Comment prenez-vous votre café littéraire ?

En arrivant avec mes bouquins sous le bras (et après plus d’une heure et demie d’enfer sur le périph’), je dois vous avouer que je me demande un peu ce qu’est exactement un café littéraire. J’imagine que cela vous arrive comme moi de faire des choses sans savoir vraiment de quoi il s’agit. Mais bon, après un tel enfer dans ma voiture, je pourrais aller me taper le dernier film de Besson au ciné que je trouverais ça génial (ha… on me dit qu’il ne fait plus de film).

 

Le café

Bon ben voilà, nous y sommes : La Lozère. Un peu de dépaysement ne peut pas faire de mal…

Tiens c’est marrant, y’a pas de café… (damned)… On m’offre bien du champagne, du foie gras, des tapas à l’œil et à l’ail (heureusement les lecteurs semblent loin), des choux à la crème en forme de cygne (j’ai beau essayé d’interpréter le cygne, rien ne m’apparaît qu’un truc avec de la crème), mais de kawa point.

Après cette déception à base de manque de caféine, je m’installe et je vois ma voisine en grande discussion avec un mec baraqué. Sabrina Richard (le mec baraqué, c’est son mari). Auteure Kiro (j’ai envie de dire « malgré elle » comme un peu tous les auteurs Kiro). Elle a écrit un thriller (Appelez-moi jack !) et c’est à cause d’elle que je me retrouve à chercher du café en Lozère (comme une sorte de Jacques Vabre du pauvre), puisqu’elle m’a fait « inviter » par l’organisatrice (sans me connaître vraiment, ce qui est une prise de risque intéressante (j’aime les gens qui vivent dangereusement)). La troisième auteure de la soirée (oui, c’est très sélect) arrive aussi. Elle s’appelle Anita.

 
Le littéraire

Une fois les retardataires arrivés (je ne suis visiblement pas le seul à avoir dû me taper France Info pendant presque deux heures), nos deux organisatrices de choc (Isabelle Renard et Cécile Langlois) font installer notre vingtaine de vaillants (futurs) lecteurs et démarrent la soirée.

Je comprends alors le fonctionnement (c’est que je suis très intelligent comme auteur présumé). La séquence est simple : Cécile présente l’auteur (je commence d’ailleurs un peu à flipper en se demandant ce qu’elle va raconter sur ma pomme), lui pose des questions (et s’il est motivé, parfois il y répond) et enfin, l’auteur lit un extrait de son livre.

Sabrina se met à nous parler d’hémoglobine, de rapt d’enfant, d’autopsie (finalement, je suis plus trop sûr de vouloir le manger ce cygne), et avec passion en plus. Elle a situé son action à New York (ville où j’ai vécu et que j’adore), et elle a fait des sacrées recherches pour achever son roman (j’ai un peu honte maintenant de juste avoir vaguement dragouillé 3 ou 4 gonzesses pour écrire des bouquins sur… euh… sur quoi d’ailleurs ? merde, ça y est, je stresse). Purée, elle me donne même envie de lire son bouquin (concentrez toi Jean-Fab’, t’es là pour VENDRE pas pour acheter bordel).

Quand elle lit l’extrait de son livre, je sais que ça va être à moi dans deux minutes et je commence à me demander si j’ai une crotte de nez qui dépasse (nous sommes filmés, je n’arrête pas de penser à me tenir droit et à me recoiffer, mais je suis déjà dans l’axe de la caméra (c’est la dernière fois que je m’assois à côté de Sabrina)).

Une question me traverse l’esprit d’ailleurs. Pourquoi est-ce moi qui dois parler en dernier ?

Bon, tentons plusieurs hypothèses (il nous reste une minute et trente secondes) :

  • honneur aux dames
  • les primates en dernier toujours (ceux qui étaient toujours dans le Titanic quand il était bien au fond, cherchez pas : ils avaient des poils)
  • le meilleur pour la fin (ha ha, excellent Jean-Fab’, tu commences à retrouver ton humour, c’est bon ça coco)
  • c’est une bonne idée de laisser finir mollement la soirée pour que les gens puissent partir discrètement sans se sentir d’acheter des bouquins (merde c’est pas con ça)

Bon ben, c’est à mon tour.

 

Parler en public (même restreint)

Je regarde l’audience, je me dis qu’il est temps de rentrer dans le rôle. Une dame qui laisse son portable sonner pour la 3ème fois depuis le début de la soirée – en secouant la tête comme si elle se disait « mais que les gens sont chiants de me déranger » (c’est vrai que nous, ça nous dérange pas du tout) – m’offre l’opportunité d’être méchant. Je la rembarre gentiment, mais elle garde sa contenance et me répond. Parfait, y’a du répondant : ce soir on va parler drague, poupée (je précise à toute fin utile qu’elle doit avoir dans les 50 ans, mais il n’y a pas d’âge pour être victime d’un Jean-Fabien).
Je décide aussi d’essayer de faire aussi bien qu’Anita et Sabrina et de ne pas dire de gros mots (c’est un échec total comme vous allez le voir dans 6 lignes, mais l’important c’est de participer).

Cécile m’interroge : « Alors Jean-Fabien, tu as étudié pendant des années le comportement féminin en milieu hostile ».

Merde… non seulement elle a lu ma 4ème de couv’, mais en plus elle y a cru !
« Bon alors voilà, j’ai écrit ce bouquin parce que je me faisais chier (*) au boulot… »

(*) : Caramba, encore raté !

(La suite en video bientôt)

 

Que retenir de tout ça ?

Je me rends compte qu’il est finalement assez facile de parler d’un bouquin pour peu que l’on trouve une accroche quelconque (là on va dire que c’est l’humour sur la drague). Somme toute, la drague parle aux gens de 7 à 77 ans (surtout à 77 ans, on a eu une mémé qui était déchaînée, m’a acheté deux bouquins et nous a parlé de ses bottes roses pendant 10 min (j’ai rien piné d’ailleurs)), et tout le monde a un avis sur la question même s’il est parfois pas trop éclairé. Par exemple, un vague poivrot qui traînait au bar a presque réussi à finir une phrase pendant le débat – avant de sombrer dans un coma éthylique –, et ça donnait un truc du genre « ouais c’est bien beau tout ça, mais avec ma gueule qu’est ce que tu veux que » (trou noir).
Comment dire, c’est peut-être pas ta gueule le problème ? T’as pensé à changer d’haleine ?

Bon, je ne lui ai pas dit ça, j’avais moi-même avalé trois tapas à l’ail (je connais le tapas bon pour la drague (le « genre » tapas emballe (à lire à haute voix sans quoi on ne comprend pas cette blague lumineuse)), celui-là emballait pas trop), cependant je me suis dit qu’il avait une belle casquette.

Je retiens aussi qu’il y a des gens partout qui aiment parler de livres, de littérature, et donc le « café littéraire » est un concept intéressant (Cécile, si tu m’entends, je suis partant pour la prochaine).

Plus concrètement, je suis assez content d’avoir vendu 9 livres (j’avais amené des « Perspectives de la primate » et des « Journal d’un écrivain sans succès », ça a donné 6 / 3), et je constate que les acheteurs ne sont pas forcément ceux que j’avais identifiés au début. La dame aux bottes roses en a acheté un pour sa petite fille (« pour qu’elle se défende contre les hommes comme vous ») et un pour son neveu (« c’est le dernier vierge de la planète, il faut peut-être qu’il s’y mette »). Finalement, y’en a pour tous les goûts.
Il est donc important (grande découverte, Jean-Fabien tu vas finir sociologue) qu’il faut parler à tout le monde dans l’assemblée, car même Madame qui fait sonner trois fois son portable pourrait être amenée à sortir un billet de 20 euros dans quelques minutes.

Quelle petite merde capitaliste je fais.

JeanFabien

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15 réponses à “Comment prenez-vous votre café littéraire ?

  1. Merci Fabien, ça me va droit au coeur. Contente de savoir que bientôt sera ton tour pour signer tes livres à la Librairie de la Mairie, Maison Alfor… Je viendrais en fin de soirée avec le champagne

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