Comment j’ai survécu à 12 jours de camping (même pas mal)

Comment j’ai survécu a 12 jours de camping (même pas mal)

Petit préambule nécessaire : je ne connais rien au camping, je suis aussi spécialiste en montage de tente que Christine Boutin en patinage artistique. C’était donc une sorte d’expérience nouvelle pour moi, une plongée abyssale dans le style de vacances préféré de millions de Français (ce qui n’est pas rien, même si quantité est rarement gage de qualité (j’explose souvent au 4 coins de mon canapé d’angle, par exemple, avant d’avoir réussi à lire 10 lignes d’Amélie Nothbombe ou avant la barre fatidique des 10 minutes d’un film de Dany Boom)).

J’ai survécu donc, disais-je dans le titre, mais pas sans séquelles. J’ai dû m’adapter pour accepter d’aller me doucher dans des espaces partagés (avec quelques cloisons quand même) par des hordes de sauvages galvanisés à la Kro et burinés par le soleil (ou serait-ce la crasse ?), j’ai dû mettre mon goût pour le confort au fond de ma poche (le mouchoir sale par-dessus), j’ai dû m’infiltrer, faire comme si.

 

Pour être tout à fait honnête, je sais pas si je suis bon acteur.

 

 

1) Camping ? Quesako ?

 

Je pourrais vous parler des heures du planter de sardine (compte tenu du sol Corse têtu comme un Corse (justement) et qui fait ressembler l’enfonçage de piquet au plantage d’une paille dans un cube de glace), du déplaçage de tente (environ 15 fois avant de découvrir que la position du soleil change et de décider de dormir à la belle étoile le 1er soir), du ventre vide (le pizzaiolo corse ne fait de pizzas que 2 jours sur 3, ce qui le place en seconde position des travailleurs, juste derrière Dieu qui, lui, se repose tous les 7 jours), de la crasse (et des cinq minutes de fraîcheur par jour (10 minutes si vous prenez une douche le matin et une le soir)), du bruit, de l’irrespect des autres vacanciers, de la léthargie qui gagne chaque jour du terrain, vous transformant en légume, de la réduction de vos ambitions de vacances (la perspective la plus folle devenant d’aller faire la vaisselle au bac à vaisselles (là où l’eau est chaude et l’italienne savonneuse)).

 

Je pourrais aussi vous conter que le comble du chic devient assez vite de se torcher avec du vrai pq (13 autour d’une tente et assez vite le rouleau de papier devient un enjeu planétaire, son trafic aussi fructueux que celui de l’uranium enrichi).

Ceci dit, se promener avec un rouleau de PQ à la main et un air pincé à la mine reste l’un des moments les plus glamours dans la vie d’un homme parmi d’autres événements tels que la première communion ou le pipi dans un petit bocal devant 3000 personnes à l’armée (pour les vieux qui savent ce que c’est, et où l’on apprend sans rechigner à recevoir des ordres de gros connards à barrettes sans discuter, très utile plus tard dans l’entreprise), alors c’est vrai qu’on arrive à s’en passer.

 

Je pourrais vous dire les choses improbables que les vacanciers amènent en camping : un grille pain, un lisseur a cheveux, une planche à repasser (vous avez bien lu), un canapé (euh… ils sont venus en bus ?), j’en passe et des plus larges.

 

Mais non.

 

La vérité est ailleurs (musique de circonstance).

La vérité, c’est que nos standards se modifient à la vitesse d’une aisselle qui se trempe sous le soleil Corse, et que, de petit bourge mal dégrossi, on se transforme vite en spécimen de la horde sus citée.

 

 

 

2) La vérité est ailleurs (et my t’ailleurs is not rich)

 

Au début, on arrive avec des images plein la tête (jouer de la guitare autour d’un feu de camp, partager des brochettes de bœuf avec une paire d’italiennes lesbiennes, etc.).
En fait, loin de l’image idyllique (enfin… je me comprends, partager les chiottes avec Franck Dubosc ne fait pas vraiment partie de la liste de mes envies, là tout de suite) que l’on s’en fait, associée à des valeurs humaines et de partage, le camping est le temple de l’individualisme : chacun cherche et défend son petit coin à l’ombre (personne n’a envie d’être réveillé à 7h du matin par les premières lueurs de l’aube brûlante), sa prise de courant (le confort c’est important, surtout quand le voisin n’a pas de frigo, car la bière est encore plus fraîche dans l’œil du voisin), son coin au calme (éviter la proximité avec la route, l’aire de jeux pour les enfants, la piscine, les sanitaires, le restaurant (les chants corses, ça va deux minutes), bon en gros faut éviter de camper).

Je me disais (par exemple) : je vais rencontrer des gens sympas, me faire des amis (malgré la colonie d’enfants qui m’entoure et qui repousse les touristes sympathiques aussi sûrement qu’un moustique fuit la citronnelle), trouver l’amour peut-être (euh… Jean-Fab’, t’es malade ?).

Soyons clairs : le camping est à l’amour ce que le ketchup est au homard, une sorte de couple improbable.
Si j’avais trouvé une poulette ici (et d’ailleurs, comment aurais-je pu l’identifier sous sa couche de crasse, elle femme fatale ? Mystère et boule de suif), je pense que je n’aurais même pas osé y mettre les doigts.

La survie (oui, j’ose utiliser ce mot) ne tient alors que par l’échappée (belle de préférence).

Lorsqu’un couple d’amis vous invite à venir prendre l’apéro chez eux, l’impression d’avoir gagné un confort à Koh Lanta est tenace. Il est clair que vous partez à la découverte des autochtones : mon Dieu, vous avez l’électricité !
Les regards jaloux de l’équipe des rouges quand vous revenez sur le campement sont autant de souvenirs qui vous permettent de tenir jusqu’à la prochaine élimination (par piqûre d’un moustique particulièrement vorace, une méchante colique, ou juste la mort naturelle par excès de crasse). Le prochain conseil sera difficile je le sens.

 

 

 

3) Ce qui ne te détruit pas (et patati et patata)

 

Que restera-t-il de tout cela ?

Des souvenirs de nuit étoilée car les moustiques avaient transformé ma tente en Vietnam (le Napalm en moins) après une pizza dégustée par terre (une sorte de paradis anchois et voie lactée), des souvenirs de torchage au kleenex, la visite de lieux d’une beauté quasi irréelle, sabordée par des hordes de bipèdes photographiant, suant et beuglant comme des truies à l’agonie (l’impression d’être dans un film de mort vivants où tout a l’air normal si ce n’est les ex-humains zombifiés et comme projetés d’un monde parallèle), le souvenir des yeux bleus marine de ma voisine italienne, des souvenirs de saucisson coupé au couteau suisse et de bière chaude pour cause de frigo qui marche quand il veut, le sourire de ma fille se réveillant sur un matelas dégonflé et en diagonale (les pieds au soleil, la tête dans le linge sale).

 

C’est assez peu, et finalement déjà beaucoup.
Il y a 12 jours, en arrivant, j’ai rêvé d’un bain moussant (seul, rêve inhabituel), cette nuit j’ai rêvé qu’un couple d’Italiens me volait mon emplacement. Je crois qu’il est temps que je rentre.

 

Cependant, et bizarrement, en y repensant, une sorte de nostalgie de l’inconfort partagé m’étreint. Car n’est-ce pas là l’essence même du camping : être sale et fatigué, mais ensemble ?

 

J’écris cet article pendant que je suis encore lucide… Si vous voyez que je replonge et que j’en reparle l’an prochain, soyez gentil, faites-le moi relire.

 

Je laisse quand même la conclusion à mes amis Corses (dont j’ai peu parlé finalement) : bon allez, une bonne sieste et après au lit !

 

 

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8 réponses à “Comment j’ai survécu à 12 jours de camping (même pas mal)

  1. Il y a tout de même un thème récurrent dans ce billet … l’Italie … un truc que tu nous caches ? Je te rappelle que nous devons TOUT savoir, même si c’est faux ! (Attends, je vais peut être me relire là …)

  2. Dur, dur le vécu ! Et encore c’est dans une région où il ne pleut pas et où tu ne doit pas te mettre dans un duvet prévu pour l’Himalaya (mais peut-être en fait que la chaleur était plus pénible que le froid) et faire des rigoles en pleine nuit autour de la tente. J’ai même vu un matelas pneumatique flotter durant cette nuit de camping. Mais j’avais vingt ans. Alors, c’était le paradis … mais ce fut ma seule expérience sous la tente. J’ai vieilli depuis.
    Mais aussi j’espère que tu gardes de belles images de la montagne et d’un certain saut dans la rivière (j’aimerai bien voir une vidéo …), non ?
    Mais bon, pas de coup de soleil à priori. C’est un exploit !
    Je crois que pour aimer le camping il faut être tombé dedans étant petit. Parents campeurs, enfants campeurs … Tu n’as pas assez réclamé auprès de tes parents de te faire découvrir ces joies lorsque tu étais enfant.
    Attention, ta fille va vouloir recommencer l’année prochaine.

    • ha ha, oui le problème c’est Camille. Après être revenu de Martinique, j’avais le droit à la question récurrente : « mais pourquoi on peut pas habiter en Martinique ? ». Bon au bout d’un moment, elle a changé de disque (« mais pourquoi je peux pas avoir un petit frère ? »). J’attends impatiemment « mais pourquoi c’est mal de se droguer ? »

  3. Ah oui.. Cette sensation de léthargie qui nous fait traîner les pattes. Et rentrer crevés. Ceux qui nous croisent disent : tu pars quand en vacances ?? …………. (on vient juste d’en revenir en fait !)
    Très bien rendue ici.
    Si bienplus écrit que je vais me trainer jusqu’à la cuisine me refaire un café, tiens 🙂

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