Chap 19. – De la bonne façon de prendre une lettre de refus (1ère partie)

Il fallait s’y attendre.

Quand on arrose le tout Paris littéraire de manuscrits, il y a un moment où on reçoit un « feedback ».

Comme un larsen qui revient de manière inattendue te faire saigner les tympans alors que tu aspirais juste à gratouiller tranquille à l’ombre de ton ampli (je suis très petit, et mon ampli est très grand).

Qui pose des questions s’exposent à des réponses.

Qui envoie des manuscrits s’expose à de grosses baffes dans la tronche.

Evidemment, dans tous ces larsens, il y a beaucoup de notes formatées déguisées en lettres type, comme un écho à ta médiocrité.

Du genre « Malgré la qualité évidente » (à ce moment-là, je comprends qu’ils ont à peine lu le titre) « de votre manuscrit, il nous a semblé qu’il ne pouvait s’inscrire dans notre projet éditorial » (c’est joliment tourné pour expliquer qu’il a fini à la poubelle).

Difficile de savoir ce qui cloche dans ces conditions. J’ai comme l’impression de participer à une version littéraire de l’amour est aveugle.

Et puis, est-ce qu’il a atterri dans la broyeuse à papier directement, ou dans la poubelle recyclable (ce qui impliquerait qu’il y aurait quelque chose à sauver de ce tas de signes mal ordonnancés) ?

Evidemment, quand je reçois une lettre personnalisée, je me plains aussi.

C’est tout moi ça.

Faut dire que quand on me dit que c’est chiant, qu’on s’endort, qu’il y a comme une overdose de blagues potaches, ça fait un peu mal, soyons clairs. Quand on dit en plus que c’est un peu cru et vulgaire, on se dit mince, si on peut même plus mettre une couille dans le potache…

Avec la masse de lettres réticentes à me publier diverses et avariées que j’ai reçues, je suis arrivé à la conclusion qu’on pouvait classer les lettres de refus personnalisées en trois catégorie (attention, c’est du lourd, je vous ouvre carrément les portes de mon humiliation quotidienne (oui, je les relis tous les jours, tel un petit scarabée, pour me rappeler le chemin à parcourir)) :

– celles qui te disent de changer de hobby

(S’ils savaient comment je me débrouille en claquettes, ils reverraient leur position, c’est sûr)

– celles qui t’assassinent avec méthode et précision, où chaque mot est comme un coup de poignard dans ton moi artistique (qui finit par terre, dans une flaque de sang frais)

– celles qui disent « ok » (ha merde, c’est un éditeur à compte d’auteur, je me disais aussi, quelqu’un d’autre que la médecine du travail qui s’intéresse à ma production, c’est louche)

Vous l’avez compris, je vous fais pas un dessin, celles qui nous intéressent aujourd’hui se classent dans la 2ème catégorie.

La 3ème n’a aucune espèce d’intérêt, je vais quand même pas payer pour infliger mes merdes aux autres (je les inflige déjà à suffisamment d’éditeurs pour vouloir étendre le désastre à mes proches (qui doivent, eux, déjà me supporter moi)).

Je dis aujourd’hui, mais j’ai comme un coup de pompe là.

Tous ces refus, c’est épuisant.

On en reparle ?

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8 réponses à “Chap 19. – De la bonne façon de prendre une lettre de refus (1ère partie)

  1. Je croyais que tu allais nous donner un exemple de lettre entrant dans la 2ème catégorie… je suis déçue ! (non, non, je ne me repais pas du malheur des autres (surtout que les lettres que je reçois moi entrent, en gros, dans la 1ère, ce qui est encore pire)) En tout cas, toujours aussi hilarant (et bien tourné).

  2. Moi aussi, j’attendais le détail de la fameuse lettre de catégorie 2 avec ton analyse fine et pertinenete sur la capacité de destruction et d’humiliation sans limite ainsi que le B.A.BA du comment survivre à ça. En toute honnêté, c’est pour savoir comment survivre quand je recevrai ce genre de lettre, moi aussi. PArce que je la recevrai, ça c’est une certitude.

  3. Un jour viendra, j’en suis certain, où ce sera à toi de refuser les lettres d’éditeur
    « Cher Jean-Fabien, votre dernier roman, comme en témoigne son succès planétaire, fait montre d’une maîtrise rare du verbe et d’un sens évident de l’intrigue. Aussi nous serions très honorer de vous compter permis nos Best Selling Authors. En conséquence, je vous prie de bien vouloir me contacter, à votre convenance, pour élaborer notre projet de collaboration. Soyez assuré de ma considération distinguée….

    Na ! A ton tour les lettres de refus
    « Votre ligne éditoriale ne semble pas correspondre à mes aspirations… »
    « Désolé, trop loin de chez moi »
    « Tiens, voila la lettre que tu m’as envoyée il y a deux ans, tu te souviens maintenant ? »
    « Non tu édites Houelbecq et j’aime pas »
    « Trop tard, je suis pété de tunes et j’arrête, mais j’ai un pote qui débute et que ça pourrait intéresser »
    « Vérifie bien, je suis déjà édité chez toi »

    Bon la mauvaise nouvelle, c’est que ton blog aura fermé depuis belle lurette (sniffff) puisque tu seras édité et que tout le monde le saura !

    Mais quelque chose me dit qu’on a encore le temps (la peur de gagner ? )

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