Madame Hadopipi

Aujourd’hui est un grand jour.

Non, la crise grecque n’a pas été résolue.

Non, la courbe du chômage ne s’est pas inversée.

Non, ma voisine du 7ème n’a pas retrouvé son petit chien perdu lors de la fête des voisins.

Non, le PSG n’est pas devenu premier du championnat de France.

Non, mon acouphène à l’oreille gauche n’a pas disparu comme par magie.

 

Par contre, et pour la 1ère fois en France, un internaute a été condamné à 150 euros d’amende pour téléchargement illégal.

Pour sa défense, il a déclaré que c’était sa femme qui téléchargeait (la salope). Du Rihanna en plus, il aurait pu prendre 450 euros de majoration pour mauvais goût.

 

 

 

Quelques chiffres rapides

 

Je rappelle que le budget alloué par le ministère de la Culture à Hadopi est supérieur à 10 millions d’euros par an. L’équilibre budgétaire est donc en marche.

 

Une condamnation tous les deux ans, ça va moins rapporter que Madame Pipi à l’Assemblée Nationale (où compte tenu de leur âge moyen, il est assez probable qu’il doit y avoir du burn-over), toutes proportions gardées (et je ne parle pas de la taille des organes de nos députés).

 

 

 

Un peu d’histoire

 

La loi Hadopi ou loi Création et Internet, ou plus formellement « loi n°2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet », est une loi française qui vise à principalement mettre un terme aux partages de fichiers en pair à pair lorsque ces partages se font en infraction avec les droits d’auteur.

Sans refaire toute l’histoire, nous nous souviendrons tout de même des déclarations tonitruantes de la gauche lors de ce projet de loi emblématique de l’ère Sarko : « Ce projet de loi Hadopi est un texte hypocrite, mensonger, qui prétend défendre la culture et qui, en fait, ne résout rien, ne donne pas un centime de plus à la création culturelle » (indice : celui qui a déclaré cela est maintenant Premier ministre) ; ou encore : « (ce système est un) dispositif inapplicable, inefficace et manifestement disproportionné au regard du déséquilibre qu’il instaure entre la protection du droit d’auteur et la protection de la vie privée » (on ne saurait mieux dire que cette Aurélie F. qui aurait, depuis, trouvé un travail mieux rémunéré nous dit-on en studio).

L’idée était d’avoir plusieurs volets à la loi : un volet répressif (basé sur le principe une « riposte graduée » : email, courrier recommandé puis suppression de la connexion internet (que le coupable continuera de payer, ce qui est très con, car on ne s’amuse pas juste à écouter la dernière daube en mp3, il arrive aussi à l’abonné Free de parfois regarder la télé (quelle idée), voire de téléphoner (quand l’abonné est une femme), ou même de payer ses impôts en ligne (à part Bernard Arnault)), et un volet lié à la promotion des systèmes de téléchargements légaux (rien à voir avec les petites briques pour les enfants, même si on peut faire des usines à gaz aussi avec).

Je ne parlerais même pas de la mise en place (inscrite dans la loi) de systèmes de protection, dits DRM. En effet, je ne sais pas quand les autorités (et l’humanité en général) comprendra qu’à partir du moment où un morceau de musique peut-être joué, il pourra être copié. C’est un combat perdu d’avance, comme si on demandait à un breton (ou une bretonne) de ne pas pisser dans l’eau de mer pour rester dans la thématique.

 

 

 

Une loi absurde et dictée par les majors

 

Le marché du disque est en berne depuis plus de 10 ans, pour de multiples raisons, dont le piratage est un élément parmi d’autres. On citera en vrac : la fin du support physique, la dilution de l’offre dans un marché segmenté (de niches comme disent les marketeux) mais verrouillé par des majors plus intéressées par l’argent que par la création, les crises successives qui font que le vulgum pecus rogne en premier lieu sur les dépenses de « confort » comme on dit dans les cabinets (non, pas ce cabinet-là, j’ai aussi le droit de ne pas parler de pipi de temps à autre), etc.

 

C’est pourquoi, à l’origine de cette loi,  on trouvera (comme d’hab’ me direz-vous) l’ensemble des gros dinosaures qui se gavent et qui hurlent pour que l’on préserve leur marge (J. Hallyday qui ne sait plus comment payer ses frais d’hôpitaux, P. Nègre (aussi passionné de musique que moi de folklore breton), etc.).

 

Le problème est qu’assez vite, cette loi se révéla inapplicable (Free a d’ailleurs refusé de relayer les mails d’avertissement de la Haute Autorité (ha ha, quel nom à la con sans déc’), contrairement à ses petits camarades FAI plus obéissants), du fait de l’incertitude de l’utilisateur final (le principe est basé sur l’IP de l’ordinateur, qui est une sorte de plaque minéralogique, or si une plaque est unique en théorie, on n’est jamais sûr de qui conduit la voiture, sans compter ceux qui les falsifient ou qui piquent celle du voisin (parfois même la voiture avec)),  de la connaissance exacte des œuvres à protéger (*), et d’un certain nombre d’autres problèmes techniques (trop de flux et de protocoles à surveiller pour espérer contrôler tout, c’est donc l’abruti de base qui se fait toper tandis que le pirate rigole (pas comme dans Astérix où il se prend en général de bonnes baffes dans la tronche)).

 

C’est finalement la philosophie même de la loi qui est absurde, en tentant d’appliquer un contrôle disproportionné sur les pratiques numériques de la population, internet ayant été conçu à la base sur des principes d’échange et de gratuité. On pourrait aussi discuter des heures de la logique de ‘taxer’ l’échange de fichiers sur la toile : imaginerait-on, en effet, condamner des étudiants faisant des photocopies de manuel dans une bibliothèque (sans compter que le principe devient donc celui du présumé coupable, ce qui en dit long sur les personnes à l’origine de cette loi) ?

 

Dans les faits, comment comprendre et donc respecter une loi, qui, si elle était réellement appliquée à la lettre, verrait la condamnation de plusieurs millions de français ?

 

 

 

Le vrai problème, comme souvent, se situe ailleurs.

 

Plutôt que de se demander comment taper sur l’utilisateur lambda qui télécharge 3 ou 4 titres de merde (qui ne méritent d’ailleurs pas de rémunération sur l’échelle de la créativité), on ferait mieux de s’interroger sur le modèle économique d’une industrie à la dérive, et de se demander comment construire une vraie politique culturelle d’envergure.

 

La défense des droits de mastodontes de la musique ne me semble pas être de la plus haute nécessité.

 

Mais pour cela comme pour le reste, il faudrait des décideurs moins aux ordres des lobbys, et avec un peu plus de vision.

 

—–

(*) Il est, dans les faits, relativement difficile d’avoir une vision exhaustive des œuvres à protéger. Il est donc nécessaire de constituer une base de données des fichiers sur lesquels des droits devraient être payés. En effet, si vous téléchargez les trois notes que votre petit frère a « composé » sur son Bontempi (ne riez pas, c’est du même niveau que Rihanna, les nichons en moins) et qu’il a mis négligemment en téléchargement sur son babyblog, vous ne serez potentiellement condamnable qu’à écouter le morceau (ce qui est déjà pas mal comme punition). Pour pouvoir tomber sous le coup de la loi, il faut que le fichier que vous téléchargiez soit référencé comme tel. Or, à part constituer la base à l’envers (les auteurs « déclarent » les œuvres à protéger), il n’y a pas beaucoup d’autres moyens. Et devinez qui se déclare ?

 

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13 réponses à “Madame Hadopipi

      • aah je lis tout moi m’sieur ! et parfois je commente … sur mon blog, c’est le désert intersidéral … pas mal de visites, mais pas beaucoup de commentaires … et moi j’aime échanger avec … autrui !

      • c’est cool. Ben en fait, ici c’est un blog d’habitués, mais c’est vrai qu’il y a assez peu de commentaires dans l’ensemble. Pour l’anecdote, je publie des fois ces articles en doublon sur le site agoravox, et alors là-bas c’est la folie, je peux me taper plus de 50 commentaires sur un article, ce qui est assez drôle !

  1. « […]on ferait mieux de s’interroger sur le modèle économique d’une industrie à la dérive, et de se demander comment construire une vraie politique culturelle d’envergure. !! […] »
    Completement d’accord avec cette analyse mais essayer de construire une vraie politique culturelle d’envergure signifierait s’attaquer au probleme en profondeur, sur le fond et pas sur la forme (comme d’hab) mais la poudre aux yeux et la politique spectacle c’est tellement plus efficace quand on fait de la politique .

    « Du Rihanna en plus, il aurait pu prendre 450 euros de majoration pour mauvais goût. »
    C’est assez marrant je me suis dit à quelques choses pres la meme chose quand ma soeur m’a dit pas plus tard qu’aujourd’hui « tu peux me télécharger l’album … de Rihanna stp »
    Non seulement elle écoute de la « musique » qui genere des saignements auditifs incurables non pas parce qu’elle aime ça mais parce que les medias et compagnie lui imposent ce qui est encore plus grave… mais en plus elle veut que j’y contribue en lui téléchargeant Oo
    Enfin bref, *Mode je raconte ma life Off*

    • mais n’hésite pas Aurore à reconter ta vie sur ces pages, c’est tout à fait passionnant (surtout pour parler de Rihanna, tu es vraiment la bienvenue ;-)))). Bon j’espère au moins que tu viendras voir Stéphan avec Marty !!!!!!!!!!!!!!!!

  2. Ah ah ah , évidemment que je viendrais, à Montpellier 🙂
    D’ailleurs en parlant de ma soeur j’ai essayé de lui faire écouter « The Shadows Compendium » c’est « de la merde et en plus ya pas de paroles » mdr !

  3. Oui ben c’est surtout que quand quelqu’un te sort « Mozart l’opéra Rock c’est mieux que Mozart » ou alors quand t’écoutes « Perpetual Burn » de Becker « c’est qui ce blaireau qui sait pas jouer » je crois qu’il n’y a plus rien à faire…

    • le coup dur Becker là… Moi je suis quand même sorti avec une fille (bon c’était y’a longtemps, hein ?) qui se demandait si c’était Mozart qui jouait sur ses disques… (ça s’invente pas)

  4. Loool dur de sortir avec quelqu’un qui n’a pas du tout les memes gouts musicaux ! ^^
    Bon c’est décidé faut que je me trouve un mec qui aime Becker, Gilbert, Loureiro, Angra, DT, Dimmu, Adagio, Bach, Rachmaninov…

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