Vive la glande – Interlude

 

Fascinant.

Cette capacité que j’ai à ne rien faire en ayant l’air terrassé par la surcharge de travail est une preuve d’adaptation digne des espèces survivant dans les milieux les plus extrêmes (les grands fonds marins, la tchétchénie, le premier jour des soldes aux Galeries Lafayettes, ou encore le comité d’entretien d’embauche de Miss Météo sur Canal+).

 

Je crois que ça se joue au niveau des épaules, comme un mouvement imperceptible à l’œil nu mais qui fournit une information subliminale captée par les cerveaux de polytechniciens (éventuellement quelques centralien(ne)s quand ils ont été major(ette)s) et immédiatement interprétée comme le signal d’un état de charge maximale, indécente même. Le mec à pas déranger donc, sous peine de voir l’action perdre deux points et le CAC40 sombrer dans la misère (ou ne pas en sortir en l’occurrence).

 

En plus du mouvement d’épaule, je crois que je maîtrise assez bien le fait de tirer une gueule de trois pieds de long (soit 91,4 cm, ce qui commence à faire une bonne tronche d’empaffé), genre la misère du monde sur ma petite personne, le mouvement du bras pour regarder sa montrer, le clignotement stressant du blackberry, et le les tics du cou, genre Sarkozy sous acide (mais qui l’a déjà vu sans ?).

 

J’ai eu la finesse d’esprit, qui plus est, de mettre un deuxième écran sur mon bureau qui porte bien son nom, en ce qu’il réalise une parfaite séparation entre moi et le travail réel. A partir de cette limite, rien ne passe, stop aux intrus (une sorte d’écran d’arrêt, ha ha).

 

Mon écran 21 pouces de bureau est mon gilet pare-taff’.

 

Les yeux avisés auront cependant noté qu’il lui manque un câble d’alimentation. A l’instar des militaires qui se baladent dans le métro avec des mitraillettes sans chargeur (ce qui est moyen pratique pour se faire respecter (quoique un bon coup de kalachnikov sur le coin de la tronche, ça doit réveiller quand même)), mon écran fait dans la représentation.

 

C’est bien simple, on me devine plus à mon bureau qu’on ne me voit.

 

– Il est là Jean-Fabien ?

– Je sais pas, mais vaut mieux va le déranger, il a l’air de travailler. C’est pas sa houppette que je vois là derrière son écran ?

– T’as raison, ne gâchons pas ce moment rare.

 

(Houppette en plastique véritable, version Tintin au Tibet : 5 € chez Bulles).

 

A partir de là, tout est permis : sieste silencieuse (et donc seule, l’assistante de direction miaule un poil fort), dégustation de Lap Cheong ramené par un consultant de retour de mission en Chine (saucisse chinoise avec un goût bizarre (une sorte de Justin Bridée, mais en pire (je ne parle pas du consultant (ni de sa propre saucisse d’ailleurs)))), consultation de 15 jours d’actualité fascinante sur Facebook (Jean-Louis aime sa propre photo, Jean-Louis aime sa propre photo, Jean-Louis aime son statut), réponse à des mails datant d’il y a six mois (je hais les connards qui mettent des accusés de mauvaise réception), partage de proverbe misogyne moisi sur son mur, lecture du canard enchaîné (attention au bruit des pages tout de même, on se fait griller pour moins que ça).

 

Que des activités passionnantes et qui participent à la gymnastique quotidienne de mon cerveau.

 

Avec une activité comme ça, je serai centenaire, mais incapable de résoudre un Sudoku niveau blonde.

 

Bon… C’est pas le tout ça, mais j’ai soif.

Direction la machine à café (on peut laisser l’écran sur le bureau, car être vu à la machine à café, c’est signe de grande activité, ça fait le mec qui a besoin de se rebooster les neurones à la caféine).

 

Retour à mon bureau… excité maintenant (c’est quand même le 5ème café de la matinée qui n’a pas l’air de vouloir finir).

Pfff… Ça fait 15 minutes que je glande, et je m’emmerde déjà.

 

Je crois que je vais me remettre à faire semblant de bosser, ça m’occupera.

 

Hé merde, au moment où j’allais m’y remettre… voilà l’autre con qui vient me filer du boulot. J’ai dit que j’allais me remettre à faire semblant, de là à le faire vraiment…

 

–          Hello Jean-Fab’ ! Tu lis le canard ?

*oups*

– Non, non, c’est parce que j’allais vider une truite.

– Je crois que c’est interdit par le règlement intérieur.

– Ca tombe bien, je viens de me rendre compte que j’ai oublié la truite.

– Bon, t’as fini le dossier Warsmann ?

 

 

Et voilà, j’en étais sûr. Alors que j’étais en état de concentration maximale, un état propice à l’émergence d’idée novatrice qui allait faire gagner des millions d’Euros à mon service ou alors me permettre de trouver un pitch super pour mon prochain bouquin, on me remet les pieds sur terre, on me rabaisse, on me canalise, on m’ordonne, on me soumet, on m’infantilise, pour tout dire on m’exploite.

 

Qu’on me demande pas d’être productif après ça bordel.

 

—————

 

 

Bonnes vacances à tous !

 

 

 

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