Chap 19. – De la bonne façon de prendre une lettre de refus (2ème partie)

 

Bon, j’en étais à analyser les lettres de refus personnalisées.

 

Celles qui m’intéressent aujourd’hui (façon de parler, vu que j’ai commencé à en parler il y a quelques jours (important les ellipses dans un récit)), ce sont celles qui sont argumentées.
Le problème de cette catégorie réside malheureusement dans les pépites de pertinence qui s’y trouvent. Même pas besoin de les extraire ou de lire entre les lignes, elles sont là devant nous, comme autant d’évidences qui ne nous étaient pourtant pas apparues jusqu’alors (mystère du cerveau humain, capable de résoudre les équations de Bernoulli (je parle des cerveaux mâles), mais incapable de prendre un minimum de recul (je parle toujours des représentants masculins)).

 

Evidemment, tu peux toujours te la jouer Dirty Harry : « les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un » (et après ça, tu oseras encore dire que tu n’es pas vulgaire, tss tss).

Tu peux tout envoyer valser et dire que c’est un con frustré qui t’a écrit ça.

 

Mais quand c’est ce con qui décide si ton bouquin est publié, tout de suite, tu fais un effort pour le trouver moins con. Ca s’appelle l’adaptation. Darwinisme de base de survie des espèces (y compris les espèces menacées comme les écrivains pas édités).

 

Il n’y a pas de réalité objective Jean-Fabien. Combien de fois il faut que je te le dise ? Il n’y a que des angles d’attaque, des points de vue, des perceptions.
C’est ça qui est bon.

 

L’idée est d’essayer d’atteindre quelqu’un. D’essayer de le toucher.

 

Bon tu as joué.

 

Et là paf, vlan, crac boum uhu. T’as raté ta cible mon pote. Y’a plus qu’à recoller les morceaux de ton amour propre au bâton de colle et s’y remettre.

 

Ben oui, le roman, c’est un métier. Il faut tisser des liens avec le lecteur. Créer un espace de communication, une connivence, le faire progresser dans le récit.

 

Un pas de travers et c’est la sortie de route. Un lecteur perdu à jamais. Pour l’éditeur, j’en parle même pas, ce sera direct le filtre anti-spam pour le Jean-Fab’.

 

Il existe plusieurs sorties de route d’ailleurs.

 

Si t’essayes de le faire rire tout le temps, *paf* il se tape une crampe de la mâchoire (et il t’en veut le bougre), additionné au fait qu’à essayer de faire rire à tout prix, tu en deviens sinistre, un peu comme un dragueur qui, ne voyant pas qu’il n’a aucune chance avec sa cible du moment, continuerait à dérouler son script usé jusqu’à la corde et jusqu’à l’overdose de flatteries de comptoir.

 

Si t’es plat, banal, et drôle comme une débat à l’assemblée nationale, *plouf* il s’endort et se souvient plus où il en est quand il se réveille. Et là, c’est le cercle vicieux, il reprend toujours le même paragraphe, il se rendort, etc. (bravo Jean-Fabien, t’as inventé le mouvement perpétuel).

 

Bon, revenons-en à nos moutons (je dis pas ça pour que vous les comptiez et que vous vous mettiez à pioncer).

 

Alors, mes écrits sont chiants et pas drôles à force de vouloir l’être.

Et pourtant, ma petite sœur a bien ri quand je les lui ai faits lire.

 

Comme il est assez peu probable que je puisse changer de sœur (mes parents ne me le pardonneraient pas) ou qu’elle devienne éditrice (j’aurais plus vite fait d’essayer moi-même), il convient de trouver une solution à la source du problème : mes écrits (*ouch*).

 

C’est une histoire de style, de tempo me disent-ils.

 

Evidemment, il y a plusieurs techniques pour trouver le chemin de la rédemption.

 

Du genre, tu laisses reposer. Puis tu y reviens. Pas mal, ça, avec un peu de chance c’est tellement mal écrit que tu te souviens plus ce que tu voulais dire.

Le point positif, c’est que ça a le mérite de laisser souffler les éditeurs.

 

Sinon, tu lis des bouquins. Des trucs stylés, du vrai roman.

 

Je suis donc allé voir sur mon étagère. Au hasard, j’ai pris un Nabokov. Pourquoi pas ?

Et puis j’ai lu.

Au bout de quelques dizaines de pages, je me suis arrêté.

J’ai quand même peine à croire que les phrases de ce mec sont faites des mêmes 26 lettres que celles que j’utilise, et surtout dans la même langue.

C’est troublant. Et pourtant, non. C’est pas écrit en russe. Y’a comme un mystère.

 

Bon, j’ai pas résolu mon problème.

 

Par contre, le bouquin que j’ai choisi est vraiment super.

 

Allez, je m’y remets.

 

Je vous fais un résumé ?

 

—–

 

Petit bonus (spéciale dédicace à Alice A-M) : une lettre de refus argumentée (j’ai pas honte, pour info, le manuscrit a été entièrement retravaillé sur la base de ces commentaires depuis et accepté par un éditeur, comme quoi !) :

 

bon, très cher, alors ce n’est pas noël tous les jours… tant pis…

débuté ma lecture, et je suis mal à l’aise, je ris nettement moins… continué
et je ne ris plus du tout…

c’est d’autant plus frustrant qu’il y a quelque chose mais on n’est pas encore
dans la littérature, trop de blagues potaches comme les comparaisons entre
l’ukrainien en jour de paye donc bourré, ou stéphane bern et aldo maccione ;
bref, sans doute cela fonctionne-t-il sur un blog, pas dans un livre ; enfin pas
dans un roman tel que nous l’entendons (non, je ne me prends pas pour alain
delon, on est plusieurs au comité de lecture)…


ton chef con, atrophié du bulbe, etc. ne passe pas sur du papier, c’est trop
parlé mal, toi voir quoi je veux dire ?


c’est donc totalement rigolo à lire sur un blog, car c’est une lecture rapide,
une page, deux pages ; mais quand tu pars sur des dizaines et donc une heure, un
peu moins, cela devient pesant, trop lourd, paradoxalement ta recherche
systématique d’humour fonctionne sur quelques lignes mais plombe littéralement
la lecture sur plusieurs pages, c’est donc une question de rythme, voire de
style. Manquent beaucoup de choses narratives : description, progression,
ellipses, transgression, etc. pour nouer une relation lecteur/auteur et ainsi
permettre l’avancée dans le roman ; là on est très vite sonné, on rit puis on
rit jaune puis plus du tout, et on se lasse ; ce qui n’est certainement pas le
but recherché…


tu devrais le considérer comme un ballon d’essai et partir sur quelque chose de
neuf ; ou si tu veux t’entêter il te faudra donc le revoir entièrement…
oublie-le quelques semaines, entre temps lis djian et fleischer, michel rio et
kundera puis retourne zy voir quoi que c’est donc, et tu auras la révélation, si
non, fais de la sculpture…


tiens-moi au courant, serai toujours là pour donner mon avis, même s’il vaut que
ce qu’il vaut… enfin, il sera toujours honnête et sans complaisance, mais ce
n’est pas dans la flagornerie que l’on progresse, n’est-ce pas ?


bien à toi.

 

 

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10 réponses à “Chap 19. – De la bonne façon de prendre une lettre de refus (2ème partie)

  1. Sympa le tutoiement en effet.
    Pour mon premier roman inachevé (pas mal comme titre quand j’y pense), j’ai fait lire à une copine avec un esprit critique très asséré. Je suis en train de faire les modifs qu’il faut pour le perso principale qui est un peu…creux ! Et c’est vrai, que du coup, la nana (le perso principale) en devient tarte limite t’as envie de la gifler alors que c’est pas le but recherché. Bref, lâches pas le morceau aussi. Prends de ses conseils et laisses-en d’autres. Remanies-le si besoin.

    • hello, en fait, la suite de l’histoire est que j’ai repris le roman du début à la fin, j’ai vraiment tout ré-écrit. Avec le recul, je pense que cet éditeur avait totalement raison sur le rythme, ainsi que d’autres faiblesses du bouquin. D’ailleurs, la version retravaillée a été accepté par un autre éditeur juste derrière, comme quoi, ses commentaires étaient pas complètement con. Autre histoire, j’étais en contact avec un éditeur qui était intéressé par un autre manuscrit, et j’ai eu accès à la fiche de lecture après qu’il a finalement refusé… Et là, par contre, comment dire… le moins que l’on puisse dire est que je n’étais pas en ligne avec ce qui était écrit (j’étais même plutôt consterné).

  2. Merci pour la dédicace :). Bon, elle valait le coup d’être partagée, cette lettre. Et félicitations d’avoir été accepté par un éditeur, après avoir retravaillé le manuscrit ! Comme quoi… faut jamais cesser d’y croire (et de bosser). Et puis oui, les avis des éditeurs ont souvent du bon, quoiqu’on en dise. Et la conclusion, c’est que ça donne envie de le lire, ce fameux bouquin !

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