. Evidemment (bis repetita), tout cela ne servira à rien, car à moins de mettre en place un système de contrôle équivalent à celui des pays nordiques comme la Suède, on ne va pas moraliser la politique par quelques lois sur la déclaration du patrimoine, où il sera assez simple de ne déclarer que ce qui est moralement acceptable, la moralité dans ce cas étant éminemment flexible et directement proportionnelle au patrimoine propre de la personne qui devra jugée de cette moralité.

 

La perte de valeur est si globale à notre société qu’il ne nous reste plus qu’à regarder le cirque médiatique s’exciter sur les derniers soubresauts de cette morale agonisante, symptomatique de notre république en déconfiture, ou encore le buzz se créer sur une brune refaite des orteils à la pointe de ses extensions de cheveux, l’un ou l’autre de ces deux évènements rassurant sans doute le citoyen lambda – dont les caractéristiques restent à définir – sur sa supposée morale et sur sa plus encore supposée intelligence, même si les esprits tatillons rétorqueront que tout lambda qu’il fût, le citoyen n’a guère eu le choix pour tomber sur le deuxième évènement cathodique qu’en mettant son cerveau à disposition d’un programme ostensiblement lobotomisant. A moitié rassurant donc.

 

Me voilà donc avec ma question du début, la boucle est donc bouclée comme dirait Gérard Holtz : à quelle valeur se raccrocher désormais ? Si un œil peut mentir, qui plus est un œil dans un autre œil, à quoi se fier ?

 

Est-ce qu’un orteil peut être fourbe ?

La question mérite d’être tranchée, cependant que je pense qu’il est effectivement plus dur de domestiquer ce membre inusité. Nous pourrions donc partir de là – pourquoi pas ?

Ne reste plus qu’à convaincre les gens d’enlever leur chaussure.

 

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