C’était comment avant… ?

Récemment, j’ai essayé de me souvenir de l’avant…

Pas avant la crise de l’UMP, non, non, ça franchement on s’en tape un peu.

Ni l’avant Fukushima (même si je ne mangerai plus jamais mes sushis comme avant – surtout ceux qui brillent dans le noir).

Je ne parle pas non plus de l’avant Ibrahimovic, même si je regrette un peu Safet Suzic.

Non, je parle de l’avant-Facebook.

Oui, Facebook, ce truc inventé par ce euh… Mark Zuckerberg (qui aurait pu changer de nom depuis, compte-tenu de sa fortune personnelle, parce que c’est pas très beau quand même) et qui compte plus d’un milliard de membres actifs (merci de ne pas me demander ce que signifie « actif » dans ce cadre-là, je n’en ai pas la moindre idée).

Ce machin où on se retrouve vite avec bien plus d’amis que dans la vraie vie (ce qui dans mon cas ne relève pas exactement de l’exploit), où on se fait « poker » (même remarque que ci-dessus, c’est pas à moi qu’il faut demander de quoi il s’agit – a priori pas d’un jeu de cartes me signale ma voisine de bureau), où on est invité à des « évènements » par des gens dont on ne soupçonnait jusqu’alors même pas l’existence, où l’on se retrouve dans des groupes « secrets » (ouahou, et moi qui ai toujours rêvé d’être franc-maçon – bon ok, déjà franc ce serait pas mal), où on devient abonné à Hoaxbuster pour éviter de prendre pour argent comptant toutes les conneries que tes « amis » font circuler, où les retro-sexuels retrouvent leur petite amie de quand ils étaient en sixième (et sont fort déçus lorsqu’ils se rendent compte que la gravité est implacable avec les nichons – et là vous me direz « en 6ème, on a pas des masses de nichons » et je vous dirais « c’est pas faux »), et où les règles de confidentialité changent tellement vite que tu te retrouves subitement et publiquement en photo, nu sur ta terrasse avec trois putes ukrainiennes et de la coke autour de la narine droite.

Ce truc où les vrais amis de tes faux amis deviennent tes faux vrais amis (ha ça par contre, je sais ! Un faux ami, c’est genre « umbrella » en anglais).

Mais c’est quoi ce truc en fait ?

On me glisse dans l’oreillette gauche que c’est un réseau social. On me dit même que ce terme a été inventé par John A. Barnes en 1954 (quand même). Ça nous rajeunit pas comme dirait ma coiffeuse, mais on s’en fout (de l’âge de ma coiffeuse et de son opinion).

Bon et puis finalement venons-en aux faits, avant c’était comment ?

 

Avant on était heureux (on courait dans les prés et tout ça)

Même si les études semblent contradictoires (les pédiatres en viendraient presque aux mains sur ce sujet – heureusement qu’ils sont à distance), il semblerait qu’un excès d’information vitale sur vos « amis » ait tendance à rendre légèrement neurasthénique.

Comment se fait-ce (book) ?

Hé ben en fait, la communication sur Facebook étant une course à la bonne nouvelle (l’échalote, c’est dépassé), l’illusion est donnée facialement que tous vos amis sont heureux (si en parallèle, FB indiquait le %age de molécules de prozac par litre de sang des gens qui postent sur leur mur, cela rétablirait sans doute un certain équilibre, mais cette fonction n’est pas encore opérationnelle). Cette illusion est alimentée de manière quasi permanente lorsque vous avez plus de 10 amis sur FB : ils sont tout le temps en train de faire la fête (bon Ok, c’est à chaque fois un ami différent, mais le fait est que VOUS n’êtes JAMAIS invité), toujours à l’autre bout du monde (même si vous êtes nuls en géographie, le Belize ça sonne quand même sacrément exotique), toujours souriants et sans rides sur les innombrables photos qui inondent leur « actu ». Heureusement qu’il reste encore quelques losers à se géolocaliser dans un McDonald’s, ça remonte un peu le moral.

De plus, comme vous connaissez mal ces « amis », vous ignorez tout de leur problème (à part qu’ils semblent avoir un problème avec l’alcool), vous ne voyez que leur bonheur vulgaire et ostensible ce qui fausse légèrement votre perception de leur réalité. Bref, ils ont l’air heu-reux. Alors… pourquoi pas vous ?

 

Avant on avait moins d’amis, mais on savait pas que les autres en avaient plus…

Bon là, ça devient un peu technique les cocos.

Question de base : connaissez-vous la différence entre une moyenne et une médiane ?

Si la réponse est non, vous pouvez aller directement à la question suivante (je viens d’inventer l’article dont vous êtes le héros).

Dans le cas contraire, je vous propose de partager ici les conclusions d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Milan (ils en ont de la chance d’être payés pour surfer sur Facebook ces connards).

A l’époque de l’étude, la médiane du nombre d’amis était de 100 avec une moyenne à 190 amis (ainsi, la moitié des membres avaient moins de 100 amis), et 93% des membres du réseau avaient moins d’amis que la moyenne de leurs amis.

Tout ceci (accrochez-vous, c’est là que ça devient costaud) est dû à la plus grande influence des gens très populaires (avec de nombreux amis) sur le nombre moyens d’amis de vos amis (NMAA), et le faible impact des gens avec très peu d’amis sur ces mêmes chiffres. Ainsi, la médiane étant relativement basse, et comme il est impossible d’avoir un nombre d’amis négatifs, les « serial friends » font augmenter le compteur des NMAA.

L’étude montre même que ce « paradoxe de l’amitié » qui veut que tous les membres, sauf les plus populaires, ont moins d’amis que la moyenne de leurs amis se vérifie jusqu’à environ 700 amis (je pense que la plupart d’entre nous ont le temps avant d’y arriver).

Tout ce paragraphe un peu laborieux pour  vous dire que sur Facebook, vous savez que vos amis ont plus d’amis que vous, et ça (même si c’est pas vraiment vrai), ça craint du boudin.

 

Avant on était altruiste

Une autre étude (c’est fou le nombre de mecs qui arrivent à se faire payer pour bosser sur Facebook, ça m’inspire à mort tout ça…) montre que le réseau social procure une dépendance très forte (un peu comme le chocolat à 70% de cacao ou « Plus belle la vie » chez la ménagère délaissée par son mari), notamment sur les tendances narcissiques, et développe des phénomènes d’empathie virtuelle.

En essayant de se valoriser systématiquement pour augmenter notre niveau de popularité, on perd le lien avec la réalité et avec les autres, ce qui est un peu ballot pour un réseau social vous en conviendrez.

Pour tout dire, on devient même narcissique (alors qu’avant pas du tout).

 

Avant on faisait du sport et on était riche (si, si)

D’après encore une autre étude, cette fois-ci des universités de Columbia et Pittsburgh, les accros à Facebook ont tendance à moins faire attention à leur alimentation (les gens qui utiliseraient Facebook choisiraient plutôt un cookie au chocolat qu’une barre de céréales pour leur goûter (je ne me sens pas super concerné, étant donné que je ne goûte pas, mais on est jamais à l’abri d’une régression)), ont un indice de masse corporelle plus élevé, et ont plus tendance à avoir leur compte bancaire à découvert (le budget goûter sans doute).

Hé ben merde alors, tout s’explique (je parle pour mon meilleur pote qui est gros et pauvre).

Cette incapacité à contrôler nos impulsions serait dû (je mets du conditionnel, comme font les vrais journalistes) à une plus grande estime de soi développée par les adeptes de Facebook (à force de mettre des photos de soi tout bronzé, on commence à se prendre pour un surfeur). Les chercheurs comparent ces comportements à ceux des alcooliques (évidemment, si vous êtes alcoolique et accro à Facebook, vous êtes super mal barrés – et je parle pas des barres de céréales).

 

Et surtout, avant on s’en tapait un peu

Le truc le pire avec Facebook, c’est peut-être ça. Non mais franchement, qu’est-ce qui nous a rendu ainsi accro à des news aussi passionnantes que la nouvelle couleur de la femme de votre pote d’enfance (que vous n’avez pas revu depuis… 15 ans !), à ces causes toutes plus absurdes les unes que les autres (la disparition des moules battues du bassin d’Arcachon… ? euh… peut-être que je mélange deux causes là), aux dernières nouvelles du front de l’improbable inutilité de nos vies quotidiennes ?

Nous sommes devenus des « connectés », mais avec cette connexion est venue une forme d’aliénation à nos quotidiens minables qu’il faut toiletter pour qu’ils en deviennent vendables auprès de la communauté. Plutôt que de glander, il faut rendre nos petits moments utiles et signifiants, sous peine d’exclusion d’un monde toujours en mouvement, un mouvement perpétuel et insensé.

Facebook n’est plus un réseau social ou un moyen d’être en lien, mais bien une fin en soi.

Jadis, nous accumulions la nourriture puis l’argent. Aujourd’hui, nous voulons toujours plus d’amis dans un formidable concours du connard le plus populaire, le plus aimé, en un mot le plus génial. Et pour cela, quel autre moyen que d’accumuler plus d’expérience, non pas pour l’expérience elle-même, mais pour la photo qu’on en fera ?

Je finirai cet article (avant de retourner sur FB, ça fait quand même 20 minutes que je suis déconnecté bordel, je suis à la limite de la crise de manque) sur cette étude américaine qui dit que plus on a d’amis FB, moins a d’amis dans la vie réelle.

Et ça, ça me fout un vieux coup…

Bon, il est temps d’agir. C’est décidé, demain pour me trouver une copine, je me supprime une tranche de 10 amis FB.

Comment ça, ce sera pas suffisant ?

Bon Ok, on va dire 100 alors. Merde, ça veut dire qu’il faut que j’en ai au moins 100… euh, tu voudrais pas être mon ami ?

 

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